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Des Autochtones ne sont pas surpris des allégations de jeux racistes dans des hôpitaux

Portrait d'Yvonne Houssin.

Yvonne Houssin se demande si elle a été victime d'un jeu raciste lorsqu'elle s'est présentée dans un hôpital de la région de Victoria en 2018.

Photo : Courtoisie d'Yvonne Houssin

Radio-Canada

De nombreux Autochtones sont d’avis que la discrimination qu’ils ont subie de la part de médecins et d'infirmières en Colombie-Britannique est très répandue. Ils ne sont pas surpris par les allégations selon lesquelles des travailleurs de la santé se seraient adonnés à un jeu pour deviner le taux d’alcoolémie des patients autochtones dans les salles d’urgence.

Ces allégations causent tout de même une onde de choc.

Ça m’a brisé le coeur. J’avais envie de crier et de pleurer [mais] je n’étais pas surprise, dit Tania Dick, une infirmière Dzawada̱ʼenux̱w depuis 17 ans.

De jouer ce jeu avec la vie d’un patient [...] chaque seconde qui n’est pas dédiée à prodiguer des soins est en fait un déni de soins.

Tania Dick, infirmière

Tania Dick a des souvenirs douloureux d'un incident où sa tante Debbie Coon s’est cogné la tête et a souffert d’une commotion cérébrale en 2008. Les médecins et les infirmières d’un hôpital de Port Hardy présumaient autre chose.

Trois femmes posent pour la caméra sur une photo d'archives.

Debbie Coon, au centre, avait 48 ans lorsqu'elle est morte à l'hôpital des suites d'une blessure à la tête.

Photo : Courtoisie de Tania Dick

Ils ont supposé qu’elle était en état d’ébriété et qu’elle pouvait simplement dormir jusqu’à ce que ça passe, raconte Tania Dick.

Debbie Coon est morte d’un hématome sous-dural aigu causé par une chute accidentelle, selon les résultats de l’enquête d’un coroner en 2009. Un rapport toxicologique a démontré qu’elle n’avait aucune trace d’alcool ou de drogue dans son système.

C’était une mort absolument évitable, affirme Tania Dick.

Cette dernière regrette maintenant de ne pas avoir entrepris de démarches judiciaires au sujet de la mort de sa tante. Le drame l'a toutefois poussé à réclamer de meilleurs soins de santé pour les Autochtones.

Participation au jeu à son insu?

Yvonne Houssin, qui est Métis, se souvient de s’être présentée dans un hôpital de la région de Victoria lors de l’une des journées les plus chaudes de l’été 2018. Elle ressentait un malaise et croyait avoir subi un empoisonnement alimentaire.

Je me sentais très étourdie, raconte Yvonne Houssin.

Mais peu après son arrivée à l'hôpital, une infirmière se serait montrée agressive à son égard, lui demandant quelles drogues elle avait consommées et si elle était en état d’ébriété.

Je répétais que c’était un empoisonnement alimentaire. Je m’excusais sans cesse parce qu’ils étaient si agressifs, se souvient Yvonne Houssin.

Ce n’est qu’après qu’un test sanguin ait démontré qu’elle n’avait pas d’alcool ni de drogue dans son sang qu’on lui a fourni un lit et un soluté pour la réhydrater, dit-elle.

Yvonne Houssin se souvient que la mère d’un patient non-autochtone avait remarqué que beaucoup de gens dans la salle d’urgence souffraient d’un coup de chaleur.

C’est à ce moment que ça m’a frappé [et je me suis dit], "donc il y a beaucoup de gens ici qui vomissent, mais je suis la seule personne qui a fait l'objet de reproches parce qu’on me soupçonne d'avoir consommé de la drogue ou de l’alcool?", s’indigne cette dernière.

Lorsque Yvonne Houssin a appris l’annonce du ministre de la Santé de la C.-B. Adrian Dix, vendredi dernier, selon laquelle une enquête serait menée sur les allégations de jeux racistes, elle s’est demandé si elle n’avait pas pris part au jeu à son insu.

Yvonne Houssin n’est pas surprise de ces allégations, mais elle est surprise que le gouvernement les prenne au sérieux.

Bon nombre d'hôpitaux au pays ont des intervenants pivots auprès des patients autochtones qui agissent comme des agents de liaison pour les diriger vers des ressources adéquates. Ils seraient également appelés à faire en sorte que les patients autochtones se sentent en sécurité et dans un contexte culturel approprié pendant leur séjour à l’hôpital.

Mais il semble que de nombreux Autochtones n’aient jamais entendu parler de ces intervenants, et beaucoup d'entre eux disent se sentir trop vulnérables lorsqu’ils sont à l’hôpital pour demander un agent de liaison.

Yvonne Houssin a pensé faire appel à un intervenant autochtone, mais elle ne voulait pas aggraver la situation déjà tendue avec le personnel de la salle d’urgence.

Le racisme à l’égard des Autochtones dans le système de santé n’a rien de nouveau. Pour y remédier, les autorités de la santé offrent des programmes de sensibilisation aux réalités culturelles à leur personnel.

Le San'yas Indigenous Cultural Safety Program (Nouvelle fenêtre), offert en ligne, est l’une de ces formations. Il vise à informer les professionnels qui travaillent avec les Autochtones au sujet de leur réalité particulière.

Mais de tels programmes ont été la cible de critiques parce qu’ils n’auraient pas la capacité à eux seuls de changer les comportements racistes. En plus, les participants aux formations peuvent simplement laisser leur ordinateur en faire la lecture pendant qu’ils font autre chose.

Selon l'ancien directeur général de la First Nations Health Authority, Joe Gallagher ces formations ne règlent qu'une partie du problème.

Portrait de Joe Gallagher.

Joe Gallagher veut sensibiliser les acteurs du système de santé de la C.-B. aux réalités autochtones.

Photo : Courtoisie de Joe Gallagher

On ne peut pas simplement suivre la formation, cocher une case, et tout à coup croire qu’on est culturellement sensibilisé, explique Joe Gallagher.

Le problème survient lorsque les gens ne peuvent pas voir leurs propres préjugés.

Joe Gallagher, ancien directeur général de la First Nations Health Authority

Joe Gallagher croit que le système de santé doit se responsabiliser et qu'il faut en faire un environnement où les gens peuvent pointer les préjugés dont ils sont témoins.

L’enquête provinciale sur les allégations de jeux racistes sera dirigée par la juge à la retraite Mary Ellen Turpel-Lafond.

Avec les informations d’Angela Sterritt

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