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Un programme d’immersion française en péril en Louisiane

Mélanie Arseneau dans sa classe en Louisiane lors d'une journée culturelle avec ses élèves sur le Canada.

L'enseignante Mélanie Arseneau dans sa classe louisianaise lors d'une journée culturelle ayant comme thème « Le Canada ».

Photo : Avec la gracieuseté de / Mélanie Arseneau

Aux États-Unis, une proclamation présidentielle, signée lundi, visant à éliminer le visa de travail temporaire J-1, complique l’arrivée en Louisiane d’une cinquantaine d’enseignants étrangers embauchés dans le cadre d’un programme d’immersion française en vigueur depuis plus de 50 ans. S’ajoutent à ce nombre une vingtaine d’enseignants d’autres langues.

Des centaines d’enseignants de français déjà sur place avec un visa de travail demeurent pour leur part dans l’incertitude puisque le financement du programme est lié au nombre de travailleurs venant de l’étranger.

C’est le cas de Mélanie Arseneau, qui est originaire de Tracadie, au Nouveau-Brunswick. Elle enseigne en deuxième année dans le petit village de Cecilia, à trente minutes de la ville de Lafayette.

Sa passion pour l’enseignement du français l’a amenée en Louisiane il y a près de 10 ans.

Mélanie Arseneau, jeune femme devant un bateau.

Mélanie Arseneau, enseignante d’immersion française au primaire dans le village de Cecilia en Lousiane, aux États-Unis.

Photo : Avec la gracieuseté de / Mélanie Arseneau

Elle indique que l’école où elle enseigne est l’un des établissements menacés. Les merveilleux élèves que j’ai eus cette année risquent de ne pas avoir d’enseignement en français [à la rentrée]. Une catastrophe dans un cheminement d’immersion. On se demande et surtout on espère que leur programme ne disparaîtra pas, dit-elle.

J’adore ma carrière ici et l’opportunité que le programme d’immersion m’apporte. J’ai vraiment l’impression de faire une différence ici dans la vie de mes petits élèves américains.

Mélanie Arseneau, enseignante en immersion française au primaire dans le village de Cécilia, en Louisiane

Lorsque le Président Donald Trump a signé la proclamation le 22 juin, les responsables de l’école ont communiqué avec Mélanie Arseneau. Ils nous ont conseillé de rester ici pour les vacances, se rappelle-t-elle.

La jeune femme prévoyait initialement de rentrer pour quelques semaines dans la Péninsule acadienne, pour voir sa famille et pour les funérailles de son père qui est décédé en pleine pandémie. Avec la proclamation, il n’y a pratiquement pas de chance que je puisse revenir cet été. Ceux qui sortent du pays, même avec un visa, ne sont pas garantis de pouvoir y entrer à nouveau, témoigne-t-elle.

Une pétition en cours

Will McGrew, directeur général de la plateforme multimédia Télé Louisiane, est très inquiet des répercussions que la proclamation peut avoir sur le programme d’immersion française dans son État, et, conjointement, sur l'écosystème minoritaire francophone et cajun.

Une image du drapeau de la minorité francophone de Louisiane, composé d'une pointe blanche ornée d'une étoile jaune sur la partie gauche, d'une part bleue ornée de trois fleurs de lys dans le coin supérieur droit et d'une part rouge ornée d'un château jaune dans le coin inférieur droit.

Le drapeau de la minorité francophone de Louisiane créé par Thomas J. Arceneaux en 1965.

Photo : Domaine public

Télé Louisiane a donc lancé une pétition en ligne pour soutenir l'exemption des 73 nouveaux enseignants étrangers de la récente proclamation.

À mon école, mes élèves ont la chance d’avoir une enseignante belge en maternelle, une Française en première et moi, du Canada, en deuxième. Les parents réalisent la chance que leurs enfants ont dans le programme, qui est un programme public.

Mélanie Arseneau, enseignante en immersion française au primaire dans le village de Cécilia, en Louisiane

Si les exemptions ne sont pas données, il est estimé que plus de 2000 élèves de la Louisiane seront sans enseignant au début de l’année scolaire 2020-2021.

L’auteur-compositeur et activiste culturel louisianais Zachary Richard, qui participe à la promotion de la pétition, est inquiet. Ce serait une tragédie culturelle que de perdre le travail de plusieurs générations, a-t-il dit.

Un écosystème fragilisé par la pandémie

Plusieurs acteurs du milieu francophone minoritaire louisianais ont suivi le programme d’immersion.

Il existe depuis les années 70, mais s’est largement agrandi au cours des dix dernières années.

Une pancarte sur laquelle on peut lire ''Bienvenue en Louisiane française''

Le Conseil pour le développement du Français en Louisiane (CODOFIL) est l'agence francophone de l'État. Son but est de soutenir et d'agrandir les communautés françaises de la Louisiane grâce à des bourses, à l'éducation en français et à d'autres programmes.

Photo : Avec la gracieuseté de / Mélanie Arseneau

Les programmes d’immersion parrainés par CODOFIL sont essentiels à la préservation de la langue et de la culture françaises en Louisiane. Ils se sont révélés très efficaces depuis plusieurs décennies.

Barry Ancelet, professeur émérite et fondateur des Festivals acadiens et créoles

On commence à avoir des parents qui ont fait partie de l’immersion, et c’est beau de voir à quel point ils veulent que leurs enfants vivent la même expérience, témoigne Mélanie Arseneau, qui souhaite que le militantisme actuel aide les enseignant(e)s à venir en Louisiane. J’ai tendance à voir le verre à moitié plein, je crois encore que la situation peut changer.

La pétition de Télé Louisiane compte pour le moment plus de 2183 signatures.

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Éducation