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La Géorgie veut rouvrir la porte aux touristes, mais pas n'importe lesquels

L’ancienne république soviétique mise sur la création de corridors verts avec d’autres pays pour sauver une industrie qui est devenue un des principaux moteurs de son économie.

Paysage montagneux de Racha, en Géorgie.

Photo : Thomas Szacka-Marier

Nichée entre la Russie et la Turquie sur le bord de la mer Noire, la Géorgie s’est imposée depuis 2010 comme une destination touristique de rêve.

Depuis la fin de la guerre contre la Russie en 2008, des sommes monstres ont été investies pour moderniser les infrastructures.

Avec ses montagnes, des centres de ski, des stations balnéaires ultras modernes comme Batumi, des vignobles à perte de vue et un patrimoine architectural, l’ancienne république soviétique a attiré l’an dernier 6 millions de touristes de l'étranger.

Des plats sur une table.

Un repas traditionnel géorgien.

Photo : Thomas Szacka-Marier

L’industrie était en plein envol et l’été 2020 devait battre des records d'achalandage, jusqu'à ce que le pays soit obligé, comme à peu près toutes les nations de la planète, de fermer ses frontières pour contenir la propagation de la COVID-19.

Il va de soi que la Géorgie est pressée d'ouvrir aux étrangers, mais la grande différence avec l’Italie ou l’Espagne, c'est que le petit pays du Caucase a le luxe de se vanter d’être un des rares havres sanitaires de l’Europe, où le virus est quasi inexistant.

Le pays, qui a été un des premiers à s’isoler du reste du continent au mois de mars, s’en est sorti avec 746 cas confirmés de COVID-19 et seulement 12 décès. Un bilan qui lui vaut une place de choix dans la plupart des palmarès des destinations les plus sécuritaires de l'après-COVID, en Europe.

Une position enviable que le gouvernement géorgien entend bien exploiter quand il rouvrira ses frontières aux touristes étrangers dès le 1er juillet, mais certainement pas à n’importe lesquels.

Nous serons très sélectifs, nous devons être sélectifs, on n’a pas le choix.

Natia Turnava, ministre de l’Économie de la Géorgie
Natia Turnava assise devant des écrans d'ordinateurs et des téléphones.

Natia Turnava, ministre de l’Économie de la Géorgie.

Photo : Radio-Canada

Rouvrir la porte, mais pas à tout le monde

La ministre de l’Économie de la Géorgie, Natia Turnava, est responsable de relancer le tourisme, qui représente presque 15 % du PIB du pays.

Elle nous a accordé une entrevue de son bureau de Tbilissi, où elle pilote un nouveau genre de diplomatie : négocier des ententes de réciprocité avec d’autres pays sûrs, dont la situation épidémiologique se compare à celle de la Géorgie.

Nous négocions présentement avec plusieurs pays d’Europe et certains pays du Golfe afin de créer des corridors verts sécuritaires pour nos ressortissants.

La Géorgie a donc choisi l’extrême prudence.

Ces corridors verts, ou bulles touristiques comme on les appelle, permettront aux touristes des pays sélectionnés de voyager en Géorgie sans se soumettre à une période de quarantaine et vice versa.

La Géorgie a déjà conclu une entente avec l’Allemagne, et des négociations sont en cours avec les pays baltes, la Grèce, l’Autriche et le Portugal.

Un accord était sur le point d'être conclu avec Israël aussi, mais une recrudescence des cas dans la région de Tel-Aviv a forcé la suspension des pourparlers, du moins pour les prochaines semaines, explique la présidente de l’Association du tourisme de la Géorgie.

Carte montrant les corridors verts de la Géorgie.

Les corridors verts de la Géorgie.

Photo : Radio-Canada

C’est la preuve que nous ne prendrons aucun risque, explique Mme Kvachantiradze, qui ajoute que son association et d’autres joueurs clés de l’industrie ont participé à l’élaboration des critères de sélection.

Le nouveau slogan choisi par le gouvernement sera d'ailleurs un reflet des mesures en place, dit la ministre Natia Turnava : Visiter la Géorgie, la destination sécuritaire.

Cela veut dire toutefois se priver de millions de revenus et d’interdire l’entrée aux voisins russes, qui représentent une clientèle importante, ainsi qu’aux Américains, jusqu'à ce que le virus soit contenu sur leur territoire respectif.

Le mot sécuritaire n’a plus la même connotation! Avant la pandémie, sécuritaire voulait dire peu de crimes, pas de guerre, aujourd'hui le terme sera automatiquement associé aux risques de la pandémie.

