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Les accusations contre le chef Allan Adam abandonnées

Une vidéo montre que le chef a été plaqué au sol et frappé lors de son arrestation.

Le reportage de Charlotte Dumoulin

Photo :  CBC / Raffy Boudjikanian

La Couronne abandonne les accusations d’agression contre un agent de la paix et d'avoir résisté à son arrestation déposées contre le chef autochtone Allan Adam de la Première Nation des Chipewyan de l’Athabasca en Alberta.

La porte-parole de Justice Alberta, Carla Jones, dit que les accusations ont été retirées après une réévaluation des preuves existantes, incluant la divulgation de matériel additionnel pertinent

L’avocat de M. Adam, Brian Beresh, a remercié le procureur pour cette décision sage et juste

Il croit que ce développement confirme que les policiers avaient accusé son client dans le seul but de dissimuler la nature violente de leurs propres actions.

L'enquête de l’Équipe d'intervention de l'Alberta en cas d'incident grave (ASIRT) sur le comportement des policiers pendant cette arrestation continuera.

La figure de Dame Justice est représentée aveugle, les yeux bandés pour pouvoir rendre justice sans discriminer, mais ça ne veut pas dire que ses oreilles sont bouchées. Je suis certain qu’elle écoute et qu’elle veut des réponses, comme nous.

Brian Beresh, avocat du chef Allan Adam

Une arrestation filmée

Le chef Allan Adam a été arrêté devant un casino de Fort McMurray en mars. Des agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) l’ont interpellé après avoir constaté que la plaque d’immatriculation de son véhicule était expirée.

Les vidéos de l’intervention qui a suivi ont fait le tour du Canada au cours des dernières semaines, nourrissant les débats sur la brutalité et le racisme au sein des corps policiers. Une photo prise après les faits montre le visage tuméfié du chef.

Dans une vidéo captée par la caméra de la voiture de police, on entend le chef jurer contre les policiers et les accuser de le harceler. Lorsqu’un policier l’agrippe, le chef tente de dégager son bras. Un autre policier le plaque brutalement au sol, puis le frappe à la tête.

Deux policiers interviennent pour arrêter une personne.

Toute la scène de l'arrestation du chef autochtone Allan Adam a été captée par la caméra du tableau de bord d'une voiture de la GRC.

Photo : GRC

Le policier accusé pour un incident séparé

Le policier qui a frappé le chef fait face à trois accusations criminelles liées à un autre incident qui s’est déroulé en août 2019 alors qu’il n’était pas dans l’exercice de ses fonctions.

Simon Seguin est accusé d’agression, de méfaits et de se trouver illégalement dans une maison. Selon un porte-parole de la GRC, l’agent en question a eu une altercation avec les personnes à l’intérieur de la maison. Il connaissait personnellement l’une d’elles.

Le policier patrouille toujours en attendant son procès. La GRC dit que cette décision a été prise au terme d’une évaluation interne dont les détails ne seront pas divulgués.

Le policier doit comparaître le 30 septembre prochain.

Interrogé sur la raison pour laquelle la GRC n’avait pas fait part de ces accusations plus tôt, le porte-parole Fraser Logan a déclaré qu’il l’ignorait, admettant que cela s’écarte du protocole standard.

C'est quelque chose qui nous préoccupe parce qu'en interne, nous ne savons pas exactement pourquoi ces accusations n'ont pas été rendues publiques. C'est quelque chose que nous faisons normalement, a-t-il dit.

Une incompréhension qui persiste

CBC News a appris qu’une audience sur le code de conduite de la GRC concernant l’incident d'août 2019 a eu lieu le 26 mars, soit 16 jours après que Simon Seguin a attaqué le chef Adam.

Une source a déclaré à CBC News que le policier avait été suspendu pendant un jour pour une allégation de méfait. Il a reçu une lettre de réprimande qui a été ajoutée à son dossier pour allégation d’agression.

M. Logan n’a pas pu expliquer pourquoi cette audience avait eu lieu à ce moment précis ni pourquoi elle s’est déroulée avant le procès de Simon Seguin prévu en septembre.

Honnêtement, je ne sais pas. C’est un processus parallèle et il survient quand le moment est venu. Cela est censé se produire lorsque toute préoccupation a été mise en lumière, a-t-il dit.

L’avocat d'Allan Adam dit lui aussi être incapable de comprendre le moment choisi pour cette audience interne.

Je pense que cette affaire nous laisse plus de questions que de réponses, a-t-il dit, ajoutant que la GRC doit fournir toutes ces réponses au plus vite.

Kelly Sundberg, criminologue à l'Université Mount Royal de Calgary, qualifie la situation d'inacceptable. C’est inquiétant et franchement c’est dérangeant.

Il croit que la GRC doit prendre des mesures immédiates pour rectifier la situation : juste pour la crédibilité et la légitimité de notre système de justice pénale et pour la police, quelqu'un penserait sûrement à le mettre en congé administratif, même s'il est payé, jusqu'à ce que tout cela se termine.

À la lumière de tout ce qui a été porté au public, quelle justification la GRC peut-elle avoir pour que ce policier soit encore en fonction? C'est incroyable.

Kelly Sundberg, criminologue à l'Université Mount Royal de Calgary

Le système policier doit changer, selon le chef Adam

Allan Adam souhaite que toute cette affaire permette d’alimenter une réflexion collective sur les réalités avec lesquelles les personnes autochtones doivent composer depuis des décennies .

Il suggère une série de solutions pour améliorer les relations entre Autochtones et la police. Il croit que les policiers devraient tous suivre une formation sur les cultures autochtones et qu’ils devraient être accompagnés d’agents de liaison lorsqu’ils interviennent auprès d’eux. Il suggère également que les communautés autochtones aient leur propre force policière.

Les Premières Nations ne devraient pas avoir peur pour leurs vies chaque fois qu'elles interagissent avec la police. Elles ne devraient pas avoir peur d'appeler à l'aide en situation de crise, a appuyé la chef régionale pour l’Alberta de l'APN, Marlene Poitras.

Elle estime que le gouvernement doit agir maintenant et fournir le financement, les ressources et les changements législatifs dont les communautés ont besoin pour déterminer comment elles se souhaitent se protéger les unes des autres.

Nous avons des enfants. Nous voulons des actions, car notre peuple est en train de mourir.

Marlene Poitras, chef régionale pour l’Alberta de l'Assemblée des Premières Nations

La GRC accepte la décision

Dans une déclaration, la GRC dit accepter la décision de la Couronne. Elle ajoute cependant qu'elle ne commentera pas ce dossier vu que les conditions de l'arrestation du chef Adam font toujours l'objet d'une enquête de l’ASIRT.

Le rôle de la police est d'enquêter et de réunir la preuve pour soutenir l'accusation et la GRC a rempli son rôle dans cette affaire, a commenté Fraser Logan. Le rôle de la Couronne est d'évaluer la preuve et de déterminer si elle veut poursuivre. Comme on l'a entendu aujourd'hui, la Couronne a pris la décision de retirer les accusations.

Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney, a rappelé que la Loi sur la police fait actuellement l'objet d'une révision dans la province et qu'une attention particulière sera portée au racisme systémique et à l'utilisation excessive de la force.

J'ai fait part de mes préoccupations et de ma stupeur après avoir vu la vidéo, a mentionné M. Kenney depuis Edmonton. On sait que dans tous les milieux, il y a des pommes pourries. Et les services policiers, particulièrement en raison des pouvoirs extraordinaires qu'ils exercent, doivent être particulièrement prudents.

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