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Des voix s'élèvent pour exiger des cours obligatoires sur le racisme en Ontario

Deux jeunes Afro-Américains portant un masque et marchant devant un graffiti disant « Justice pour Floyd ».

De nombreuses actions et manifestations pour la justice raciale ont lieu depuis la mort de George Floyd.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Dans la foulée des mobilisations antiracistes entourant la mort tragique de George Floyd, des pétitions demandant la révision des programmes scolaires circulent en Ontario. Celles-ci visent à améliorer la représentation des différents groupes culturels et à mettre un frein au racisme dès les bancs d’école.

L'une de ces pétitions cumule plus de 25 000 signatures. L'instigatrice, Parnika Raj, demande d'imposer un cours sur la race et l’origine ethnique à l’école secondaire.

Le cours proposé explore notamment le racisme au sein des institutions canadiennes ainsi que des stratégies visant à accroître la représentation de personnes marginalisées au sein de la société.

La mise en place de ce cours est la première étape de la réforme du programme scolaire eurocentrique actuel. [...] On néglige des questions systémiques importantes dès le plus jeune âge.

Parnika Raj, dans une pétition cumulant plus de 25 000 signatures

Si on ne parle pas de racisme, il va continuer, soutient Ra’anna Brown, qui a signé la pétition. Elle estime que si les écoles elles-mêmes n’abordent pas la question de manière décomplexée, les élèves vivant des situations de racisme ne se sentiront pas soutenus.

Aurore Mbonimpa, également signataire, apprécie le fait que l’initiative soit menée et soutenue par des jeunes issus de la diversité culturelle.

Elle raconte avoir subi les lacunes d’un système d’éducation se voulant inclusif, mais qui ratait souvent sa cible. Elle se rappelle notamment avoir gagné un concours de dessin après s’être illustrée aux côtés de son parrain et de sa marraine.

On m’a dit bravo, tu es en train de dessiner la diversité canadienne. J’étais tellement jeune, je ne comprenais pas pourquoi on me félicitait d’avoir dessiné des gens que j’aimais. C’est comme si on me disait : bravo tu es noire.

Aurore Mbonimpa, signataire de la pétition
Portrait d'Aurore Mbonimpa, poing levé.

Aurore Mbonimpa est également membre du comité « Agir pour la justice raciale Sudbury ».

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Revoir l’enseignement de l’histoire

Timothy Stanley, spécialiste de l’éducation antiraciste et professeur à l’Université d’Ottawa, croit que pour réellement aborder les questions de racisme à l’école, il faut repenser l’ensemble du programme scolaire.

Nulle part dans le curriculum de l’Ontario il n’est obligatoire d’enseigner la langue autochtone locale. [...] Ni même le nom de ce groupe autochtone, ou de dire sur quel territoire l’école est située, illustre-t-il.

Il trouve que le programme est trop centré sur la perspective européenne, ce qui crée des distorsions dans la représentation des différents groupes culturels. On imagine que les personnes noires et asiatiques sont toujours de nouveaux arrivants, et pas des personnes qui ont des racines aussi anciennes que le reste de la population, dit-il.

Amadou Ba, historien et chargé de cours à l’Université Laurentienne, abonde dans le même sens. Il faut mentionner cette contribution économique, culturelle, sociale, militaire, politique de cette histoire qui n’est pas souvent racontée, explique-t-il.

M. Ba, qui a notamment écrit le livre L'histoire oubliée de la contribution des esclaves et soldats noirs à l'édification du Canada, estime que de raconter l’histoire des personnes noires au pays est un élément central dans la construction identitaire des jeunes.

S’ils comprennent que dans les moments les plus difficiles que le pays a vécu, comme les guerres, les personnes noires étaient parmi tous les gens qui se sont battus, les gens qui se sont levés. [...] ça change leur représentation d’eux-mêmes.

Amadou Ba, historien et chargé de cours à l’Université Laurentienne
Amadou Ba présente son manuscrit dans les studios de Radio-Canada.

Amadou Ba est l'auteur du livre « L'histoire oubliée de la contribution des esclaves et soldats noirs à l'édification du Canada ».

Photo : Radio-Canada / Justine Cohendet

On ne peut pas continuer à vivre des situations de racisme à cause de l’ignorance du passé, dit-il. Ça on peut le résoudre.

Questionnée quant à la possibilité de revoir le programme scolaire des écoles élémentaires et secondaires afin d’y inclure des cours obligatoires sur le racisme, Ingrid E. Anderson, porte-parole du ministère de l’Éducation de l'Ontario, répond par courriel que la province s’engage à continuer [...] d'offrir aux élèves la possibilité de découvrir les différentes communautés culturelles et à assumer nos responsabilités collectives en matière d'inclusion et de lutte contre le racisme.

Elle soutient également que tous les programmes contiennent des sections sur l'équité et l'éducation inclusive, tissant le lien avec chacune des matières enseignées.

Ryerson ajoute un cours sur les communautés noires

À la suite du dépôt d'une pétition ayant cumulé plus de 3000 signatures, l’École de journalisme de l’Université Ryerson a ajouté un cours à son programme sur la représentation de la communauté noire dans les médias. Celui-ci traitera de l'histoire des Canadiens noirs et de la façon les médias ont contribué à perpétuer les préjugés raciaux et l'injustice systémique.

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