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Abattoirs surchargés : des délais coûteux pour les éleveurs ontariens

Veau.

Les producteurs bovins auront droit à une aide de 2 $ par animal par jour d'élevage supplémentaire. Les éleveurs consultés jugent cet appui insuffisant.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Les producteurs bovins ontariens font les frais des ralentissements causés par la COVID-19 dans les abattoirs. Ils doivent souvent patienter des mois avant d'y envoyer leur bétail. La situation met en lumière des failles dans la chaîne de production bovine de la province, selon des acteurs du milieu.

Moi, cette année, j’ai perdu de 30 000 $ à 40 000$ à cause de ça, lance sans détour Jason Desrochers, un éleveur de veau de Val Gagné, près de Timmins.

Celui-ci vend son bétail à des finisseurs – des éleveurs qui achètent des veaux pour les engraisser. Or, il a dû baisser ses prix, conséquence des délais dans les abattoirs. La situation force les producteurs à garder les animaux plus longtemps que prévu sur leurs exploitations agricoles. Quand les finisseurs perdent de l’argent [en coût d'entretien supplémentaire], ça finit par me tomber sur le nez, dit-il.

Selon lui, la situation confirme ce que les agriculteurs de la région savent déjà : l'Ontario n'a pas assez d'abattoirs.

Des veaux et des vaches sur la ferme de Jason Desrochers. Il neige.

En mai, Jason Desrochers avait plus de 100 animaux sur sa ferme.

Photo : Twitter/Jason Desrochers

Maurice Doyon, professeur au Département d'économie agroalimentaire de l'Université Laval, confirme que la situation était prévisible. C’est une problématique qui existait bien avant la COVID-19, dit-il.

Le professeur explique que la multiplication de normes coûteuses à respecter dans les deux dernières décennies a eu raison de nombreux abattoirs régionaux au Canada.

Pour survivre, il faut être de plus en plus gros, abattre de plus en plus d’animaux au même endroit, explique M. Doyon. Ça a eu un effet de concentration.

Et selon lui, l’envergure de ces abattoirs modernes explique les multiples éclosions de COVID-19, notamment en Alberta.

Il y a un paquet d’individus qui peuvent être contaminés, car ils travaillent près les uns des autres dans un milieu un peu froid et humide. Et c’est le genre de truc que le virus aime.

Maurice Doyon, professeur au Département d'économie agroalimentaire de l'Université Laval

La fermeture des premiers abattoirs a ainsi créé un effet de cascade au sein de l’industrie bovine, selon lui. Ça fait que des producteurs ont des animaux qui ne peuvent pas aller à l'abattage. Ça décale tout, soutient-il.

Des défis pour l’élevage local

L’Ontario compte deux types d'abattoirs. D’abord, les abattoirs inspectés par le gouvernement fédéral, qui bénéficient actuellement de l’offre de producteurs d’autres provinces ayant vu leurs abattoirs ralentis ou fermés par la COVID-19.

Ces établissements permettent la mise en marché de la viande dans les épiceries ontariennes ainsi qu'à l’extérieur de la province.

Ensuite, les abattoirs inspectés par le gouvernement provincial, qui desservent souvent des zones de service locales ou des marchés spécialisés (Nouvelle fenêtre).

Plusieurs d'entre eux peinent également à soutenir la demande des producteurs locaux.

On a deux fois plus de demandes qu’à l’habitude, dit Steve Strubhar, propriétaire de l’abattoir Belle Vallee, à New Liskard. Conséquemment, les temps d’attente pour ses clients sont également deux fois plus élevés qu’à la normale, soit 1 mois plutôt que 2 semaines.

M. Strubhar associe néanmoins une partie de cette hausse à un engouement soudain pour l’agriculture de proximité. Un beau problème, selon lui, mais qui met en lumière le manque d'abattoirs dans la région.

Raymond Vézina, de la ferme Vézina et fils, dans le Nipissing, constate le même phénomène. Si les gens sont davantage intéressés par ses produits qu'auparavant, les temps d’attente importants des abattoirs de la région – qui s’étirent parfois sur plusieurs mois – l’empêchent de conclure ses ventes.

Normalement on vend [notre bétail] quand ils ont entre 14 et 16 mois. Mais maintenant, ils ont 18 mois, proches des 20 mois. La viande n’est pas de la même qualité.

Raymond Vézina, propriétaire de la ferme Vézina et fils
Raymond entouré de vaches dans un champ.

Raymond Vézina et son fils élèvent des boeufs sur leur ferme à Nipissing Ouest.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Grégoire

On est censé les envoyer à l'abattoir à la fin du mois de juin, mais tous les mois, ils repoussent la date, se désole-t-il. Et pour chaque jour d’attente, il doit débourser des montants inattendus en soin d’élevage supplémentaire.

Aide fédérale et provinciale

Le 17 juin, les gouvernements du Canada et de l’Ontario ont annoncé un investissement de 5 millions de dollars pour les éleveurs bovins.

L’objectif : offrir aux agriculteurs 2 $ par animal par jour pour aider à défrayer les coûts d'entretien supplémentaires qu'ils ont pour garder leurs animaux prêts pour le marché dans leurs exploitations agricoles pendant de plus longues périodes.

Ça nous aide, certainement, mais c’est encore bien loin de ce dont on a besoin, a regretté Crispin Colvin, directeur de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario, à l’émission Le matin du Nord.

Il faut leur donner à manger, ils prennent du poids, et ça devient beaucoup plus difficile de les garder. On n’a simplement pas l’espace pour les garder pour une longue période.

Crispin Colvin, directeur de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario
Un homme devant un champ.

Crispin Colvin est également fermier.

Photo : Capture d'écran d'une vidéo de la Fédération de l'agriculture de l'Ontario

M. Colvin estime qu’avec le ralentissement dans les abattoirs en raison de la COVID-19, les consommateurs doivent s’attendre à avoir moins de choix sur les tablettes. Ça va changer ce que les gens vont voir dans les magasins, conclut-il.

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