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Les agents de conservation de la C.-B. ont tué 4500 ours en 8 ans

Les défenseurs des droits des animaux estiment que l’euthanasie doit être le dernier recours.

Un ours noir, sur des rochers.

Au cours des 8 dernières années, près de 4500 ours ont été tués par des agents de conservation de la faune de la Colombie-Britannique.

Photo : iStock

Les statistiques ont de quoi surprendre. En Colombie-Britannique, près de 4500 ours ont été tués par des agents de conservation de la faune au cours des huit dernières années, déplorent des groupes de défense des animaux. Selon le ministère de l'Environnement, ce nombre est toutefois « relativement bas ».

En avril et en mai 2018 seulement, 113 ours ont été abattus par le service de conservation de la faune, ce qui équivaut à près de 2 ours par jour.

Le ministère de l'Environnement de la Colombie-Britannique, dont relève le service de conservation de la faune dans la province, estime que 4500 en 8 ans reste un nombre relativement bas compte tenu des 20 000 plaintes liées à des ours reçues chaque année.  

Des groupes de défense des droits des animaux jugent quant à eux le nombre d'ours tués injustifiable.

Charlotte Dawe, du groupe Wilderness Committee, soutient que l'euthanasie devrait être le dernier recours utilisé lorsqu'un ours est devenu trop habitué aux humains.

Gros plan sur un grizzly.

Des ours qui s'approchent trop près de résidences sont abattus chaque année.

Photo : Shutterstock / Jakub Moravec

Responsabiliser les habitants

Mme Dawe ajoute que les personnes qui demeurent près des zones habitées par les ours devraient être les premières à prendre les mesures nécessaires pour dissuader ces derniers de s'approcher des maisons.

Elle leur demande, par exemple, d'éviter de mettre des mangeoires d'oiseaux à l'extérieur et de sortir les déchets la veille de la collecte, et de s'assurer que leur barbecue bien propre et vide de traces d'aliments.

Des compromis que les humains refusent trop souvent de faire, affirme Anne Booth, professeure en gestion des écosystèmes à l'Université du nord de la Colombie-Britannique. Cette négligence peut s'avérer fatale pour les ours, dit-elle.

Tout à coup, sur votre terrasse, il y a un ours qui mange les graines d'oiseaux. L'agent de conservation est appelé à intervenir, juge que l'animal est dangereux et décide de l'euthanasier. Tout ça parce que, trop souvent, les gens refusent de prendre les mesures élémentaires pour ne pas attirer les ours!

Anne Booth, professeure en gestion des écosystèmes à l'Université du nord de la Colombie-Britannique
Un ours noir se promène près de poubelles non verrouillées à Port Moody.

Les ours sont attirés par les déchets laissés par les humains.

Photo : Radio-Canada / Curt Petrovich

Les personnes habitant dans ces zones peuvent également tenter de faire fuir les ours en faisant du bruit à l'aide de cloches ou en lançant des projectiles en caoutchouc toutes les fois que l'ours s'approche des poubelles.

Il s'agit de mesures, qui, si elles sont répétées suffisamment, peuvent s'avérer efficaces contre les ours noirs, soutient Charlotte Dawe.

Les agents de conservation de la faune ont également accès à de nombreux autres recours que l'euthanasie pour éloigner un ours qui s'aventure trop près d'une résidence, ajoute-t-elle.

Depuis 2003, en Alaska et dans l'État de Washington, les agents utilisent avec succès des chiens d'ours de Carélie pour faire fuir les ours. Dans 80 % des cas, les ours ne reviennent plus.

Une méthode qui n'est pas employée en Colombie-Britannique, mais que plus de 40 000 signataires d'une pétition lancée il y a un an aimeraient voir utiliser par les agents de conservation de la faune de la province.

Une question de culture?

Une controverse que Bryce Casavant connaît parfaitement : en 2015, l'agent de conservation de la faune a été suspendu et renvoyé pour avoir refusé de tuer deux oursons qui accompagnaient leur mère dans un parc de maisons mobiles à Port Hardy, sur l'île de Vancouver.

Bryce Casavant a tué la mère qui s'était aventurée dans une des maisons et avait fouillé dans le congélateur extérieur.

Cependant, défiant l'ordre de ses supérieurs de tuer les deux oursons sous prétexte qu'ils pourraient avoir été habitués eux aussi aux humains, Bryce Casavant a décidé de les piéger et de les transporter chez un vétérinaire pour les relâcher plus tard dans une autre région.

Deux agents de la faune qui tiennent un filet avec un ours au sol.

Des agents de la faune doivent souvent intervenir pour des ours qui s'aventurent trop près de propriétés.

Photo : Radio-Canada

Une décision qui a mené à son renvoi du service de conservation de la faune après deux ans dans cet emploi. Bryce Casavant a porté cette décision en Cour d'appel de la Colombie-Britannique, qui l'a blanchi de toute faute.

Bryce Casavant se dit convaincu de l'existence d'une culture au sein du service de conservation de la province qui ne priorise pas la sauvegarde des animaux sauvages.

« Le service des agents de conservation a des liens très étroits avec le secteur de la chasse, des liens qui influencent la culture et la structure de tout le service », affirme-t-il.

« Il existe une attitude désinvolte face à la mort des animaux, qui,à mon avis, ne devrait pas exister au sein d'un service comme celui de la conservation et qui n'est pas appropriée », affirme M. Casavant.

Le ministère de l'Environnement soutient pour sa part qu'il accorde la priorité à la sécurité publique.

Même si tous les efforts sont déployés pour éviter d'euthanasier un ours, précise le Ministère, il est trop risqué de laisser en vie les animaux qui se sont habitués à la nourriture humaine. Des ours qui sont condamnés tôt ou tard à revenir près des humains et qui, malheureusement, doivent être éliminés.

Des caméras d'intervention

L'ex-agent de conservation de la faune, aujourd'hui analyste politique au groupe de défense des animaux Pacific Wild, propose qu'en tant que force armée, les agents de conservation de la faune soient intégrés aux forces policières et assujettis au même mécanisme de surveillance que la police régulière et portent des caméras d'intervention.

Ces mécanismes permettraient d'analyser les circonstances dans lesquelles les ours sont tués sur le terrain et possiblement, de réduire le taux d'euthanasie, estime M. Casavant.

«  Les agents de conservation sont des agents en uniforme, armés, qui peuvent à tout moment décharger leur arme à feu sans être redevables en aucune façon, contrairement aux policiers qui, eux, doivent régulièrement répondre de leurs gestes », ajoute M. Casavant.

Le service des agents de conservation doit être remanié en organisme de force policière en Colombie-Britannique et soumis à un mécanisme de surveillance.

Bryce Casavant, ex-agent de conservation de la faune

Le service de conservation de la faune de la Colombie-Britannique accueille favorablement l'idée d'un mécanisme de surveillance externe et dit être en train d'en mettre un sur pied pour établir la confiance du public.

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