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Un procureur argue qu'il y a eu ingérence politique dans le dossier de Roger Stone

Roger Stone entouré de ses proches alors qu'il arrive au tribunal

Roger Stone a subi un procès tumultueux, souvent commenté sur Twitter par le président Donald Trump.

Photo : Reuters / Leah Millis

Un des procureurs qui étaient chargés de la poursuite contre l'ami du président Trump entend témoigner du « favoritisme politique » démontré par sa hiérarchie.

Ce que j'ai entendu – à plusieurs reprises – c'est que Roger Stone était traité différemment de tout autre défendeur en raison de sa relation avec le président, devrait affirmer Aaron Zelinsky dès les premières minutes de son témoignage devant le Comité judiciaire de la Chambre des représentants, mercredi.

Dans une déclaration de 13 pages, il affirme aussi avoir entendu que le procureur fédéral par intérim du District de Columbia subissait de fortes pressions de la part des plus hautes instances du département de la Justice pour qu'il laisse une chance à l'accusé et que les instructions qu'il leur donnait étaient fondées sur des considérations politiques.

Dans les nombreux dossiers que j'ai eu le privilège de traiter au cours de ma carrière, jamais je n'ai vu l'influence politique jouer un rôle quelconque dans la prise de décision en matière de poursuites. À une exception près : États-Unis contre Roger Stone.

Une citation de :Aaron Zelinsky, procureur

Me Zelinsky, qui admet ne pas avoir pris part aux discussions avec la hiérarchie du département de la Justice, dit fonder son analyse sur la façon dont le dossier a été traité et sur les discussions avec ses patrons.

Décrit comme un lanceur d'alerte par les démocrates, Aaron Zelinsky s'était, à l'instar de deux de ses collègues,retiré du dossier en février après l'intervention du département de la Justice auprès du juge pour que Roger Stone obtienne une peine plus clémente que celle initialement réclamée par les responsables chargés de la poursuite. Un quatrième procureur avait même démissionné.

Dans une rebuffade exceptionnelle à l'endroit de membres de son équipe, le procureur général Bill Barr avait défendu la décision de son département, jugeant excessive et injustifiée la peine de sept à neuf ans d'emprisonnement que les procureurs avaient recommandée.

À coup de tweets rageurs, le président Trump avait auparavant attaqué les procureurs et le système judiciaire.

Des pressions significatives

Le superviseur des procureurs au dossier leur avait pourtant dit quelques jours plus tôt que leur argumentaire était solide et que Roger Stone méritait chaque jour l'emprisonnement qu'ils réclamaient, écrit Me Zelinsky.

Par la suite, ils ont toutefois reçu l'ordre d'alléger la sentence, même si un superviseur a admis que la décision était contraire à l'éthique et erronée, soutient-il.

On m'a dit explicitement que la motivation derrière la modification du mémorandum sur la peine était politique et que le procureur [par intérim du District de Columbia] avait "peur du président".

Une citation de :Aaron Zelinsky, procureur

Malgré des pressions significatives, les procureurs ont refusé d'alléger la peine réclamée, explique-t-il.

Revenant sur les chefs d'accusation déposés contre Roger Stone, la chronologie entourant la saga de la volte-face de sa hiérarchie et sur les lignes directrices du département de la Justice quant à la détermination des peines réclamées, il affirme en outre que les arguments avancés dans le dernier mémorandum étaient en contradiction avec le dossier et contraires à la politique du département.

La décision du département de la Justice de passer outre à la recommandation initiale de procureurs est virtuellement sans précédent, tout comme le fait qu'aucun des procureurs n'ait signé le document soumis par le département, souligne Me Zelinsky.

Dans une déclaration relayée par les médias américains, une porte-parole du département de Bill Barr a dénoncé le réquisitoire du procureur, affirmant que ses accusations étaient fondées sur sa propre interprétation des événements et sur des ouï-dire (au mieux) et non sur des faits dont il aurait été témoin.

Kerri Kupec a vanté l'engagement [de Bill Barr] envers l'État de droit et l'administration équitable et impartiale de la justice, affirmant qu'il veillait à appliquer la loi de façon apolitique.

La volte-face du procureur général en faveur d'un ami du président lui avait valu des accusations d'ingérence judiciaire des démocrates, notamment, mais aussi de plus de 2000 anciens procureurs et responsables du département de la Justice.

Roger Stone a ultimement été condamné à 40 mois de prison.

Son procès hautement médiatisé découlait de l'enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l'ingérence de la Russie dans la présidentielle de 2016 et sur l'éventuelle collaboration entre Moscou et le camp Trump.

Sixième collaborateur de Donald Trump à être condamné dans le cadre de l'enquête Mueller, il a été reconnu coupable, en novembre dernier, de sept chefs d'accusation, dont ceux d'avoir fait obstacle aux travaux d'un comité de la Chambre des représentants, d'avoir corrompu des témoins et d'avoir menti au Congrès sur ses contacts avec WikiLeaks au sujet de courriels démocrates piratés qui ont nui à la campagne de la démocrate Hillary Clinton.

Barr assigné à comparaître

Bill Barr, qui porte des lunettes, regarde devant lui, la main levée.

Bill Barr est un allié loyal du président Trump.

Photo : Associated Press / Susan Walsh

Le président du Comité a en outre confirmé lundi qu'il avait l'intention d'assigner Bill Barr à comparaître le 2 juillet pour qu'il rende des comptes sur le congédiement controversé du procureur du district sud de New York, Geoffrey Berman, vendredi soir dernier.

Son bureau, reconnu pour son indépendance judiciaire, a enquêté sur des proches du président américain.

Dans une succession d'événements inouïs survenus sur deux jours, Bill Barr a annoncé la démission de Geoffrey Berman, qui a nié avoir démissionné, puis refusé de quitter son poste, avant de se faire signifier par le procureur général qu'il était alors congédié par Donald Trump, qui a ensuite affirmé n’avoir rien à voir avec ce limogeage, ce qui a amené Me Berman à finalement accepter de présenter sa démission.

Accusé d'ingérence dans ce dossier, Bill Barr devait témoigner en mars dernier devant le Comité judiciaire pour défendre sa gestion de plusieurs autres dossiers, pour lesquels il lui était aussi reproché d'être intervenu en faveur du président. La pandémie avait cependant empêché son témoignage.

Il devait alors notamment être question de son intervention dans le dossier Stone.

Les démocrates veulent aussi l'interroger sur d'autres enjeux, dont sur son rôle dans la dispersion musclée de manifestants pacifiques devant la Maison-Blanche. Cela avait permis au président de faire une séance de photos devant une église.

En mai 2019, Bill Barr avait boudé une audition du Comité, qui voulait lui poser des questions sur sa gestion du rapport Mueller. Les démocrates lui reprochaient notamment d'avoir présenté une version trompeuse des conclusions du rapport.

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