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Projet minier Matawinie : « des bonifications sont nécessaires », conclut le BAPE

Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement recommande la réalisation de huit études supplémentaires.

Une vue aérienne du site.

Le projet minier Matawinie prévoit l'extraction de 100 000 tonnes de graphite sur un peu plus de 25 ans.

Photo : Nouveau Monde Graphite

La Presse canadienne

Bien qu'une mine de graphite à ciel ouvert à Saint-Michel-des-Saints se traduirait par une « diversification économique » de la région, il existe des « enjeux d'acceptabilité sociale encore importants », estime le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) dans son rapport sur le projet du promoteur Nouveau Monde Graphite.

Dans les conclusions du rapport publié vendredi après-midi, l'organisme recommande également au promoteur d'effectuer huit études supplémentaires à remettre au ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, qui pourra en tenir compte dans le cadre de son évaluation. C'est Québec qui devra décider si un certificat d'autorisation est octroyé ou non.

Si la commission devait trouver le thème récurrent qui a constitué la trame de fond de l'ensemble de ce mandat, notamment par les contributions du public et leurs préoccupations, ce serait sans aucun doute la conciliation des usages, peut-on lire.

Les études supplémentaires suggérées concernent notamment la gestion des rejets miniers, le plan de réaménagement, l'accès au site minier ainsi que les effets cumulatifs du projet sur la santé et la qualité de vie du milieu. Pour les prochains projets à évaluer, le BAPE suggère également que des études liées au milieu habité et de villégiature soient demandées.

Des gens assis sur des chaises écoutent deux personnes témoigner devant les commissaires.

Le BAPE a tenu des audiences à Saint-Michel-des-Saints juste avant que n'éclate la crise du coronavirus.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Belhumeur

Nouveau Monde Graphite souhaite implanter une mine à ciel ouvert située à quelque 160 kilomètres de Montréal, dans Lanaudière, dans un endroit où de nombreux villégiateurs possèdent une résidence secondaire. La superficie du site couvrirait environ trois kilomètres carrés, ce qui comprend une fosse d'extraction de 2,6 km de longueur.

Le graphite est essentiellement utilisé dans les batteries au lithium-ion des véhicules électriques.

L'exploitation s'étalerait sur un quart de siècle

À l'automne 2018, les résultats d'une étude de faisabilité avaient suggéré que le potentiel de production annuel de cette mine à ciel ouvert était de 100 000 tonnes de concentré de graphite pendant 25 ans et demi. D'après le BAPE, les coûts liés à la construction, à l'exploitation et à la fermeture sont estimés à environ 350,5 millions de dollars. Annuellement, les coûts d'exploitation devraient osciller aux alentours de 50 millions.

Les opposants au projet affirment que la mine à ciel ouvert viendra menacer le pôle du Lac Taureau et de Saint-Michel-des-Saints, qui représente, selon eux, des retombées annuelles de plus de 15 millions de dollars en plus de générer 300 emplois directs.

Un groupe d'opposants tient une pancarte sur laquelle il est indiqué « Non! au projet minier ».

La Coalition des opposants à un projet minier en Haute-Matawinie privilégie des projets économiques récréotouristiques clairement orientés vers le respect de la beauté de la nature et de la tranquillité des lieux.

Photo : Radio-Canada / MATHIEU BELHUMEUR

Selon le BAPE, le projet appelé Matawinie apporterait une diversification économique intéressante à la région de la Haute-Matawinie, ce qui répondrait à une demande en forte croissance depuis plusieurs années pour le graphite. L'organisme incite toutefois Nouveau Monde Graphite à réaliser les études supplémentaires afin de réduire les incertitudes du projet quant aux composantes valorisées par le milieu.

Les recommandations nous offrent un plan de travail complémentaire que nous évaluerons dans les prochaines semaines pour rehausser encore davantage notre projet, a souligné dans un communiqué le président et chef de la direction de la compagnie, Eric Desaulniers.

Si toutes les autorisations sont obtenues, les travaux préparatoires devraient débuter pendant le dernier trimestre de l'année, selon Nouveau Monde Graphite.

Pour sa part, le président de l'Association pour la protection du Lac Taureau, Gilles Cartier, a estimé que le contenu du document signalait qu'une mine à ciel ouvert n'avait pas sa place dans une zone habitée et touristique.

Le gouvernement doit mettre fin à ce projet, a-t-il insisté, par voie de communiqué.

Le Conseil de la Nation Atikamekw (CNA) et le Conseil des Atikamekw de Manawan (CDAM) ont dit entrevoir à première vue une ouverture rassurante sur la nécessité de prendre en compte leurs perspectives et leurs préoccupations.

Les deux organisations disent néanmoins rester sur la déception de ne pas avoir été entendues dans le cadre des audiences publiques du BAPE.

Quand on exclut l'avis des peuples dont la vie dépend d'écosystèmes fragilisés par l'exploitation de ressources naturelles, il n'est pas possible de prétendre la moindre défense de l'environnement, a déclaré par communiqué Constant Awashish, grand chef de la nation Atikamekw.

Le BAPE recommande néanmoins au ministère de l'Environnement l'organisation de consultations complémentaires avec les Atikamekw, font valoir le CNA et le CDAM.

Des intérêts québécois

Selon la firme de données financières Refinitiv, le principal actionnaire de Nouveau Monde Graphite est la firme londonienne Pallinghurst, avec une participation de 20 %.

Par l'entremise de Ressources Québec, une filiale d'Investissement Québec, l'État québécois détient 13,36 % de la société, ce qui en fait le deuxième actionnaire en importance. Cela s'ajoute à un soutien financier de 1,3 million de dollars préalablement octroyé. La Caisse de dépôt et placement du Québec possédait une participation de 2,84 % en date du 31 décembre dernier.

À la Bourse de croissance TSXV, l'action de Nouveau Monde Graphite cotait à 20 cents, vendredi après-midi.

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