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En Israël, l'intelligence artificielle pour juguler la « seconde vague » de coronavirus

Un agent de sécurité mesure la température avec un thermomètre sans contact.

Un agent de sécurité mesure la température corporelle d'une passagère avec un thermomètre sans contact à l'aéroport Ben Gourion en Israël.

Photo : Getty Images / JACK GUEZ

Agence France-Presse

Caméras thermiques pour prendre la température d'une foule ou algorithmes branchés sur de vastes banques d'informations médicales pour déterminer en temps réel les foyers d'éclosion : Israël met le pied sur l'accélérateur du futur dans l'espoir d'endiguer la « seconde vague » de contaminations au coronavirus.

Le balagan (désordre, en hébreu) et la haute technologie! En Israël, plusieurs diront que le pays tient de la confrontation entre ces deux univers antinomiques : celui parfois anarchique de la rue et l'autre, dit très efficace, des entreprises émergentes.

C'est à la croisée de ces mondes que les autorités cherchent à établir la nouvelle normalité, le point exact d'équilibre, entre économie déconfinée et mesures pour prévenir une nouvelle vague de contaminations, note Ran Balicer, chef de l'innovation pour Clalit, plus grand prestataire de soins en Israël.

Afin d'y parvenir, il faut utiliser les meilleurs outils technologiques pour surveiller l'état de santé de la population, en collectant des données électroniques en temps réel et permettre aux décideurs publics de prendre des mesures précises et rapides, souligne à l'AFP M. Balicer.

Au début de la pandémie, ses équipes ont travaillé avec l'entreprise émergente locale Diagnostic Robotics et le ministère de la Santé pour établir un questionnaire auquel la population est appelée à répondre sur son téléphone en cas d'apparition de symptômes liés à la COVID-19.

L'algorithme traite des données sur ces symptômes pour établir la probabilité d'infection d'une personne et recoupe ces informations avec celles de millions d'autres, explique Kira Radinsk, patronne de Diagnostic Robotics.

Au moment où le système détermine un nombre croissant de cas symptomatiques, une alerte est envoyée au vice-directeur du ministère de la Santé qui généralement approuve immédiatement une série de tests pour le lieu donné. Cela permet d'affecter des ressources rapidement là où sont les besoins, dit-elle à l'AFP.

Et ainsi de fermer, par exemple, un quartier, une ville, en prévention d'une seconde vague, sans mettre la clé sous la porte de l'ensemble de l'économie.

Jusqu'à récemment, Israël bombait le torse avec moins de 20 000 malades et 300 morts pour 9 millions d'habitants, soit un faible ratio de décès comparé à des pays d'Europe et d'Amérique.

Des estivants sur une plage en Israël

Des estivants sur une plage de la ville côtière de Netanya après l'assouplissement des mesures de restrictions en lien avec la lutte contre le coronavirus.

Photo : Getty Images / JACK GUEZ

Au fur et à mesure du déconfinement, le nombre de contaminés est reparti à la hausse, au point que le premier ministre Benyamin Nétanyahou a lui-même appelé mardi à l'usage de solutions numériques.

Des entrepreneurs travaillaient déjà avec des universitaires, le gouvernement et des professionnels de la santé sur des projets comprenant l'intelligence artificielle et ils ont pivoté pour répondre au défi du coronavirus, relève Wendy Singer, directrice générale de l'ONG Start-Up Nation Central qui promeut l'innovation Made in Israël.

Exemple avec la société Anyvision, spécialisée dans les technologies de reconnaissance faciale et récemment accusée par des ONG d'avoir fourni les outils d'une surveillance de masse dans les Territoires palestiniens, à tel point que Microsoft a annulé ses investissements en affirmant toutefois, après audit, que les accusations étaient infondées.

Peu après le début de la crise sanitaire, Anyvision a installé des caméras thermiques spéciales dans un hôpital de Tel-Aviv pour permettre aux responsables de savoir qui présentait une fièvre parmi le personnel.

Un système de reconnaissance faciale a aussi été installé dans l'hôpital Sheba, coeur local de la lutte anti-COVID, pour identifier en quelques secondes les individus entrés en contact avec un membre du personnel contaminé, afin de déterminer précisément qui devait être placé en quarantaine, explique Alex Zilberman, chef des opérations de cette entreprise.

Imaginez un infirmier ou un médecin déclaré positif. Avant, il fallait contacter la personne par téléphone et lui demander : "Qui avez-vous rencontré ces 14 derniers jours?" Mais dans un lieu comme un hôpital, il était impossible de répondre.

Mégadonnées, caméras à profusion, recoupage d'identité : tout ça ne tient-il pas un peu de Big Brother?

C'est un système très puissant, reconnaît M. Zilberman. Mais nous avons des garde-fous, argue-t-il, comme nous assurer que tous les employés ne peuvent pas entrer dans le système pour surveiller les allées et venues ou cibler des individus.

Pour soulager les hôpitaux, le gouvernement a signé un accord avec l'entreprise émergente locale Datos. Les patients téléchargent une application et entrent eux-mêmes leurs signes vitaux dans le système informatique pour générer des données traitées par l'algorithme de la compagnie.

Le système envoie automatiquement des rappels aux patients et aux personnes en quarantaine. But de l'opération : permettre au personnel soignant de se concentrer sur les cas sévères.

Au début de la crise, les services de santé devaient appeler les patients deux fois par jour, peu importe leur état, note Uri Bettesh, fondateur de cette entreprise. En fin de compte, demeurera toutefois une variable aléatoire : il suffit parfois de chasser le balagan pour qu'il revienne au galop. Et que les contaminations explosent à nouveau.

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