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Les collisions avec des navires menacent la survie des baleines noires

Une corde est attaché à la carcasse d'une baleine sur le dos dans l'océan pour se fait ramener sur le bord de l'eau.

Les baleines noires de l'Atlantique Nord sont une espèce menacée, selon Pêches et Océans Canada.

Photo : Gracieuseté de la Marine Animal Response Society

Marie-Ève Brassard
Jean-Philippe Hughes

Des collisions avec des navires ont causé la mort de près de la moitié des neuf baleines noires de l'Atlantique Nord dont les carcasses ont été trouvées dans le golfe du Saint-Laurent en 2019, selon un nouveau rapport publié par la Marine Animal Response Society (MARS) et le Réseau canadien pour la santé de la faune (RCSF).

Le rapport d’incident (Nouvelle fenêtre) se penche sur les différentes causes de mortalité observées chez ces mammifères marins trouvés morts au cours des mois de juin et juillet 2019.

Des nécropsies ont été réalisées sur cinq des carcasses de ces baleines. Pour quatre d'entre elles, le rapport conclut que la cause la plus probable de leur mort est une collision avec un navire.

Le taux élevé d’hormones glucocorticoïdes d’une des baleines permet aussi de supposer qu’elle a subi un stress physiologique chronique avant sa mort, selon le rapport. La cause du décès de la cinquième baleine n'a pu être déterminée.

Le document fait aussi mention de quatre baleines additionnelles enchevêtrées vivantes dans des engins de pêche. Des experts ont pu intervenir pour sauver la vie de trois d’entre elles. Malheureusement, le quatrième animal marin n’a pas eu autant de chance : il a été trouvé mort au large de la côte est des États-Unis. Des experts américains ont associé la mort de cette baleine aux blessures causées par cet enchevêtrement.

Deux hommes rapatrient la carcasse d'une baleine dont on ne voit que l'aileron sur la plage à l'aide de cordes.

Les nécropsies de baleines sont des opérations laborieuses en raison de la grande taille de l'animal et de l'expertise nécessaire.

Photo : Gracieuseté du Réseau canadien pour la santé de la faune

Stéphane Lair, professeur à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal et directeur régional pour le Québec du RCSF, organisme co-auteur du rapport, explique qu'il est parfois difficile de réaliser la nécropsie de ces mammifères en raison de leur taille et du faible nombre de personnes formées pour ce travail.

Lorsque leur carcasse ne s'échoue pas sur les rives, il faut aussi être en mesure d'aller les repêcher au large en temps opportun, c'est-à-dire avant que leur état de putréfaction soit trop avancé pour découvrir ce qui a causé leur mort.

Le professeur est toutefois satisfait d'avoir pu examiner cinq animaux sur neuf, étant donné les ressources disponibles et le fait qu'il n'est pas possible d'effectuer plus d'un examen dans une journée, ou parfois même sur deux jours.

Le saviez-vous?

La baleine noire de l’Atlantique Nord figure parmi les espèces de grandes baleines les plus menacées au monde. Son nombre est en déclin. Il ne resterait que 400 baleines noires dans l’océan Atlantique.

Cette espèce se distingue par sa grosse tête, qui peut constituer jusqu’à un quart de son corps. Cet animal marin peut atteindre 18 mètres de longueur. Normalement, son espérance de vie est d’au moins 75 ans.

Un problème récurrent

Ce n’est malheureusement pas la première année que ce problème se manifeste. En 2017, ce sont 12 baleines noires qui ont été trouvées mortes dans le golfe du Saint-Laurent. Parmi elles, sept ont péri à la suite d’une collision avec un bateau, et deux autres en raison d’un enchevêtrement dans des engins de pêche.

Au cours des cinq dernières années, ce sont 25 baleines noires qui sont mortes dans les eaux canadiennes, un chiffre huit fois supérieur au total des mortalités documentées chez cette espèce pour les 27 années précédentes.

