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Je vous écris d’un CHSLD de brousse. Suite et fin.

Ça y est. P., un travailleur de la santé qui a répondu à l’appel d’urgence dans les CHSLD, retourne à ses patients d’avant la pandémie et nous donne de ses nouvelles.

Un homme portant un casque de soldat en train d'enfiler des gants de protection.

Illustration montrant un travailleur de la santé au front d'un CHSLD, qui se sent comme à la guerre.

Photo : Radio-Canada / Charlie Debons

Chers lecteurs,

Vous avez été nombreux à m’écrire pour prendre des nouvelles de P., ce travailleur de la santé qui a bravé la tempête en avril et qui est allé s’occuper de ceux qui en avaient le plus besoin. P. nous a écrit de son CHSLD de brousse son désarroi, ses coups de coeur, son admiration pour les préposés et son inquiétude pour les malades.

Comme le Québec, il a repris ces dernières semaines le chemin d’une certaine normalité. Mais le virus a laissé des traces; beaucoup de souffrance chez les gens dont il s’occupait avant la pandémie, si bien qu’il n’aura pas beaucoup de répit. Il a tout de même pris le temps de nous donner de ses nouvelles avant les vacances ou une épeurante deuxième vague.

Mercredi 17 juin

Salut Émilie, comment ça va?

Je voulais te dire que samedi était ma dernière journée au CHSLD. J'étais vraiment content de pouvoir dire au revoir à mes collègues. Sur l'étage, il reste trois cas de COVID; ils sont en rémission (en attente d'un deuxième test négatif).

C'était particulier de revoir des gens qui étaient en piètre état la dernière fois que je les ai vus. Certains étaient assis sur leur chaise. Ils ont maintenant le droit de sortir de leur chambre un peu plus. Leur emprisonnement est bientôt fini. Les préposées recommencent à faire marcher les résidents qui ont perdu des capacités pendant le confinement. La vie reprend, c'est rassurant.

J'ai recommencé à travailler au CLSC hier après trois mois de délestage. J'étais vraiment content de revoir mes collègues. J'ai fait des téléphones aux usagers du soutien à domicile où je travaillais il y a trois mois.

Beaucoup de gens ont perdu des capacités durant le confinement. Plusieurs services sont encore suspendus. Ils ont été laissés à eux-mêmes bien souvent. Et les hausses de salaires des employés en CHSLD ont eu comme impact que plusieurs préposés qui donnent des soins à domicile ont demandé à travailler en CHSLD. Ça voudra dire que plusieurs personnes qui ont perdu des capacités vont être dans une condition nécessitant plus de services et que les employées qui les aidaient ou qui vont les aider vont être moins nombreuses ou moins expérimentées.

Je ne crois pas que ça revienne comme avant. Certains bris de services auront eu des dommages collatéraux importants, probablement irréversibles si on ne remet pas des ressources rapidement.

Alors voici mes dernières nouvelles. D'ici à la prochaine vague, les choses commencent tranquillement à se replacer.

À la prochaine,

P. 

Mardi 23 juin

Chère Émilie,

J'ai recommencé à travailler au CLSC depuis une semaine et je remarque que les personnes âgées et handicapées vivant à domicile vivent beaucoup plus de détresse résiduelle après ces trois mois de confinement.

D'un côté, il y a ceux qui espèrent être déconfinés comme tout le monde le plus rapidement possible. Les organismes communautaires sont des lieux de socialisation importants, mais sont encore fermés. Ces gens-là considèrent qu'ils peuvent gérer les risques de se réunir en respectant la distanciation.

De l'autre, il y a les gens qui ont peur de sortir de chez eux et de recevoir des gens, même les préposées qui donnent des soins à domicile. Il y a un homme qui a dit à une collègue qu'il préférait s'uriner dessus que de devoir laisser autant de préposées différentes le mettre à risque d'avoir le virus.

Le déconfinement sera plus qu'un processus de réouverture d'entreprises. Il faudra qu'on accompagne les gens les plus vulnérables qui auront été oubliés, quand viendra le temps de reprendre leurs activités. Et il faudra qu'ils soient rassurés, car la peur fait qu'ils sont prêts à en sacrifier leur dignité.

Voilà. Bonnes vacances.

P.

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Santé