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Les apiculteurs à Terre-Neuve luttent contre leur propre forme de « pandémie »

Des abeilles à l'intérieur d'une ruche.

L'association provinciale des apiculteurs veut mieux protéger les abeilles.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Les apiculteurs terre-neuviens mènent une lutte acharnée contre leur propre forme de pandémie, un minuscule parasite qui pourrait dévaster les colonies d’abeilles et se propager.

Terre-Neuve est l’un des seuls endroits sur la planète qui demeure à l’abri du varroa, un acarien de la taille d’un grain de sable, mais capable de rapidement détruire les ruches.

La province a adopté des règles strictes entourant l’importation d'abeilles en 1985 pour mieux protéger les quelque 800 colonies dans la province, mais l’association provinciale des apiculteurs élabore présentement un nouveau plan pour renforcer les mesures préventives.

Les apiculteurs de Terre-Neuve se préparent pour une pandémie comme la COVID-19.

Peter Armitage, apiculteur
Un apiculteur enlève un cadre d'une ruche.

L'apiculteur Peter Armitage enlève un cadre d'une des colonies de son rucher.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

On veut établir une sorte de programme de sentinelles de ruchers. Si le varroa arrive dans un rucher quelque part dans la province, on serait capable, avec l’aide du gouvernement de Terre-Neuve, de tracer tous les contacts entre les abeilles, explique Peter Armitage.

Un nouveau test de dépistage

L’association des apiculteurs recommandera bientôt aux 130 propriétaires de ruches à Terre-Neuve d’utiliser régulièrement un lavage d’alcool – un genre de test de dépistage – pour signaler la présence du varroa dans leurs colonies.

Pour effectuer le test, M. Armitage enlève environ 300 abeilles de l’une de ses 13 ruches et les met dans une bouteille contenant du lave-glace.

Un apiculteur effectue un test de dépistage.

Peter Armitage effectue un test de dépistage pour déterminer si des acariens se trouvent dans sa ruche.

Photo : Radio-Canada

Ce liquide tue les insectes, mais force aussi les acariens, s’il y en a, à se détacher de l’abdomen des abeilles, les rendant visibles.

M. Armitage admet que certains apiculteurs préfèrent un dépistage moins toxique, mais il rappelle que sa petite ferme apicole compte quelque 60 000 abeilles par ruche, et que déjà, plus de 1000 abeilles meurent chaque jour de causes naturelles. Chaque reine pond aussi jusqu’à 1500 oeufs par jour.

Recherche des contacts

Les apiculteurs ont aussi leur propre processus de recherches de contacts s'ils trouvent un acarien dans leur ruche.

Si, par exemple, on trouve un varroa dans une colonie ici [à Portland], on va tracer les relations entre mes abeilles et les abeilles de mes voisins et ça va nous donner l’occasion de faire un dépistage avec d’autres apiculteurs pour savoir jusqu'à quel point le varroa a été transmis dans la province, indique M. Armitage.

Peter Armitage.

L'apiculteur Peter Armitage est propriétaire d'un rucher à Portland, dans la péninsule de Bonavista.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

La destruction immédiate de la colonie pourrait être nécessaire, ajoute M. Armitage. Et il faut immédiatement appeler l’apicultrice en chef de Terre-Neuve-et-Labrador, Karen Kennedy, l’homologue de la médecin hygiéniste en chef de la province, la Dre Janice Fitzgerald.

On peut faire un parallèle entre l’épidémiologie de la COVID-19 et l’épidémiologie du varroa dans l’abeille.

Peter Armitage, apiculteur

Comme c'est le cas pour la COVID-19, si on est capable de détecter le varroa rapidement, tout de suite après l'arrivée du premier varroa, on serait capable de l’éliminer de la province, explique-t-il.

Il ne faut jamais sous-estimer un parasite. Ce parasite est capable de se reproduire rapidement et grâce aux comportements des apiculteurs : on partage des ruches, des ruchers, etc. On est capable de transmettre ce parasite partout très rapidement. Tous les apiculteurs vont avoir ce problème.

Un cadre rempli de miel.

L'un des cadres enlevés de l'intérieur d'une ruche, à Portland, à Terre-Neuve.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

M. Armitage estime que si le varroa arrive à Terre-Neuve sans être détecté, dans cinq ans, presque la totalité des abeilles pourraient avoir le parasite.

Il raconte qu'en Nouvelle-Zélande et en Nouvelle-Écosse, le varroa est passé inaperçu pendant plusieurs années. Quand les premiers parasites ont été trouvés, c’était bien trop tard. Ils n’étaient pas capables d’éliminer le varroa de leur population d’abeilles parce qu’ils étaient partout, se désole-t-il.

Controverse autour de l’importation

L'importation des abeilles pourrait toujours être nécessaire pour maintenir les stocks d’abeilles à Terre-Neuve, soutient M. Armitage.

Il n’y a pas de restriction totale [sur l’importation des abeilles] parce qu’on a besoin d’importer des abeilles de temps en temps, mais soigneusement et avec des contrôles précis et avec des évaluations importantes, soutient-il.

Mais l’apiculteur Paul Dinn, qui a lancé mardi une campagne pour interdire l’importation des abeilles à Terre-Neuve, croit que l’arrivée de n’importe quelle colonie d’abeilles de l’extérieur de la province présente des risques.

Ça ne vaut pas le risque, soutient le propriétaire de la ferme apicole Adelaide.

Nous avons des stocks d’abeilles ici qui sont en bonne santé et nous avons vu la destruction des colonies ailleurs au Canada. Nous ne voulons pas que ça se reproduise à Terre-Neuve.

Paul Dinn, apiculteur

L’arrivée du varroa pourrait aussi mener à la transmission de nouveaux virus portés par l’acarien aux autres abeilles et aux autres insectes de la région, ajoute M. Dinn.

Loin d'un habitat idéal

À cause du manque de parasites, les apiculteurs à Terre-Neuve n’ont pas besoin d’utiliser des traitements chimiques contre les maladies et les parasites, comme le varroa. Le manque d’agriculture industrielle fait en sorte qu’il y a moins de pesticides dans l’environnement.

Mais l’île n'est toujours pas l’endroit idéal pour les abeilles. Alors que la saison apicole commence en mars en Colombie-Britannique, elle ne débute qu’au mois de mai, avec l’arrivée des premiers pissenlits, à Terre-Neuve.

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