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L'équité salariale avec les CHSLD réclamée pour les préposés à domicile

Jérémy est très heureux de pouvoir compter sur les soins de Rosette Pelletier quelques heures par semaine.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Radio-Canada

Les préposés à domicile ont l'impression d'être les grands oubliés du système de santé depuis le début de la crise du coronavirus. Leur salaire est inférieur à celui des travailleurs des CHSLD et des résidences pour aînés. Les familles qui bénéficient de leurs services lancent d'ailleurs un cri du cœur pour que Québec investisse dans le maintien à domicile.

La préposée sert un thé à la dame de 86 ans.

Depuis 4 ans, la préposée à domicile Rosette Pelletier s'occupe de Marcelle Morissette environ 6 heures par semaine.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Marcelle Morissette fêtera bientôt ses 87 ans. Malgré des problèmes rénaux et de mobilité réduite, elle est demeurée chez elle au cours des sept dernières années grâce aux soins prodigués par les préposées à domicile du Service des aides familiales de La Baie.

Ça nous permet de rester dans nos maisons. Si on ne les a pas, qu'est-ce qu'on fait? On n'est plus capables d'être dans la maison. On n'est plus capables de passer la vadrouille. On n'est plus capables de rien faire. Ça nous permet même d'être plus heureuses. On a plus le goût de vivre. Ça donne le goût de continuer...

Marcelle Morissette

Que ce soit pour faire du ménage, donner le bain, préparer un repas ou offrir du soutien moral, la préposée à domicile Rosette Pelletier est convaincue qu'elle fait une différence dans la vie de ses clients. On crée des liens, puis ils nous confient des choses. Ils sont heureux de rester dans leur maison aussi, le plus longtemps possible, exprime-t-elle. Dans leur maison, ça coûte moins cher et ils sont plus heureux dans leurs affaires. Quand ils s'en vont dans un foyer ou quelque chose comme ça, pas longtemps après, ils décèdent, parce qu'ils sont moins heureux.

Mais Rosette Pelletier, qui a le même emploi depuis 22 ans, ne gagne même pas 18 $ de l'heure avec la prime COVID-19 de 8 %. Son salaire est donc loin des 21 $ de l'heure offert aux nouveaux préposés aux bénéficiaires en formation... qui obtiendront 26 $ dès leur embauche en CHSLD.

Je suis un peu frustrée, mais on continue quand même. On aime notre travail, puis on le fait pour nos clients parce qu'il y en a qui sont là depuis longtemps. Ce qui fait qu'on continue, avec amour.

Rosette Pelletier, préposée à domicile
La préposée et sa patiente.

Au fil des ans, la préposée à domicile a développé des lien avec sa patiente.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

S'il fallait que ça aille au service qu'ils donnent, le salaire serait élevé, parce que c'est un service dont on ne peut pas se passer, déclare pour sa part Marcelle Morissette. Ils devraient investir beaucoup, parce qu'il manque des aides familiales.

Du soutien aussi pour les proches aidants

La fille de Marcelle, infirmière de profession et gestionnaire de CHSLD, estime que le travail des préposés à domicile est méconnu.

Esther Leclerc a quitté Montréal il y a sept ans pour racheter la maison de son enfance à Saguenay. Le domicile a été adapté pour permettre à ses parents de pouvoir y demeurer le plus longtemps possible.

Un regard complice entre la mère et la fille.

Esther Leclerc a utilisé les services de répit pour proches aidants des Aides familiales de La Baie, en plus des soins à domicile pour ses parents.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

La proche aidante calcule aussi que le rôle des préposés est primordial à bien des aspects. Ce n'est pas juste de donner un bain. Ça brise l'isolement social. C'est une supervision sur la sécurité du domicile. C'est les yeux que les enfants ne peuvent pas avoir parce qu'ils n'y vont pas à des moments aussi réguliers que les auxiliaires familiales, explique-t-elle.

Cruciaux pour la santé mentale aussi

Les services de Rosette Pelletier sont aussi cruciaux pour la santé mentale de parents qui, comme Rémi Aubin, souhaitent garder leur enfant handicapé à la maison le plus longtemps possible. Jérémy est autiste et épileptique. Il vit aussi avec une stomie. Mon fils demande du un pour un, mentionne Rémi Aubin. Il a des problèmes de motricité parce qu'il fait de l'arthrite au niveau des doigts, donc il n'est pas capable de s'attacher, il ne peut pas se laver tout seul, il ne peut pas manger seul non plus. Il ne peut pas s'habiller seul. Donc, c'est un enfant qui demande toute la journée des soins. On travaille à temps plein. Lui, le matin, à 4 h-5 h, il est debout. Il n'arrête pas de la journée. Il a des troubles de santé mentale.

Le père et le fils dans la chambre de Jérémy.

Jérémy Aubin a 20 ans mais il a l'âge mental d'un enfant de trois ans. Le jeune homme autiste connaît toutefois par cœur le nom de nombreux ministres, premiers ministres et présidents.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Le père estime que Québec devrait investir davantage dans les soins à domicile, puisque le répit offert est inestimable. Il y a de moins en moins de personnel. C'est sûr que ça devient alléchant pour eux autres de s'en aller dans des endroits plus payants, c'est normal. Mais est-ce qu'on peut donner un salaire décent à ces personnes-là, qui s'occupent de nos enfants pour pouvoir les garder à domicile? Et je suis certain qu'on va faire économiser de l'argent à l'État, soutient-il.

Des gestionnaires aussi convaincus

Cathy Desgagnés, directrice générale du Service des aides familiales de La Baie, abonde dans le même sens. Il faut le reconnaître. C'est un travail qui se fait dans l'ombre. Il ne faut pas l'oublier. Il faut le reconnaître à sa juste valeur et ça, ça a un prix, insiste-t-elle.

Les dirigeants des Aides familiales de La Baie.

La directrice générale du Service des aides familiales de La Baie, Cathy Desgagnés, et le président du conseil d'administration, Pierre Beauchesne, demandent l'équité pour leurs employés.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Les entreprises d'économie sociale réclament l'équité salariale avec les préposés de résidences pour aînés et de CHSLD, qui ont obtenu une prime de 4 $ de l'heure. D'autant qu'à la maison, les personnes âgées ou handicapées sont loin des éclosions de COVID-19. Ça vient de faire éclater au grand jour la nécessité de favoriser le maintien à domicile pour que les gens soient heureux chez eux, vivent plus vieux, et pour empêcher toute contagion possible parce que quand vous êtes chez vous, il n'y a pas de danger, ajoute pour sa part Pierre Beauchesne, le président du conseil d'administration de l'organisme baieriverain.

Les préposés à domicile de cet organisme à but non lucratif gagnent actuellement entre 16,12 $ et 17,73 $/l'heure.

Selon un reportage de Priscilla Plamondon Lalancette

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