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PEQ : le traitement « inéquitable » de la formation professionnelle dénoncé

Une manifestation contre la réforme du PEQ à Québec

Plusieurs manifestations contre la réforme du PEQ ont eu lieu ces dernières semaines.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Avec la réforme du Programme de l'expérience québécoise (PEQ), il faudra désormais 42 mois de démarches aux diplômés de la formation professionnelle pour obtenir une résidence permanente. Or, le permis de travail postdiplôme n'est que d'une durée de 36 mois au Canada. Des organismes de recrutement craignent que ces candidats ne s'engouffrent dans des dédales bureaucratiques.

Si bien des éléments de la réforme du PEQ présentée en mai dérangent, les acteurs du milieu sont nombreux à réclamer un retour en arrière sur les changements imposés à la formation professionnelle.

En plus d'avoir exclu les formations de moins de 1800 heures de sa nouvelle mouture, l'ancien ministre de l'Immigration et pilote de la réforme, Simon Jolin-Barrette, a décrété qu'il faudra 24 mois d'expérience de travail aux diplômés avant de pouvoir postuler au PEQ. Pour la formation collégiale et universitaire, il en faudra deux fois moins, soit 12 mois.

Éducation internationale, qui représente les centres de formation professionnelle du Québec à l'étranger, ainsi que la Fédération des centres de services scolaires dénoncent un traitement inéquitable.

Délais et frein au recrutement

Au lendemain du remaniement ministériel qui a vu Nadine Girault nommée ministre de l'Immigration, les deux organisations ont adressé une lettre au sous-ministre adjoint du ministère, le 23 juin.

D'emblée, on y affirme que l'allongement de l'expérience de travail demandée sera un frein au recrutement et à la rétention puisqu'il prolongera la procédure d'obtention de la résidence permanente. Nous croyons que cette exigence accroîtra les difficultés de recrutement des entreprises pour des ressources en forte demande, peut-on lire dans le document dont Radio-Canada a obtenu copie.

François Legault discute avec Nadine Girault.

Nadine Girault a été nommée ministre de l'Immigration par François Legault. Elle succède à Simon Jolin-Barrette, maintenant ministre de la Justice.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Généralement présenté comme une voie rapide vers la résidence permanente, le PEQ sera moins attractif dans cette catégorie d'emplois, selon ces deux organisations.

Le candidat devra d'abord accumuler 24 mois d'expérience de travail en lien avec sa formation, pour autant que celle-ci soit reconnue. Une fois que ce sera fait, il pourra postuler au PEQ et demander un Certificat de sélection du Québec. Avec la réforme du PEQ, le délai de traitement pour cette demande, auparavant de quelques semaines, passera à six mois. Puis, la démarche en vue d'obtenir la résidence permanente, selon Éducation internationale, prend au moins 12 mois.

Grand total : 42 mois de démarches.

Pendant ce temps, un diplômé du collégial ou de l'université pourra amorcer ses démarches 12 mois plus tôt, après avoir accumulé son expérience de travail.

Étienne G. Juneau, directeur général d'Éducation internationale

Étienne G. Juneau, directeur général d'Éducation internationale, a interpellé le ministère de l'Immigration plus tôt cette semaine.

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Étienne G. Juneau, directeur général d'Éducation internationale, s'explique mal ces disparités. C'est totalement inéquitable pour les étudiants de la formation professionnelle, dénonce-t-il en entrevue à Radio-Canada.

Pour nous, c'est vraiment essentiel que le gouvernement recule là-dessus et qu'il uniformise la situation pour les trois niveaux d'enseignement.

Étienne G. Juneau, directeur général d'Éducation internationale

Si le gouvernement ne recule pas, Éducation internationale réclame à tout le moins une clause de droits acquis pour les étudiants en formation professionnelle déjà en sol québécois au moment de la réforme, et qui espéraient un traitement plus rapide.

Bureaucratie

Qui plus est, il rappelle que le permis de travail postdiplôme canadien est d'une durée de 36 mois. Cela signifie que pour se rendre au bout du processus de résidence permanente de 42 mois, un candidat devra régulariser sa situation par d'autres moyens.

Le permis de travail ne sera pas assez long pour passer à travers toutes les étapes, explique M. Juneau. Ce dernier convient qu'il existe des solutions de rechange, mais il déplore que le PEQ ne soit pas autoportant pour les candidats de la formation professionnelle.

Il leur faudra, dit-il, passer par d'autres programmes. La procédure implique de solliciter son employeur en plus de multiplier les formulaires.

On va devoir faire des démarches supplémentaires, ce qui engendre des frais supplémentaires et de l'incertitude supplémentaire.

Étienne G. Juneau, directeur général d'Éducation internationale

Selon lui, la situation est d'autant plus difficile à expliquer que, malgré sa liste de professions controversée, la première réforme présentée à l'automne – puis abandonnée – faisait la part belle à la formation professionnelle. L'expérience de travail demandée après le diplôme était alors de 12 mois, et des formations de moins de 1800 heures avaient été ajoutées à la liste d'admissibilité.

On avait salué la réforme. Il y avait des enjeux avec la liste, mais c'était vraiment un pas dans la bonne direction. Clairement, il y a eu un changement de cap dans les derniers mois, constate Étienne G. Juneau.

Dénotant une contradiction, il rappelle que le gouvernement lui-même, dans ses propres documents, reconnaît que les emplois de la formation professionnelle et technique seront en forte demande.

Pas encore en vigueur

Présentée le 28 mai, la nouvelle mouture du PEQ n'est pas encore entrée en vigueur, mais devrait l'être prochainement. Au cabinet de la nouvelle ministre de l'Immigration, on affirmait encore ces jours-ci que Mme Girault travaillait à intégrer l'épineux dossier, moins d'une semaine après sa nomination.

Au cours du dernier mois, divers avis de la société civile ou d'organismes ont été acheminés au gouvernement qui, dit-on, prendra le temps de les analyser un par un. Le gouvernement Legault n'écarte pas la possibilité d'apporter certains changements s'il le juge nécessaire après avoir consulté ces avis.

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