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Une Académie du drag francophone à Ottawa

La drag queen Néona au centre d'une scène pendant un spectacle.

La drag queen Néona au centre d'une scène pendant un spectacle.

Photo : Radio-Canada / Lise Ouangari

Les adolescents et les adultes de la région de la capitale nationale pourront s'initier à l'art du drag en français, grâce à l'Académie du drag, que lance l'Association des communautés francophones d’Ottawa.

De la création d’un personnage à l’apprentissage du chant et de la danse, en passant par la confection de costumes et de maquillages : il y a tout un monde à découvrir quand on veut se lancer dans le drag... mais par où commencer? Et comment le faire en français?

Pour accompagner les intéressés dans leur démarche artistique, l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO Ottawa) met sur pied une série d’ateliers en ligne ainsi qu’un programme de mentorat destinés tant aux jeunes qu’aux adultes.

La directrice générale de l’organisation, Ajà Besler, explique qu’au terme de consultations auprès de communautés francophones de la province, l’ACFO Ottawa a découvert que plusieurs personnes se sentaient obligées de choisir entre leur langue et leur identité sexuelle.

Ils ont soit la chance de vivre en tant que francophones ou de vivre en tant que personnes de la communauté LBGTQ+, mais il n’y a pas beaucoup d’espaces où ils peuvent vraiment vivre ces deux identités-là en même temps, soutient Mme Besler.

La popularité grandissante d’émissions de télévision commeDrag Race, avec RuPaul, véritable icône du mouvement, a motivé l’organisation à présenter des modèles francophones, puis à outiller les intéressés afin de rendre l’initiation plus accessible.

Comment peut-on amener un jeune qui voit du drag à la télévision - dans un modèle avec plus d’argent et de ressources - et lui faire sentir que c’est quelque chose qu’il peut vivre en français et dans sa communauté?

Ajà Besler, directrice générale de l'ACFO Ottawa

L’Académie du drag travaille présentement à recruter des artistes pluridisciplinaires dans l’idée de proposer des webinaires dès juillet. Les ateliers porteront notamment sur la confection de costumes, les chorégraphies, l’importance du jeu théâtral, l’humour et la construction d’un personnage de scène.

Drag queen qui se maquille.

Une drag queen qui se maquille.

Photo : Radio-Canada / Lise Ouangari

Ce premier camp aura lieu virtuellement, ce qui permettra à l’ACFO Ottawa d’offrir l’expérience à une centaine d’apprentis drag queens et drag kings. Puisque tout va se faire par vidéo, on peut mettre en lumière les forces des artistes de notre communauté locale, mais aussi avoir une diversité et voir ce qui se fait dans d’autres communautés en Acadie, au Québec, et cetera, ajoute Ajà Besler.

Un volet de mentorat limité, offert uniquement aux Ottaviens et Ottaviennes, sera également déployé à compter du mois d’août. L’objectif est d’offrir un accompagnement personnalisé pour créer un premier numéro de drag au terme d’un jumelage de six semaines.

Peu de modèles pour les jeunes…

François Zarraga revêt ses costumes de drag queen pour monter sur scène depuis 43 ans. Ses premières années de spectacles l’ont mené un peu partout sur les routes canadiennes alors qu’il apprenait le métier à tâtons. J’aurais aimé avoir du mentorat à cette époque-là, mais il n’y en avait pas, soutient-il.

Lorsqu’il a appris qu’une Académie du drag serait mise sur pied dans sa région, il a tout de suite posé sa candidature pour devenir mentor. M. Zarraga souhaite notamment inspirer la prochaine génération d’artistes à chanter de vive voix, une tendance qui, selon lui, éclipsera éventuellement la synchronisation labiale (lip sync) souvent associée aux drag queens.

Un homme déguisé en femme et portant une perruque blonde.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

François Zarraga dans un costume de scène

Photo : Facebook / François Zarraga

Je trouve que c’est important d’avoir une relève, surtout dans un milieu francophone où l’on pourrait avoir des jeunes qui veulent percer le marché.

François Zarraga, artiste de drag

L’ACFO Ottawa a décidé de diviser les activités de son Académie pour offrir un volet personnalisé aux adolescents : ils pourront ainsi rencontrer d’autres jeunes vivant une réalité semblable à la leur.

On veut s’assurer qu'il y ait un espace pour que les adolescents puissent se rassembler et s’exprimer entre eux, mentionne Ajà Besler.

Elle rappelle que cette clientèle n’a pas accès aux bars, où la plupart des spectacles de drag se déroulent, et ainsi peu d’occasions d’être exposée à des modèles ou même de se présenter sur scène. C’est pourquoi l’Académie organisera des activités complémentaires comme des heures du conte familiales, où les adolescents pourront travailler leur personnage.

On veut sortir le drag des bars et le rendre multiâge, multigénérationnel et rassembleur.

Ajà Besler, directrice générale de l'ACFO
La drag queen Barbada lors de l'heure du conte à la garderie Par-Dessus l'Arc-en-Ciel.

Barbada (Sébastien Potvin), lors d'une animation d'heure du conte dans une garderie

Photo : Shari Okeke/CBC

... et encore moins de scènes en français

François Zarraga avance que la communauté de drag ne compte que quatre artistes francophones dans la grande région d’Ottawa-Gatineau. Celui qui aime incarner Ginette Reno sur scène souhaiterait aussi avoir accès à plus d’endroits où faire entendre de la musique en français.

M. Zarraga mentionne qu’à Gatineau, les lieux accueillant des spectacles de drag se comptent sur les doigts d’une main et que ceux d’Ottawa n’acceptent que rarement les prestations dans la langue de Molière.

On dirait que les gens ont peur de laisser les drags faire des spectacles en français. Ils disent qu’il y a peu de population francophone qui vienne dans les bars, mais c’est faux, déplore-t-il.

Selon lui, le projet francophone d'Académie du drag pourrait permettre l'émergence d'une nouvelle génération d'artistes francophones dans la région.

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