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Des travailleurs de la santé dénoncent un manque de protection dans les hôpitaux

Comment et pourquoi les professionnels de la santé sont-ils infectés en si grand nombre par la COVID-19, malgré les mesures de protection mises en place?

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Le salon funéraire possède quelques masques en réserve.

La présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et d’infirmières, Linda Silas, croit qu'il est insensé de ne pas offrir à tous les travailleurs de la protection supplémentaire.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Selon la Fédération canadienne des syndicats d'infirmières et d'infirmiers, jusqu'à 19 % des cas de COVID-19 au pays sont des professionnels de la santé. Alors que cette fédération lance une large enquête nationale sur le sujet, un autre médecin du Nouveau-Brunswick exprime publiquement ses inquiétudes.

Le Dr Brian Reid a suivi récemment l’affaire de la Dre Vona MacMillan et s’est dit très inquiet.

C’est pourquoi j’ai pensé que je devais m’exprimer aussi, a dit celui qui exerce la médecine depuis 30 ans au Nouveau-Brunswick.

L'affaire de la Dre MacMillan

La Dre Vona MacMillan a confié à Radio-Canada jeudi de la semaine dernière qu’elle était nerveuse à l’idée de travailler dans l’unité COVID-19 de l’Hôpital régional de Campbellton, alors que 10 employés avaient été déclarés positifs à la maladie. Elle disait qu'elle comptait apporter son propre masque N95 pour s'assurer de toujours pouvoir ne porter un. Le lendemain, le Réseau de santé Vitalité, son employeur, envoyait une déclaration officielle aux médias attestant qu’elle se rétractait. Jointe quelques heures plus tard, la Dre MacMillan n’a ni infirmé ni confirmé le bien-fondé de ses inquiétudes.

Les médecins ont le droit et le devoir de s’exprimer s’ils sont préoccupés par leur sécurité, celle de leurs patients ou de leurs collègues, et celle des autres professionnels de la santé, et nous devons avoir la liberté de le faire, a déclaré le Dr Brian Reid.

Gros plan sur le visage du Dr Brian Reid.

Le Dr Brian Reid a exprimé des inquiétudes sur les protections du système médical du Nouveau-Brunswick face à la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Edwin Hunter

Elle a raison, le masque N95 est plus performant que le masque chirurgical et elle est médicalement correcte [...] des études récentes ont montré qu’elle a raison, a témoigné le médecin.

Le Dr Brian Reid ne croit pas que les directives actuelles de contrôle des infections au Nouveau-Brunswick, basées sur les directives fédérales de la santé publique, soient adéquates. Nous devons prendre des précautions supplémentaires, a-t-il avancé.

Plus de protections pour les travailleurs réclamées

Brian Reid affirme que 16 000 travailleurs de la santé au pays ont été touchés par la COVID-19 au cours des quatre derniers mois. Ces chiffres laissent présumer, selon lui, que les lignes directrices utilisées pour les protéger sont inadéquates. Si une ligne directrice s'est résolue avec 16 000 cas, c'est une preuve pour dire qu'elle ne fonctionne pas, dit le médecin.

Si une entreprise d’électricité trouvait 16 000 travailleurs blessés au travail, qu’arriverait-il à cette entreprise? Elle serait immédiatement fermée. L’organisation de sécurité des travailleurs fermerait l’entreprise et ne rouvrirait pas avant que tous les électriciens soient en sécurité.

Dr Brian Reid, médecin

Brian Reid affirme que 19 % de tous les cas de COVID-19 au Canada sont des travailleurs de la santé, ce qui est trois fois plus que la moyenne mondiale.

Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et d’infirmiers, fait état de chiffres encore plus criants dans d'autres provinces canadiennes. En Colombie-Britannique et au Québec, c’est jusqu’à 24 %. C’est très alarmant, quand tu regardes en Chine, c’est environ 4 %.