Natia Turnava, ministre de l’Économie de la Géorgie

Des règles strictes pour le secteur hôtelier

À l'Hôtel Adamo, en plein centre de la capitale Tbilissi, le décompte est lancé.

Un employé installe une affiche expliquant la politique d'éloignement social de deux mètres de l'Hôtel Adamo.

Un employé installe une affiche expliquant la politique d'éloignement social de l'Hôtel Adamo.

Photo : Teimuraz Gabashvili

Des travailleurs s’acharnent à poser des vitres à la réception et des autocollants qui indiquent précisément où les visiteurs devront garder une distance de 2 mètres, soit dans toutes les aires communes, comme les restaurants et les salles de séjour.

Car pour être digne de son nouveau slogan, le gouvernement a imposé au secteur de l'hôtellerie des règles parmi les plus sévères du monde qui vont bien au-delà de la distanciation physique.

Des employés marquent le plancher de la réception de l'Hôtel  Adamo.

Des employés marquent le plancher de la réception de l'Hôtel Adamo de Tbilissi, la capitale de la Géorgie, afin de permettre aux clients de respecter les mesures d'éloignement social.

Photo : Teimuraz Gabashvili

La température des clients sera prise à l'entrée de l'établissement, et toute personne qui manifeste des symptômes sera isolée dans une chambre à part avant d’être signalée à la ligne d'urgence mise sur pied par les autorités de la santé.

Maia Makhtadze, directrice de projet à l'Hôtel Adamo de Tbilissi

Les hôtels ont d'ailleurs joué un rôle majeur dans la gestion de la pandémie en Géorgie, puisque dès le mois de mars, plus de 7000 chambres ont été réquisitionnées pour héberger des Géorgiens rapatriés d’urgence au pays. Les douaniers auront évidemment un rôle clé dans la surveillance des voyageurs et dans le traçage éventuel de leur parcours.

Une employée masquée approche un thermomètre du front d'une cliente masquée.

Une employée de l'Hôtel Adamo prend la température d'une cliente.

Photo : Teimuraz Gabashvili

Les tests de dépistage de la COVID-19 seront obligatoires, soit en arrivant à l'aéroport ou avant même de prendre l'avion. Un accueil qui peut paraître complexe et même décourageant, mais le touriste de l'après-COVID ne sera plus le même qu’avant, selon la ministre de l’Économie, et c’est une réalité avec laquelle il faudra vivre d’ici à ce que le vaccin soit développé.

Trop tôt?

Mariam inspecte son champ de vignes.

Mariam inspecte son vignoble de Racha, en Géorgie.

Photo : Thomas Szacka-Marier

Mariam Margvelidze n’est pas convaincue de l’urgence de lever les barricades aux frontières, d’ailleurs l’idée l'angoisse de plus en plus.

Ce n’est pourtant pas l’envie qui lui manque de rouvrir son petit paradis aux visiteurs... La jeune femme de 20 ans et ses parents sont propriétaires d’un magnifique vignoble à la montagne dans la région de Racha.

La maison ancestrale a été convertie en auberge de charme, ou 85 % des clients venaient de l’étranger avant la pandémie.

On reçoit surtout des touristes de l’Europe de l’Est et des États-Unis, donc la pandémie a entraîné beaucoup de pertes pour nous, mais nous ne sommes pas prêts à recevoir des gens de l’extérieur.

Mariam Margvelidze

En vertu des règles établies par le gouvernement, les petites auberges et les gîtes touristiques comme le leur devront aussi subir une inspection avant d'accueillir des touristes. Masques, désinfectant et consigne claire de distanciation seront obligatoires. Le gouvernement mise d'ailleurs sur des régions excentrées comme Racha à la campagne pour attirer des touristes en quête de tranquillité et d’activité en plein air loin des foules.

À vrai dire, on ne veut pas vraiment rouvrir étant donné les risques que le virus se propage dans notre petit village, mais si le gouvernement juge que c’est le temps, on devrait emboîter le pas.

Mariam Margvelidze
Mariam assise dans une zone ombragée de son vignoble.

Le tourisme est essentiel à la relance de l'auberge de Mariam.

Photo : Thomas Szacka-Marier

Pour l’Association touristique, entrouvrir la porte, ne serait-ce qu’un tout petit peu aux touristes, est essentiel et la stratégie sera un élément clé de la campagne marketing pour attirer des voyageurs qui veulent non seulement des vacances, mais oublier la pandémie de COVID-19.

Pour de petits pays émergents comme la Géorgie, la pandémie nous offre une occasion de se redéfinir et de se vendre auprès des touristes qui se tournent habituellement vers la France, l'Espagne ou l’Italie, ajoute Mme Kvachantiradze.

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