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Mme Eun-jung répond aux questions de notre correspondante Anyck Béraud.

Kang Eun-jung est arrivée en Corée du Sud en 2008. Elle a fui la Corée du Nord en rejoignant la Chine après avoir franchi le fleuve Tumen, frontière entre les deux pays.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Tout quitter pour fuir la misère et la dictature, emprunter des routes à haut risque et devenir un paria aux yeux de la mère patrie en cas de réussite. C’est la voie choisie par des dizaines de milliers de Nord-Coréens depuis la guerre de Corée, dont on souligne le 70e anniversaire. Rencontre avec deux transfuges qui ont choisi la Corée du Sud dans l’espoir d’une vie meilleure.

Kang Eun-jung est une boule d’énergie. Ses mains tourbillonnent pour mimer ses propos, quand elle explique avec émerveillement qu’elle possède une auto, qu’elle a de beaux bijoux, qu’elle peut boire un café, ou encore qu’elle peut porter une jupe courte sans avoir à craindre les autorités sud-coréennes.

La jeune trentenaire souligne que c’était le contraire en Corée du Nord. La police de la jeunesse nous attendait au détour, pour couper les cheveux trop longs ou taillader les vêtements trop courts, assure-t-elle.

Son visage se durcit pour résumer son pays natal en un seul mot : l'enfer. Elle précise : En Corée du Nord, j’avais toujours faim, et j’étais constamment surveillée. Elle évoque les longues heures de travail pour un salaire de misère.

Kang Eun-jung parle avec l’aisance que confère l’habitude de s’exprimer devant public. Elle était au cœur de la propagande du régime de Kim Jong-un, en tant que chanteuse d’une troupe artistique, comme celles qui ont participé à la vaste opération charme de la Corée du Nord aux Jeux olympiques de Pyeongchang en 2018.

Abondance et liberté

En Corée du Sud, la transfuge est devenue pigiste pour divers médias. Sur son site YouTube, elle raconte à quoi la vie ressemble ici : la liberté, l’abondance.

On la voit par exemple déambuler dans un marché en s’extasiant de voir les étals regorger de produits frais.

Une vie dont la jeune femme dit avoir eu un aperçu en visionnant des téléromans et des films sud-coréens acheminés illégalement en Corée du Nord. Loin de l’étiquette de pauvreté extrême accolée par le régime à son voisin du Sud. À l’école, on nous montrait des images d’enfants affamés, en train de mendier. Et de femmes obligées de se prostituer, ajoute-t-elle.

Kang Eun-jung reconnaît que tout n’était pas rose, loin de là, quand elle est arrivée en 2008. Elle s’est sentie seule. Elle a cumulé les petits boulots. Et elle n’arrivait pas toujours à se faire comprendre, parce qu'ici, explique-t-elle, la langue coréenne est parsemée de mots anglais, alors qu’au Nord, c’est plutôt des mots japonais. Elle ajoute qu’elle en était souvent frustrée, au point de pleurer.

Économiser pour faire venir les proches ou pour leur envoyer de l’argent

Au sommet d'une montagne, un soldat monte la garde à un poste de la zone démilitarisée, qui sépare les Corées du Nord et du Sud.

Un soldat nord-coréen monte la garde près de son poste à l’intérieur du territoire de la Corée du Nord, dans la zone démilitarisée. Cette photo a été prise près de Paju, en Corée du Sud.

Photo : Reuters / KIM HONG-JI

Au fil des ans, la jeune femme dit qu’elle a pu réaliser l’objectif de bien des transfuges : mettre suffisamment d’argent de côté pour faire venir des proches. Car bien souvent, il faut recourir à des intermédiaires – des courtiers –, ou encore soudoyer des gardiens ou des officiels pour espérer sortir clandestinement de la Corée du Nord.

Il y a un peu plus de 30 000 transfuges nord-coréens en Corée du Sud. La plupart sont arrivés au cours des deux dernières décennies, selon le ministère de l’Unification.

Au Database Center for North Korean Human Rights (NKDB), à Séoul, on note que le flot des arrivées s'est considérablement réduit depuis six mois en raison des restrictions de mouvements en ces temps de COVID-19.

Teodora Gyupchanova, la directrice des communications internationales, précise que de nombreuses personnes se retrouvent ainsi coincées en Chine ou dans un camp de réfugiés en Thaïlande. Ces deux pays servent habituellement d’étape pour rejoindre la Corée du Sud.

Discrimination

Le taux de chômage des transfuges est plus élevé que la moyenne sud-coréenne.

Il y a encore de la discrimination et des préjudices à l’égard des transfuges en provenance de la Corée du Nord. Plusieurs organisations essaient de mettre en place des programmes afin de lutter contre ce traitement inéquitable et afin de faciliter l’intégration de ces transfuges dans la société sud-coréenne.

Teodora Gyupchnova, directrice des communications internationales, Center for North Korean Human Rights

Quand il est arrivé en 2008, Park Yoo-sung tentait de cacher son identité nord-coréenne pour éviter qu’on le traite différemment. Il précise qu’à l’époque, ça posait un problème pour trouver un logement, entre autres.

Depuis, il s’assume pleinement. Nous le rencontrons à Séoul dans une station qui enregistre des émissions à destination de la Corée du Nord. De la musique pop américaine résonne en régie. 

Park Yoo-sung répond aux questions de la correspondante Anyck Béraud.

Réalisateur et cinéaste à la pige, Park Yoo-sung est arrivé en Corée du Sud en 2008.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Le jeune homme est très décontracté. Il assure s’être fait une carapace. Par exemple, quand une personne à la même table que lui demande à voix haute pourquoi un Nord-Coréen ne finit pas son assiette. Avant, ce genre de commentaires me blessait, avoue-t-il.

Park Yoo-sung croit s’être bien adapté à la société sud-coréenne. Même s’il s’ennuie de ses amis restés en Corée du Nord.

Quand il a fui avec sa mère pour rejoindre son père déjà en Chine, il est parti sans photos, sans souvenirs, l’esprit tout occupé à la sécurité du périple de six mois qui les a fait transiter par la Thaïlande.

Ses parents, il le reconnaît, ont eu plus de difficultés à s’adapter à la mentalité et aux exigences professionnelles du Sud, où le système d’éducation et de formation est plus exigeant.

Ils ont changé d’emploi des dizaines de fois, avant de revenir à ce qu’ils faisaient en Corée du Nord, dans les aciéries et dans les pêcheries. Il croit qu’ils sont finalement heureux. Tout comme lui.

Park Yoo-sung nourrit toutefois une certaine crainte que les sautes d’humeur de Pyongyang à l’égard de Séoul n’aient des répercussions sur les transfuges comme lui. Il est déjà arrivé qu’il ait moins de contrats, lorsqu’il y a des tensions entre les deux pays, comme ces jours-ci. Soixante-dix ans après le début de la guerre de Corée, pas tout à fait terminée, entre les frères ennemis.

Avec la collaboration de Grace Moon

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