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Un policier reconnu coupable d'avoir battu sauvagement un jeune Noir à Toronto

La victime, Dafonte Miller, a perdu l'usage de son œil gauche à la suite de la confrontation.

Dafonte Miller ne voit plus de son oeil gauche

Photo : Leisa Lewis

Radio-Canada

Un policier de Toronto est reconnu coupable de voies de fait après avoir battu le jeune Noir Dafonte Miller. Son frère, lui, a été disculpé.

Les frères Michael et Christian Theriault étaient accusés de voies de fait graves et d'obstruction à la justice. Christian, qui n'est pas policier, a été acquitté. Michael, lui, a été reconnu coupable de voies de fait simples.

Michael Theriault n'était pas en service la nuit de la confrontation, le 28 décembre 2016, à Whitby. Dans sa décision, le juge Joseph Di Luca affirme croire la version de la défense, selon laquelle la victime cambriolait des voitures avant l'altercation.

Michael Theriault est policier à Toronto alors que l'altercation a eu lieu à Whitby, une ville en banlieue.

Les deux hommes avaient plaidé non coupables et avaient affirmé avoir agi par légitime défense.

Le juge remet toutefois en question leur récit dans son jugement. Il note que Michael Theriault ne s'est jamais identifié comme policier, même après avoir poursuivi Dafonte Miller dans la rue, pieds nus en plein hiver, l'avoir plaqué au sol et l'avoir roué de coups.

En fait, le policier ne s'est identifié comme tel que lorsque la victime a réussi à composer le 911. Michael Theriault a alors crié au jeune homme qu'il était en état d'arrestation, selon ce qui est noté dans la décision du juge.

L'intention initiale de Michael Theriault n'était pas d'arrêter [Dafonte Miller], mais de lui infliger une correction.

Joseph Di Luca, juge

Dafonte Miller a perdu l'usage de son œil gauche à la suite de la confrontation.

Le juge a conclu que la Couronne n'a pas prouvé hors de tout doute raisonnable l'accusation de voies de fait graves. Selon le juge, Michael Theriault a probablement frappé la victime à coups de poing.

Dessin de cour du juge et des deux accusés.

Le juge Joseph Di Luca lit sa décision; Michael et Christian Theriault sont en arrière-plan.

Photo : CBC/Pam Davies

Le juge Di Luca critique d'ailleurs le manque d'informations fournies par Christian Theriault dans cette affaire, mais conclut que rien ne prouve qu'il a participé à l'attaque. Vous êtes maintenant libre de retourner à la maison, lui a-t-il dit.

Le juge affirme que certains aspects du témoignage de la victime n'étaient pas crédibles, voire faux, y compris son refus d'admettre qu'il cambriolait des voitures avec des amis cette nuit-là.

Michael et Christian Theriault marchent vers le tribunal.

Michael (à g.) et Christian Theriault arrivent en cour en août 2019.

Photo : CBC/Lisa Xing

Le juge Di Luca note d'ailleurs que la cause a retenu l'attention du public et des médias. Mon rôle n'est pas de me laisser influencer par cette attention, dit-il. Un procès est fondé sur les preuves. Il ajoute toutefois que la cause soulève des enjeux raciaux et des [enjeux liés] au travail de la police.

La défense affirmait pour sa part que Dafonte Miller était armé d'un tuyau de métal et que les frères Theriault l'avaient battu simplement pour se protéger.

La prochaine comparution de Michael Theriault a été fixée au 15 juillet. Ce dernier demeure entre-temps en liberté sous caution. Il est suspendu avec solde depuis 2017.

La famille Miller remercie la communauté

Après le verdict, Dafonte Miller, maintenant âgé de 22 ans, et sa mère ont tenu une conférence de presse pour exprimer leur appréciation envers la communauté qui les a soutenus.Ça compte beaucoup pour moi depuis les dernières années, a-t-il déclaré. Cela m'a aidé à poursuivre mon chemin. (...) Maintenant, un officier a été tenu responsable, dans une certaine mesure.

Il y a beaucoup de gens qui sont dans ma position qui ne reçoivent pas le même soutien que moi et qui n'ont pas le temps de vraiment justifier ce qu'ils traversent, a-t-il ajouté.

Le chef de la police « reste neutre »

Vendredi après-midi, le chef de la police de Toronto, Mark Saunders, a parlé aux médias de la décision du juge.

Il a déclaré que le service de police poursuivra son enquête et que Michael Theriault resterait suspendu.

Lorsqu'on lui a demandé si l'officier serait en mesure de réintégrer les rangs un jour, M. Saunders a répondu : Je ne répondrai pas à cela.

Si je commence à commenter sur les jugements ou sur mes attentes, le tribunal n'aura pas une chance équitable. En restant neutre, on aura plus de chances d'avoir des décisions justes et impartiales.

M. Saunders, cependant, a déclaré qu'il reconnaît que l'affaire va affecter la confiance du public envers la police.

En tant que chef, je ne peux pas nier que cette affaire aura un impact sur la tension entre la police et la communauté, en particulier la communauté noire, en particulier ceux qui ont vécu des expériences de discrimination dans le système judiciaire ou aux mains de la police, a-t-il déclaré.

Mike McCormack, le président du syndicat des policiers du Service de police de Toronto, n'a pas voulu commenter la décision en disant que l'affaire est toujours devant le tribunal en attendant sa condamnation.

Manifestation contre le racisme

Une manifestante tient un t-shirt qui porte le message : « Que justice soit faite pour Dafonte ».

Des protestataires se sont réunis devant le palais de justice d'Oshawa vendredi matin.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Quelques centaines de personnes s'étaient rassemblées vendredi matin devant le palais de justice d'Oshawa, en prévision de la lecture de la décision, demandant que justice soit faite pour Dafonte Miller.

L'une des participantes, la mère de famille noire Sharon Fletcher, qui a suivi le procès attentivement, et ne pouvait pas imaginer que les deux accusés soient disculpés. Pour la première fois depuis longtemps, je sens que la vie des Noirs a une importance, qu'on nous voit comme des êtres humains, dit-elle.

L'avocat des Theriault avait soutenu, lui, que la confrontation n'avait rien à voir avec le fait que la victime était noire. Cette cause ne porte pas sur le racisme, a affirmé la défense dans sa plaidoirie.

La défense avait ajouté que le jeune homme avait menti à la barre en racontant qu'il n'avait pas tenté de commettre un vol avant la confrontation avec ses clients. La Couronne avait rétorqué que même si Dafonte Miller avait commis un tel vol, l'attaque qui a suivi n'était pas justifiée.

Avec les informations de CBC News

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