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Le Palais de Chaillot sur la place du Trocadéro avec au loin La Défense.Les rues sont quasi désertes.

À Paris, vue du Palais de Chaillot sur la place du Trocadéro avec, au loin, La Défense. La circulation automobile est revenue aux niveaux d'avant la crise, bien que la photo montre peu de véhicules.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Cet été, la ville la plus visitée du monde doit apprendre à vivre sans ses millions d’admirateurs. C’est à la fois une crise pour l’importante industrie touristique et un plaisir coupable pour les Français qui redécouvrent les beautés de leur capitale.

Imaginez à peu près cinq fois plus de personnes…

La guide sourit brièvement et montre un petit square du doigt, le fameux mur des je t'aime. Quarante mètres carrés de tuiles en lave émaillée, sur lesquels la déclaration d’amour est écrite en dizaines de langues et de dialectes.

Dans ce square, poursuit Claire Cornic, on est parfois obligé de faire du coude-à-coude parce qu'il y a beaucoup de monde et il y a des embouteillages de groupes. Ça, c’était avant la COVID.

Aucun embouteillage ce midi. Nous sommes presque seuls à admirer la fresque. Sur un banc, deux amis. Pas de queue pour les égoportraits, pas de bousculade gênée.

Claire Cornic habite et guide les touristes à Montmartre, ce village sur une butte d’ordinaire si prisé des visiteurs. Des gens qui cherchent l'inspiration dans les traces de peintres célèbres, qui rêvent de recréer la légèreté d’Amélie Poulain.

Ces jours-ci, peu de touristes gravissent les escaliers vers la basilique du Sacré-Coeur, peu de visiteurs se reposent sur ses marches en admirant les toits de Paris.

C’est à ne pas reconnaître le quartier. On se croirait presque pas à Montmartre, c'est tellement différent. D'habitude, on entend des Japonais, des Chinois, des Coréens, des Québécois, bien sûr, et des Américains.

La liste des langues entendues à Montmartre est longue en temps ordinaire. Ces jours-ci, c’est surtout le français à l’accent parisien que vous risquez d’entendre.

Il reste les privilégiés, remarque la guide, au détour d’une petite rue fleurie. Ceux qui profitent de Montmartre, comme ce jeune couple qui s’embrasse un peu plus loin, seul au monde.

Une jeune femme debout devant le mur des « je t'aime »  et deux autres sont assises sur un banc en face.

De rares touristes qui visitent Paris en cette période de pandémie devant le mur des « je t'aime » à Montmartre.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

On couvre à peine les frais

Sur la butte, plusieurs restaurants sont demeurés fermés. Certains hôtels n’ont pas rouvert leurs portes depuis le confinement, décrété en mars. Même ceux qui offrent une belle vue sur Paris.

C’est bien révélateur de ce qu’on est en train de vivre, lance Claire Cornic. C’est une véritable crise économique. Une crise provoquée, bien sûr, par la fermeture des frontières.

Pour l’instant, la France demeure difficilement accessible aux Américains, aux Britanniques et aux Chinois notamment, trois de ses plus importants bassins de visiteurs. Des millions d’étrangers qui génèrent plus de 10 % de la richesse parisienne.

L’absence de ces millions de visiteurs se fait sentir partout. Le carnet de visite de Claire Cornic est peu rempli ces jours-ci. Pas assez pour faire une vivre équipe de guides, déplore-t-elle. 

La célèbre place du Tertre n’est pas très occupée non plus. Certains peintres et dessinateurs cherchent des clients du regard. D’autres semblent carrément avoir abandonné.

Un restaurateur portant un masque de protection discute avec des clients attablés à l'extérieur de l'établissement.

Un restaurateur dans Montmartre avec des clients en juin 2020, alors que les mesures entraînées par la pandémie de coronavirus privent Paris de ses millions de visiteurs habituels.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Sur le pas de son petit restaurant, Mathieu Bellair demeure attentif, prompt à se lancer vers les passants qui semblent intéressés par son menu.

Ils sont où les touristes?, demande-t-il sans attendre de réponse. 

Ce midi, il n’a servi qu’une dizaine de clients. Cinq fois moins que d’ordinaire. Même pas assez pour couvrir les frais fixes, comme le bail et les salaires.

Il vient tout juste de rouvrir, pour voir comment ça se passe. On a des confrères aux alentours qui n'ont pas rouvert, d'autres qui attendront septembre.

Sans compter ceux qui cherchent à vendre. Comme plusieurs restaurateurs dans le quartier, Mathieu Bellair a déjà fait une croix sur la saison.

Il est propriétaire du restaurant avec son frère et tous deux tentent de rester sereins, espérant qu'il n'y ait pas de seconde vague, que les gens voyagent de nouveau.

« Comme une grande fête de mariage »

La base de la tour Eiffel, à Paris, avec des arbustes et de la pelouse, mais pas de visiteurs.

La tour Eiffel déconfinée accueille les visiteurs, mais ces derniers doivent porter le masque de protection et suivre un parcours indiqué par des flèches.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Comme en écho à ce souhait, les grandes attractions parisiennes ont commencé à rouvrir leurs portes. En tête de liste, l’un des monuments les plus visités au monde, la tour Eiffel.

Un déconfinement souligné avec musique et mascotte. C'est comme une grande fête de mariage pour nous, expliquait, tout sourire, Patrick Branco Ruivo, DG de la société d'exploitation de la tour Eiffel.

Il insiste sur l’aspect sécuritaire de la visite. Les invités sont masqués, leur parcours est fléché et beaucoup moins encombré que d’ordinaire.

Mesures d’hygiène obligent, la tour accueillera 6 à 7 fois moins de visiteurs dans les prochaines semaines. Moins rentable, certes, mais c’est le symbole qui compte. 

Les premiers visiteurs étaient surtout des Français, touristes dans leur propre pays. Il y avait aussi quelques étrangers en voyage d’affaires et des Parisiens comme Olivier, qui n’était jamais monté dans la célèbre tour.

J’ai l’impression que c’est ma tour Eiffel! lance-t-il, avant d’admirer les toits gris qui grimpent vers la butte de Montmartre.

Je suis comme un gosse, je me dis, putain qu'est-ce que c'est beau! Ces jours-ci, Olivier n’est pas le seul à comprendre qu’il pourra profiter de la métropole sans la partager avec des millions d’admirateurs.

C’est un petit plaisir coupable, admet un autre Parisien, installé sur un banc devant le mur des je t’aime. Nous allons retrouver Paris cet été. Mais croisons les doigts. Nous savons bien que Paris vit du tourisme.

Une déclaration qui a fait sourire la guide, Claire Cornic. Elle espère des réservations de dernière minute.

Un peu plus, mais pas trop. Car ces jours-ci à Montmartre, on savoure. C’est le côté positif.

C’est bien sûr la résidente qui s’exprime, et non la guide touristique…

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