Pour remédier à ce problème, le rapport suggère notamment que le gouvernement crée et maintienne un programme de suivi de la santé et des causes de mortalité des espèces marines, ainsi que des investissements supplémentaires pour financer ces initiatives.

Des solutions révisées

Plus tôt cette année, le gouvernement fédéral a modifié les mesures en place pour assurer la protection des baleines noires.

Selon Lyne Morissette, écologiste de la conservation chez M. - Expertise marine, l'adaptation des mesures mises en place par le ministère des Pêches et des Océans au fil du temps est une bonne nouvelle pour l'efficacité de la protection.

On enlève [des mesures] qui fonctionnaient moins bien ou qui étaient inutiles pour essayer de coexister pour qu'à la fois les pêcheurs puissent survivre et les baleines aussi. Même si les pêcheurs et les transporteurs maritimes sont souvent montrés du doigt, ajoute-t-elle, ce sont eux qui sont sur le terrain et qui peuvent faire les plus grandes différences pour réduire l'impact qu'ils ont.

Une femme sur un bateau.

La biologiste Lyne Morissette rappelle l'importance de la collaboration entre les industries touchées, le gouvernement et les experts pour protéger efficacement l'espèce menacée (Archives).

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Mme Morissette insiste sur l'importance que peut avoir un rapport comme celui-ci dans la lutte contre l'extinction d'une espèce. Quand on comprend ce qui est arrivé, on peut trouver des solutions plus efficaces et mieux protéger l'espèce.

Contrairement aux années précédentes, où plusieurs zones étaient fermées dès le début de la saison, l'interdiction de pêcher entrera en vigueur cet été seulement si une baleine noire est détectée dans une zone. Cette interdiction pourrait durer tout l'été si les mammifères restent dans la zone désignée, le but étant d'empêcher les collisions et l'enchevêtrement.

Il faut faire encore mieux et c'est quand on connaît bien ce qui s'est passé et les causes de décès, comme ce qu'on peut voir dans le rapport, qu'on devient plus efficace à faire mieux et d'être dans les meilleures solutions possibles pour protéger la baleine noire.

Lyne Morissette, écologiste de la conservation chez M. - Expertise marine

En date du 23 juin, la zone fermée à la pêche en raison de la présence de baleine recouvre environ 13 020 km2, indique Pêches et Océans Canada. Au total, 179 baleines noires ont été repérées en eaux canadiennes. Puisqu'elles sont constamment en mouvement, il s'agirait en fait de 52 mammifères différents, selon l'expertise du New England Aquarium.

Mme Morissette et M. Lair s'entendent pour dire que malgré qu'il n'y ait toujours pas de mort prématurée de baleine recensée cette année, il est impossible de prédire si la tendance se maintiendra pour le reste de la saison. C’est difficile à dire pour le moment si les mesures plus dynamiques fonctionneront. Il va falloir attendre la fin de la saison pour le savoir, précise M. Lair.

À pareille date l'année dernière, des carcasses de baleines avaient déjà été repêchées dans le Saint-Laurent.

Des chances de sauver l'espèce?

Avec environ seulement 400 baleines noires de l'Atlantique Nord, il est difficile d'être optimiste, selon Lyne Morissette. Cela dit, bien qu'elle qualifie les chances de prévenir la disparition de la baleine noire de très, très minces, elle se montre optimiste en raison de l'apparition de nouvelles technologies permettant la pêche sans cordage.

Elle précise qu'un des plus grands dangers pour les baleines est le fil qui relie les casiers à homard ou au crabe à une bouée à la surface.

Pour la première fois cette année, 10 pêcheurs canadiens pourront mettre au banc d'essai cette technologie dans des zones où on a repéré des baleines.

Si ces nouvelles mesures s'avèrent inefficaces et que le taux de mortalité se maintient, les baleines noires de l'Atlantique Nord pourraient disparaître dans aussi peu que 20 ans.

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