•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

COVID-19 et crise du logement : tempête en vue pour le 1er juillet

Le reportage de Sébastien Desrosiers

Photo : Radio-Canada

Mathias Marchal

Une pandémie qui malmène l’emploi, une pénurie de logements locatifs qui fragilise les moins fortunés et un gouvernement qui peine à suivre la cadence : tout est en place pour un 1er juillet qui s’annonce difficile.

Comme chaque année à cette période, les organismes d’aide au logement de Montréal et du Québec sont en effervescence. Le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), qui chapeaute ces comités, ne fait pas exception.

Cette année, le nombre de logements à louer disponibles est le plus bas en 15 ans et la pandémie vient aggraver la crise, confie Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU.

Avant, ceux qui peinaient à se retrouver un logement faisaient appel à la famille ou à des amis, mais avec la COVID-19, c’est bien plus compliqué.

Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU

Les chiffres qu’elle a en main ne sont pas rassurants. Le 23 juin, une semaine avant l’échéance de leur bail, au moins 126 familles montréalaises n’arrivaient pas à trouver où se reloger dans un contexte où le pourcentage de logements vacants est très faible (1,6 % en octobre 2019).

À Longueuil et Laval, où le taux de logements vacants est de 1,5 % (loin des 3 % considérés comme le point d’équilibre), on dénombre respectivement 50 et 59 ménages en difficulté.

La plupart des autres villes du Grand Montréal n’offrent même pas de service d’aide au relogement, même si le gouvernement Legault a annoncé récemment qu’il en rembourserait une partie des coûts, souligne Mme Laflamme, qui précise que beaucoup de gens passent sous le radar.

À Montréal, c’est l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) qui se charge d'accompagner ces familles en quête de logement. En date du 23 juin, l'OMHM accompagne 126 ménages, c'est-à-dire qu’il les aide à trouver des ressources pour se reloger d'ici le 1er juillet, indique la Ville de Montréal par courriel.

On s’attend à ce que ce nombre augmente d’ici le 30 juin, ajoute Mathieu Vachon, porte-parole de l’OMHM, qui confie être assez occupé.

L’Office a aussi reçu 395 appels de locataires liés à des problématiques de logement depuis le début de l'année, contre 214 à la même période en 2019.

Dur de suivre la hausse des loyers

Près du tiers de ces demandes d’aide proviennent de locataires victimes d’une reprise de logement et 15 % sont faites par des locataires victimes d’éviction, indique le FRAPRU. L'organisme souligne que plusieurs doivent quitter leur quartier et les services qu’ils y reçoivent faute de pouvoir se retrouver un loyer similaire.

En effet, les prix demandés pour un logement à Montréal sont actuellement de 30 % supérieurs au loyer moyen, selon une étude du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ) publiée jeudi. Pour y arriver, le RCLALQ a épluché 61 985 petites annonces et les a comparées avec les données de la Société canadienne d’hypothèque et de logements (SCHL) de l’automne dernier.

Ainsi, à Montréal, en moyenne il faut débourser 1140 $ pour un 3 pièces et demie et 1317 $ pour un 4 et demie. Bien trop pour Cécile Lahaie, 78 ans, victime de rénoviction (éviction pour cause de rénovation). J'ai 1500 $ par mois de pension, je ne vais pas pouvoir payer 1100 $ de loyer. Il faut manger et payer les factures aussi!

Pour les comités de défense des locataires, le gouvernement traîne la patte sur ce dossier. Ils soulignent qu’aucun des 1800 suppléments de loyers d’urgence annoncés le 11 juin n’a encore été octroyé et que le gouvernement Legault n’a pour l'instant financé aucun nouveau projet de logement social, se contentant de terminer une partie des projets des gouvernements antérieurs.

Déménager en mode COVID-19

Du côté des déménageurs, on fait aussi face à de nombreux défis. Certains auront peut-être remarqué qu’il y a moins de camions garés en biais dans leur rue. Oui, c’est plus calme que d’habitude, mais c’est parce qu’à cause de la pandémie, les déménagements vont s’étirer jusqu’à la fin août, explique Pierre-Olivier Cyr, propriétaire de l’entreprise Déménagement Le Clan Panneton, qui dispose d'une cinquantaine de camions.

Deux employés dans un camion de déménagement en train de descendre des cartons.

Les entreprises de déménagement sont considérées comme un service essentiel.

Photo : Radio-Canada

Selon lui, ce décalage est dû en partie aux clients qui ont préféré attendre de voir comment évoluait la pandémie, mais aussi au marché de la construction résidentielle, qui a été interrompu pendant un mois. Sans compter les nouvelles règles sanitaires sévères qui retardent certains chantiers.

On m’a donné l’exemple d’un peintre qui a besoin de plus d’une heure pour rejoindre et quitter un chantier au 10e étage d’une tour, confie l’entrepreneur.

Ce dernier souligne que, malgré tout, son carnet de commandes comprend 300 déménagements de plus cette saison, probablement parce que son entreprise a beaucoup investi dans le respect des normes sanitaires.

Faire désinfecter, chaque soir, l’ensemble de nos camions par une entreprise spécialisée prend plus de trois heures et il faut fournir en gants et en masques nos employés.

Pierre-Olivier Cyr, propriétaire de Déménagement Le Clan Panneton

M. Cyr estime les coûts à 100 000 $. Mais le plus grand défi pour lui actuellement, c’est de recruter du personnel supplémentaire, car il se trouve en concurrence avec la Prestation canadienne d'urgence (PCU) du gouvernement fédéral.

C’est mon pire ennemi. Même si j’offre de 400 $ à 550 $ pour 20 à 30 heures de travail, les gens préfèrent souvent gagner 500 $ à ne rien faire, mentionne-t-il. Il évoque le cas de certains candidats qui demandent à être payés au noir afin de continuer à toucher la PCU. Demandes qu’il dit refuser systématiquement.

Dans le contexte actuel, il ne faut pas juste acheter local, il faut acheter légal, lance l’entrepreneur.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Grand Montréal

Habitat