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Vitalité accusé de réduire les médecins au silence et de contrôler le message public

Un homme devant un mur de briques grises.

Gilles Lanteigne, président-directeur général du Réseau de santé Vitalité.

Photo : Radio-Canada

Le Réseau de santé Vitalité est une nouvelle fois critiqué pour son style de gestion « autoritaire » et ses pratiques de communication « hermétiques ». Si la régie de santé francophone reconnaît qu'une autorisation s'impose quand on souhaite s'adresser publiquement au nom de l'employeur, celle-ci est, selon son PDG, une pratique répandue et justifiée.

C'est une déclaration officielle envoyée vendredi aux médias qui a mis le feu aux poudres.

Alors qu'elle visait à rectifier le tir après qu’une médecin eut exprimé publiquement des inquiétudes sur son milieu de travail, elle a plutôt été perçue comme un acte de répression par d’anciens intervenants du milieu.

La Dre Vona MacMillan a confié à Radio-Canada jeudi de la semaine dernière qu’elle était nerveuse à l’idée de travailler dans l’unité COVID-19 de l’Hôpital régional de Campbellton, alors que 10 employés avaient été déclarés positifs à la maladie. Le lendemain, le Réseau de santé Vitalité envoyait une déclaration officielle aux médias attestant qu’elle se rétractait. Jointe quelques heures plus tard, la Dre MacMillan n’a ni infirmé ni confirmé le bien-fondé de ses inquiétudes.

Un contrôle « dangereux »

Il faut admettre que pour les apparences, c’est comme si on l’avait forcée à se rétracter. Si c’est ce qui a été fait, le tordage de bras, ce n’est certainement pas une bonne pratique de gestion, déplore le Dr Louis-Marie Simard, un médecin et gestionnaire de santé à la retraite.

Le Dr Simard a été président-directeur du Réseau de santé Beauséjour, une ancienne mouture du Réseau de Vitalité.

Pour autant que je me souvienne, ce que je prêche, c’est ce que je faisais [...] je ne crois pas que personne dans l’organisation n’avait des craintes que l’administration allait leur taper sur les doigts s’il parlait, se légitime-t-il.

À ses yeux, un tel contrôle du message public est dangereux d’une part pour la démocratie et d’autre part pour la confiance des patients à l’égard du système de santé.

Supposons que la population sait qu’un médecin peut se faire menacer et [se faire forcer] de se rétracter. Quand je vais aller voir le médecin dans son bureau, que j’ai une pathologie qui pourrait avoir une incidence publique, et que je vois que mon médecin me conte une histoire et n’a pas l'air confortable, est-ce que je peux lui faire confiance? se demande-t-il.

La santé, c’est un système personnel. Lorsque je parle à un professionnel de la santé, il faut que je me sente 100 % en confiance qu'il essaie de faire le mieux possible pour mon cas.

Une citation de :Dr Louis-Marie Simard, médecin et gestionnaire à la retraite

Le Dr Simard convient toutefois que certaines lois doivent encadrer le droit de parole. J’ai le droit de parole, mais je n’ai pas le droit de mentir et je n’ai pas le droit de dévoiler de l’information intime ou privée, il y a un encadrement, concède-t-il.

Le médecin poursuit toutefois son argumentaire en soulignant le caractère redevable de Vitalité, une organisation tributaire du ministère de la Santé, financée grâce aux fonds publics.

Lorsqu’on parle d’un service de santé, c’est un service public, payé par le public et géré par le public, alors ce doit être transparent.

Le Dr Simard déplore ainsi l'hermétisme et la centralisation de la régie, deux critiques dont elle a été maintes fois la cible depuis la nomination de Gilles Lanteigne à titre de président-directeur général en 2015.

Vitalité se défend

Quelques heures après la publication de cet article, le président-directeur général de Vitalité se défend, affirmant qu'il n'a jamais été question de censure dans cette situation précise. Je dois rappeler que la médecin à laquelle vous faites référence a décidé elle-même de se rétracter et de reprendre le fait qu’elle pensait que les normes étaient appropriées, a soutenu Gilles Lanteigne, à la période de questions de l.'A. G. de Vitalité, mardi après-midi.

M. Lanteigne reconnaît d'ailleurs l'existence d'une certaine centralisation de l'information, mais il s'agit, selon lui, d'une pratique répandue et légitime. N’importe qui peut parler, on a 7400 ambassadeurs. Par contre, si vous parlez au nom de l’établissement, vous devez obtenir une autorisation. C’est une politique qui est tout à fait normale, qu’on retrouve dans toutes les entreprises.

Interdit de parler aux médias

Norma McGraw, une ancienne membre du conseil d’administration de Vitalité, fait elle aussi partie des détracteurs de l'organisation sous le règne de Gilles Lanteigne.

Norma McGraw devant un micro.

Norma McGraw a annoncé sa démission à titre de vice-présidente du conseil d'administration du Réseau de santé Vitalité en février 2020 en conférence de presse (archives).

Photo : Radio-Canada

On n’avait pas le droit de parler aux médias, ça c’est certain [...] On n’avait pas le droit d’aller poser des questions aux employés pour savoir comment ils allaient, comment étaient les services. Ce sont des choses qu’on n’était pas supposés de faire, confie-t-elle, en supposant qu'un contrôle de l'information était exercé au sein de la haute direction pour assurer la diffusion d'un message uniforme.

Nullement surprise du revirement de situation dans l’histoire de la Dre MacMillan, Norma McGraw regrette toutefois qu'une médecin qui exprime des craintes légitimes soit réduite au silence.

Cette médecin-là, si elle a transgressé les canaux de communication, c’est parce qu’elle se sentait préoccupée [...] C’est un cri d’alarme. Est-ce qu’elle a été écoutée? J’imagine que non, sinon il n’y aurait pas eu la sortie comme quoi elle se rétracte publiquement.

Une citation de :Norma McGraw, ancienne membre du C. A. de Vitalité

Norma McGraw a démissionné à titre de vice-présidente du conseil d'administration du Réseau de santé Vitalité le 24 février en signe de protestation. Elle avait alors nié publiquement l'affirmation de Vitalité selon laquelle un vote avait été tenu à huis clos sur la fermeture nocturne des urgences de six petits hôpitaux.

Encore aujourd'hui, Mme Mcgraw maintient sa position. Il y a des choses que je peux accepter, mais qu’on me dise que j’ai voté sur une résolution pour laquelle je n’ai pas voté, c’est la goutte qui a fait déborder le vase.

Le projet de fermeture des urgences la nuit n'a jamais vu le jour, mais a passablement terni la fin du mandat de Gilles Lanteigne, qui a annoncé son départ à la retraite en avril dernier.

Avec les informations de Serge Bouchard

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