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L'accès aux soins en milieu rural est à risque, selon des médecins albertains

Trois femmes derrière le comptoir d'une clinique.

La clinique de Pincher Creek emploie de nombreux professionnels de la santé, dont des infirmières.

Photo : Radio-Canada / Nassima Way

À compter du 1er août, les neuf médecins du cabinet médical de Pincher Creek ne travailleront plus à l’hôpital local. Ils protestent contre l'absence de l'entente-cadre, depuis qu’elle a été annulée à la suite de l’échec des négociations avec la province.

Selon les professionnels de la santé en milieu rural, l'absence d'entente-cadre met en péril les mesuresde recrutement et de rétention de médecins, même si le gouvernement a renoncé aux changements du modèle de rémunération.

Un docteur traite la jambe d'une patiente.

Le Dr Gavin Parker rappelle que les médecins ont accepté une baisse de salaire de 10 %.

Photo : Radio-Canada / Louise Moquin

Le Dr Gavin Parker travaille dans le cabinet médical The Associate, à Pincher Creek. Comme c'est le cas dans de nombreuses communautés rurales, ce médecin de famille travaille aussi dans l'hôpital de la région.

Il n'y a pas vraiment de journée normale. Chaque jour, on peut faire des accouchements ou soigner des personnes blessées dans un accident, explique le Dr Parker.

Son cabinet tente de recruter deux nouveaux médecins depuis beaucoup de mois pour alléger la charge de travail entre l’hôpital et la clinique, car tous les deux offrent des services à près 10 000 habitants dans la région.

Façade d'un hôpital rural.

Les médecins de Pincher Creek travaillent de garde dans l'hôpital qui est adjacent à leur clinique.

Photo : Radio-Canada / Nassima Way

Le recrutement est d'autant plus difficile que, contrairement aux généralistes des centres urbains, en milieu rural, ils doivent suivre plus de formations, notamment en anesthésiologie, en obstétrique et en chirurgie.

Détail des soins hospitaliers

  • des soins d’urgence

  • des soins ambulatoires tels que les chirurgies d'un jour

  • des soins de courte durée tels qu’un traitement nécessaire pendant une courte période

  • des soins de longue durée pour les personnes qui sont trop malades pour quitter l’hôpital

Selon le Dr Parker, l'absence d'entente avec la province rend le recrutement encore plus compliqué, car il effraie les candidats potentiels : Les deux médecins de Colombie-Britannique qui devaient nous rejoindre viennent de refuser notre offre parce qu'il n'y avait pas d'entente-cadre.

On sait que, sans entente, les nouveaux médecins ne veulent pas travailler en Alberta.

Gavin Parker, médecin à la clinique de Pincher Creek

L'absence d'entente-cadre ne rassure pas non plus les étudiants en médecine, qui observent ce conflit de loin, mais avec appréhension.

En dernière année de médecine à l’Université de Calgary, Alex Love dit qu’il y a un sentiment d’instabilité dans la province.

On se méfie plus de ceux qui ont le pouvoir de nous embaucher. La sécurité d’emploi est très importante pour moi, alors ne pas avoir d'entente avec la province me rendrait inquiet, ajoute Alex Love.

Diminution de la qualité des services

Les médecins ne sont pas les seuls à protester contre cette situation. Les habitants de Pincher Creek se manifestent, car ils craignent que l’accès aux soins ne leur soit plus garanti.

Un panneau de signalisation indiquant les directions de Pincher Creek, Waterton et Crowsnest Pass.

Les neuf médecins de Pincher Creek couvrent un large territoire qui englobe une population de près de 10 000 habitants.

Photo : Radio-Canada / Louise Moquin

En cas d’urgence, les habitants de la région devront se rendre à Fort Macleod, qui se trouve à 36 minutes de route, ou à Lethbridge, à 80 minutes de route.

La longueur des trajets réduit les chances de survie ou de rétablissement des personnes qui doivent être traitées rapidement comme celles qui ont fait un AVC ou une crise cardiaque.

Une famille dans une caravane.

Ed Sinnott est arrivé à l'urgence de Pincher Creek en 15 minutes. Il y a reçu des premiers soins avant d'être envoyé dans un hôpital de Calgary pour un traitement plus approfondi.

Photo : Radio-Canada / Louise Moquin

Ed Sinnott est conseiller financier à Pincher Creek. En février, il s'est rendu aux urgences de sa ville, car il avait un problème au coeur. Le trajet lui a pris une quinzaine de minutes. Il pense qu'il ne serait peut-être pas vivant si les médecins généralistes qui travaillent à l'hôpital ne l'avaient pas soigné dès son arrivée.

Je crois que le gouvernement veut mettre fin à la médecine en milieu rural.

Ed Sinnott, habitant de Pincher Creek

Ce conservateur de longue date critique d’ailleurs vivement le comportement du gouvernement à l’égard des médecins.

Le gouvernement essaie de faire travailler des médecins sans entente. C’est à la limite de la folie [...] Ils travaillent jour et nuit pour sauver nos vies, dit Ed Sinnott.

Services de Santé Alberta espère toutefois embaucher bientôt un médecin-remplaçant pour travailler à l’hôpital. L'offre est alléchante : loyer et tout autre frais payés en plus du salaire. Une offre que le maire de Pincher Creek, Don Anderberg, trouve illogique.

Un homme devant une mairie.

Le maire de Pincher Creek, Don Anderberg, souhaite que la province négocie avec les médecins.

Photo : Radio-Canada / Nassima Way

Selon le ministre de la Santé, les médecins coûtent trop cher. Alors je ne comprends pas comment la province peut payer le salaire, le loyer et les frais de transport d'un médecin d'une autre ville, alors que nous en avons ici, ajoute Don Anderberg.

Une réalité qui se répète ailleurs

Pincher Creek n’est pas la seule ville à perdre des services hospitaliers. Plus de 50 médecins en milieu rural arrêteront de travailler dans les hôpitaux de leur communauté cet été.

C’est notamment le cas de la ville de Sundre, où les huit médecins de famille cesseront de pratiquer le 1er juillet.

La municipalité rurale de Smoky River, dans le nord de la province, vit des difficultés de recrutement encore plus alarmantes.

Le centre hospitalier de la région, qui offre des services à plus de 4500 personnes, est en sous-effectif depuis des années.

La mairesse du village de Donnelly, Myrna Lanctot, qui fait partie de cette municipalité rurale, gère le programme de recrutement et de rétention des médecins depuis neuf ans.

Elle explique que, plus la région est éloignée des grands centres urbains, plus l’embauche de professionnels de la santé est laborieuse.

Nous avons besoin d’un plan, de savoir ce que la province compte faire pour nous aider à recruter des médecins en milieu rural, dit Myrna Lanctot.

Le maire de Pincher Creek ajoute que, sans médecine rurale, les hôpitaux et les cliniques de communautés urbaines seront de plus en plus utilisés.

Il faut une vraie discussion pour résoudre ce problème.

Don Anderberg, maire de Pincher Creek

Si les habitants de Lethbridge, de Red Deer, de Grande Prairie, de Calgary et d'Edmonton ne voient pas maintenant comment cela risque de modifier leur accès aux soins de santé, ils vont sans rendre compte quand les listes d’attente deviendront encore plus longues, prédit Don Anderberg.

Il y a actuellement 68 offres d’emplois de médecins généralistes dans les zones rurales de la province, dont 3 offres de généralistes spécialisés en chirurgie, 8, en anesthésiologie, et 11, en obstétrique.

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