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Le ministre enlève son masquet tient un document intitulé « Portrait de la situation économique et financière 2020-2021 ».

Le ministre québécois des Finances Eric Girard lors de son énoncé budgétaire le 19 juin 2020.

Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot

On va devoir avoir la discussion, disait le ministre des Finances Eric Girard il y a une semaine à RDI économie à propos de l’avenir des cibles de réduction de dette et d’équilibre budgétaire. Le Québec doit-il s’inquiéter de sa dette? Et qu’en est-il du gouvernement canadien, dont la note de crédit vient d’être abaissée par l’agence Fitch?

D’abord, le gouvernement du Québec avait déjà atteint et même dépassé la cible visée pour sa dette brute, qui était de 45 % du PIB en 2026. En fait, c’est en 2019, soit 7 ans plus tôt, que le gouvernement a touché la barre des 45 % après des années de croissance économique plus forte qu’attendu et quelques années également de compressions budgétaires.

Au 31 mars 2020, la dette du Québec se situait même à 43 % du PIB.

Mais, avec la crise que nous connaissons, elle va remonter et passera de 199 milliards de dollars à 222 milliards de dollars au 31 mars 2021. Elle va donc bondir de 43 à 50 % du PIB du Québec.

À 50 % du PIB, tout à coup, la cible de 45 % de 2026 redevient un immense défi à relever pour le gouvernement. Ça va être difficile d’atteindre ces cibles, a dit le ministre Eric Girard, ajoutant que nous allons avoir une discussion collective, un débat de société autour de ces cibles à l’automne.

Se libérer d’un engagement trop restrictif

Pour réduire la dette, il faut éviter les déficits et l’économie doit être en croissance. Il semble assez clair que le gouvernement devra dégager des déficits dans les prochaines années. Et les projections économiques sont plus qu’incertaines.

En disant que ce sera difficile de revenir à 45 % en 2026 et qu’il faut en discuter collectivement, le ministre Eric Girard cherche visiblement à se libérer d’un engagement qui pourrait obliger le gouvernement à se lancer dans des mesures de restrictions, de rigueur ou d’austérité budgétaire, ou de hausse de charges fiscales.

Le ministre maintient toutefois qu’il est important, d’ici cinq ans, de revenir à l’équilibre, d’un point de vue intergénérationnel. Ensuite, dans une période d’inflation basse, il est important de ne pas laisser la dette augmenter de façon trop importante parce que ça va être difficile de contrôler le poids de la dette si le PIB nominal augmente moins vite. Nous prévoyons une période d’inflation qui va avoisiner 1 % pour les deux prochaines années.

Ainsi, le gouvernement semble vouloir maintenir la Loi sur l’équilibre budgétaire, qui oblige l’État à revenir au déficit zéro en 5 ans, mais semble du même coup vouloir s’affranchir de la loi qui l’oblige à ramener la dette à 45 % du PIB.

5 ans, c’est court!

S’il est prudent de vouloir s’éloigner de la cible de 45 %, ne serait-il pas approprié aussi de revoir la Loi sur l’équilibre budgétaire et cet engagement de revenir au déficit zéro en 5 ans?

Quand on sait que le gouvernement Harper à Ottawa a mis six à sept ans pour revenir à l’équilibre budgétaire après son déficit de 2008-2009, comment peut-on croire que le Québec puisse revenir au déficit zéro en moins de cinq ans sans devoir couper dans ses dépenses publiques, ses services publics ou augmenter encore des impôts ou des taxes?

Il faut comprendre que le niveau de la dette du Québec est revenu à ce qui prévalait en 2017. Et il faut aussi rappeler que les mesures d’austérité imposées en Grèce, notamment au début de la dernière décennie, ont été contre-productives, poussant même le Fonds monétaire international (FMI) à modifier sa position sur la rigueur budgétaire.

Tout en conservant un contrôle sur ses dépenses et en déployant des efforts pour améliorer la productivité de la province, et donc la croissance économique du Québec, le ministre des Finances pourrait saisir l’occasion qui se présente pour amorcer un virage dans la gestion de la dette du Québec. Et on peut se demander si l’heure n’est pas venue de repenser le Fonds des générations?

Une relance juste et verte

Puisque le Québec s’est donné la discipline depuis 15 ans d’investir des sommes dédiées dans le Fonds des générations, peut-être serait-il temps de choisir de consacrer une partie de ce fonds à une relance verte et juste.

C’est la proposition (Nouvelle fenêtre) en tous cas qui est faite par l’avocate Sarah-Maude Belleville-Chenard et l’économiste François Delorme dans un texte de réflexion publié par l’Institut de recherche en politiques publiques.

Une modification législative pourrait permettre qu’une partie du Fonds des générations soit réaffectée à la relance verte à court terme, écrivent-ils. Sur un horizon plus long, le Fonds pourrait être consacré en majeure partie à la transition écologique.

La situation de l’endettement public demeure bien maîtrisée, ajoutent-ils, et à des niveaux qui ne sont pas alarmants, malgré les investissements publics que provoque la crise pandémique.

Les auteurs invitent le gouvernement du Québec à prendre les devants sur la crise écologique, qui a déjà commencé. Afin de respecter le principe de l’équité intergénérationnelle, un plan de relance devrait nécessairement tenir compte des défis liés à la transition écologique et aux inégalités engendrées par les crises écologiques.

Ils proposent de modifier l’affectation principale du Fonds en faveur d’une utilisation qui correspondrait mieux aux besoins des jeunes et des générations futures. (...) Évaluer la dette qui sera léguée aux générations futures sans tenir compte de l’impact financier prévisible des changements climatiques, ne serait-ce pas faire l’autruche? Comment justifier notre aveuglement volontaire vis-à-vis de ceux qui nous suivront?

Une décote et pas de budget

Le premier ministre parle devant un micro

Le premier ministre Justin Trudeau lors d'un point de presse, le 25 juin 2020.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Par ailleurs, l’agence de notation Fitch a décidé de faire passer la note de crédit du Canada de AAA à AA+. Le Canada perd ainsi sa note parfaite avec l’une des principales agences de notation du monde. Il fait partie des premiers pays à se voir déclasser ainsi depuis le début de la crise de la COVID-19.

Le premier ministre Justin Trudeau a répondu jeudi matin que son engagement était celui d’aider les Canadiens. C’est sa priorité, n’en déplaise aux agences de notation.

Néanmoins, le gouvernement doit entendre le message lancé par Fitch. Non seulement le déficit du Canada sera largement plus important que prévu, mais les perspectives de reprise demeurent incertaines. Le prix du pétrole a baissé et la confiance des consommateurs, des travailleurs et des entreprises est ébranlée.

Ainsi, le gouvernement Trudeau doit être plus transparent dans l'utilisation de son arsenal budgétaire. Le ministre Bill Morneau a annulé le budget du 30 mars et n’a pas toujours pas annoncé de nouvelle date, ni même de mise à jour. Au mieux, un portrait de l’économie sera dévoilé en juillet, ce qui est bien mince.

Il n'est pas dans l'intérêt du Canada que l’agence Standard and Poor's lui retire sa note de AAA. Au G7, le Canada et l’Allemagne sont les deux seuls pays à voir une note parfaite. La décision de Fitch doit servir d’avertissement : il faut un budget, il faut que les Canadiens et l’opposition aient accès à l’ensemble des données et le gouvernement doit avoir un plan budgétaire clair et compréhensible.

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