Brian Reid croit que les lignes directrices du pays devraient s’inspirer de celles de la Thaïlande ou de la Chine, où le nombre de cas de travailleurs de la santé infectés est beaucoup plus bas.

C’est vraiment dérangeant, c’est déchirant [...] C’est vraiment pour cela que je pense que les médecins doivent s’exprimer. Nous ne pouvons pas rester silencieux.

Le médecin aimerait lui aussi voir le port du masque N95 dans les hôpitaux, mais également un équipement de protection du corps plus complet, selon des prototypes déjà existants.

En tant que médecin, je dois, d’un point de vue éthique et moral, m’exprimer lorsque je sens que des patients et des collègues sont en danger, a-t-il dit, invitant ses homonymes à faire de même.

Une enquête en cours

La Fédération des syndicats des infirmières et infirmiers du Canada a lancé lundi une enquête sur le manque de protection du personnel de la santé durant pandémie.

Un investigateur, qui a travaillé durant la crise du SRAS avec le juge Campbell pour son rapport final, a été engagé.

À l’époque, une des premières recommandations du juge Archie Campbell était que si une autre épidémie du genre devait survenir, la plus haute priorité devrait être accordée à la protection des travailleurs de la santé.

Le document de 1200 pages, intitulé Spring of Fears, comptait un total de 92 recommandations (Nouvelle fenêtre) au gouvernement provincial de l'Ontario.

La Fédération des syndicats des infirmières et infirmiers du Canada veut savoir pourquoi les recommandations touchant le manque de protection du personnel de la santé n’ont pas été adoptées pour la crise du coronavirus.

Plusieurs gouvernements et employeurs vont vraiment avoir des questions à répondre après l’investigation, a déclaré Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers.

Linda Silas en conférence de presse à l'extérieur le 20 juillet 2018.

Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers. (Archive).

Photo : Radio-Canada

Linda Silas affirme que tous les employés qui travaillent en contact avec les patients COVID devraient avoir des protections pour se protéger des gouttelettes, mais aussi de la transmission à travers de l’air.

Le rapport SRAS indiquait qu’il a fallu un an complet avant de pouvoir déterminer que ce virus était aussi transmis par l’air. L'enquête de la Fédération vise à prouver l'importance d'offrir à tous les travailleurs une protection supplémentaire [le masque N95, entre autres] contre ce possible danger.

On demande-tu a un pompier de seulement mettre l’équipement minimum pour sauter dans un feu quand on ne sait pas la cause du feu? Aujourd’hui nous ne savons pas à 100 % la transmission de la COVID-19.

Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et d’infirmiers.

Dans les autres pays, ils sont presque habillés dans des suits hazmat, dit-elle.

L’enquête veut analyser inclusivement la première vague de la COVID-19. On veut le rapport au début septembre pour protéger les employés dans la phase deux, a ajouté la présidente du syndicat.

Quatre employés vont travailler cet été pour analyser les politiques, les griefs, les refus de travail et demander l’accès à l’information pour savoir ce qui s’est passé dans certains gouvernements qui ont changé d’idées vite sur les protections nécessaires dans les hôpitaux.

Pourquoi est-ce si difficile d’avoir les masques N95?

On nous dit qu’on en a en masse, mais on les cache encore, a déploré Linda Silas.

En janvier, jamais un gestionnaire n’allait questionner une infirmière si elle allait demander un N95. On tombe au mois de mars, dans la seule pandémie qu’on va voir dans notre vie et l’on questionne le personnel médical. C’est un non-sens.

Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et d’infirmiers.

Que ce soit pour des raisons de coûts, de production, de priorités ou autres, la question demeure pour la Fédération : Pourquoi cette mesure de protection n'est-elle pas de mise?

La présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et d’infirmiers rappelle que dans tous les cas, les précautions demandées du public [se laver les mains, respecter le deux mètres et porter le masque en public] sont primordiales pour la sécurité de tous.

Il faut continuer jusqu’à ce que la vague deux ou trois soit finie, a conclu Linda Silas.

Avec les informations de Serge Bouchard

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