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Un vin d'ailleurs embouteillé ici est-il un produit québécois?

Des vignerons aimeraient que la SAQ fasse une plus grande distinction entre les produits Origine Québec et les produits embouteillés ici.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Une rangée de bouteilles de vin blanc sur une chaîne de montage, en train d'être étiquettées

Le reportage de Marc-Antoine Lavoie

Photo : Getty Images / KHALED DESOUKI

Un merlot français mis en bouteille dans un parc industriel de Valleyfield devient-il un produit québécois? Oui, selon la SAQ : dans une promotion lancée à l’occasion de la Saint-Jean, la société d’État englobe les vins étrangers embouteillés ici sous une étiquette semblable à celle des produits Origine Québec. Une mesure qui gâte la fête nationale de bien des vignerons québécois, qui remettent en question une telle campagne promotionnelle.

La promotion, qui a cours du 18 au 24 juin, encourage à acheter des produits fièrement élaborés par des artisans d’ici, fièrement conçus et distillés par des passionnés d’ici et fièrement mis en bouteille par du monde d’ici.

Matthieu Beauchemin, vigneron au Domaine du Nival, en Montégérie, a vertement critiqué sur les réseaux sociaux l’inclusion des produits embouteillés ici sous le grand parapluie des produits du Québec.

Ces produits-là ont leur place, ce n’est pas leur présence qu’on dénonce, rappelle le vigneron. Mais c’est dommage de mettre les vins d’ici et ces vins-là sur un pied d’égalité, par un raccourci que personne ne comprend vraiment.

C’est comme si, parce qu'on emballe une banane au Québec, on pouvait poser une étiquette ''Produit d'ici'' dessus. Personne ne serait dupe!

Matthieu Beauchemin, vigneron au Domaine du Nival, en Montérégie.

Louis Denault, vigneron au Vignoble Sainte-Pétronille de l’île d’Orléans et président du Conseil des vins du Québec, souligne que la Société des alcools du Québec (SAQ) demeure un partenaire extraordinaire pour les vignerons québécois.

Il croit toutefois que cette campagne fait faux bond et peut semer la confusion.

C’est certain que le Conseil des vins du Québec et que l’ensemble des vignerons du Québec, on n’acceptera jamais qu’on vienne dire qu’un vin chilien est un produit du Québec. Ça n’a aucun sens.

Louis Denault, président du Conseil des vins du Québec

Quand les vignes viennent du Chili, que le produit est probablement élaboré au Chili et qu’il voyage du Chili jusqu’ici par bateau, ça n’a rien à voir avec un vin du Québec. Ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre ça, décoche Louis Denault.

Matthieu Beauchemin, lui, comprend la SAQ de vouloir profiter de l'engouement pour l'achat local.

C'est étirer l'élastique, il me semble. Ultimement, est-ce qu'un produit qui vient de Chine ou des États-Unis, qu'on achète en ligne, qu'on fait venir ici, on va dire qu'il est québécois parce qu'il est livré par un gars du Québec qui travaille chez Purolator?

Matthieu Beauchemin, vigneron au Domaine du Nival
Un exemple d'une page du site web de la SAQ. On voit les trois logos des produits Origine Québec, Préparé au Québec et Embouteillé au Québec.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sur le site web de la SAQ, les trois nouvelles identifications de produits considérés québécois sont expliquées à la page d'accueil de la campagne promotionnelle.

Photo : SAQ

L'embouteillage, une industrie d'un demi-milliard de dollars

La SAQ défend sa décision en rappelant les avantages économiques non négligeables que l’industrie de l’embouteillage a dans les coffres de la province.

Plusieurs vins des États-Unis, de France ou d’ailleurs, qui sont embouteillés localement, contribuent à notre économie. Ils représentent 3500 emplois directs et indirects, des retombées économiques de plus de 600 millions de dollars et réduisent de 10 % à 20 % les impacts environnementaux en diminuant notamment le poids des cargaisons lors du transport, explique Yann Langlais-Plante, relationniste pour la société d’État, dans un échange de courriels.

La promotion de la SAQ à l’occasion de la fête nationale s'inscrit dans le lancement, le 4 juin dernier, de deux nouvelles identifications visant à mettre du Québec dans le [choix des consommateurs].

Avec ces nouveaux identifiants distinctifs, nous mettrons encore plus en valeur la grande famille des produits québécois qui s’est d’ailleurs considérablement enrichie dans les dernières années, déclarait Catherine Dagenais, présidente et chef de la direction de la SAQ, dans un communiqué publié lors de l'inauguration des deux identifications.

Un ajout contre-productif

Pour l’association des vignerons indépendants du Québec, l’argument économique ne tient pas la route, bien au contraire.

Des pays étrangers voient le Québec comme un concurrent très féroce, parce que dans nos statistiques des produits faits au Québec, on ajoute les produits embouteillés ici. Ça donne un gigachiffre face aux compétiteurs qui soupçonnent qu’au Québec il y a certains passe-droits.

Charlotte Reason, présidente des Vignerons indépendants du Québec

Selon Charlotte Reason, aussi propriétaire du vignoble La Charloise dans Lotbinière, ce que la SAQ a fait n’est carrément pas correct.

En plus, ils vendent leur vin moins cher que les nôtres, renchérit Charlotte Reason. Ça ne nous laisse plus beaucoup d’atouts pour faire face à la compétition.

Un vignoble assez grand, une journée grise, c'est l'été

Le Vignoble de Sainte-Pétronille à l'île d'Orléans

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Les vins d'ici, facteur de relance économique

Louis Denault ajoute que les vignobles du Québec ont un effet autrement plus important sur les villages et les campagnes de la province.

Dunham, il y a 30 ans, personne ne connaissait ça. Maintenant, sans doute en raison des vignobles, Dunham ce sont des restaurants et des bars : il y a tout un écosystème qui s’est développé autour des vins. C’est ça, un moteur économique : vous ne verrez jamais ça avec un vin chilien, même s’il est embouteillé au Québec.

Louis Denault, président du Conseil des vins du Québec

Personne ne s’oppose à l’industrie de l’embouteillage qui fait vivre et travailler des Québécois. Mais il ne faut pas entretenir d’ambiguïtés, précise-t-il.

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