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Les policiers doivent être plus transparents, estime un membre de la GRC

Les corps policiers doivent être plus transparents et parler davantage de leur travail avec le public pour éviter un clivage dans la société, estime le sergent-major de la GRC en Colombie-Britannique Sébastien Lavoie.

Sébastien Lavoie assis à l'extérieur.

Un sergent-major de la GRC déplore le manque de dialogue entre les forces de l'ordre et le public.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Ce haut gradé de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) garde un souvenir amer de sa jeunesse au Québec. « Ça n’a pas été facile pour moi en grandissant », raconte celui qui n’était pas vraiment Noir pour les Noirs, ni vraiment Blanc pour les Blancs, né d’un père haïtien et d’une mère québécoise.

Très tôt, Sébastien Lavoie s'est enrôlé dans les Forces armées canadiennes avant d’aboutir à la GRC, notamment en Colombie-Britannique.

II a passé 13 ans dans le Groupe tactique d’intervention. Son constat? On en demande peut-être trop aux policiers, qui font un travail complexe, dont beaucoup ignorent les tenants et aboutissants.

Voici une version abrégée de notre entretien.

Q : Quelle a été votre réaction aux dernières manifestations?

Ça a été très difficile. On a d’abord eu la pandémie, et il y a eu beaucoup d’isolement, puis les événements aux États-Unis, puis au Canada [les manifestations antiracistes à la suite de la mort de George Floyd, notamment].

Ça a été très difficile pour moi, pour les membres et sur les réseaux sociaux.

Des agents de la GRC ont vu en ligne des réponses de leur famille ou de leurs amis proches, des réponses extrêmement émotionnelles, sans laisser la poussière retomber.

Les policiers se sentant attaqués étaient aussi émotifs. Donc, leur réponse n’était pas toujours positive, c’est donc un cercle vicieux.

On a environ 8000 membres de la GRC ici en Colombie-Britannique, et lorsque la vidéo de la mort de George Floyd a circulé, j’ai eu des courriels, des messages et des tonnes d’appels téléphoniques pour dénoncer l’acte commis.

Par contre, peu de temps après, l’opinion publique s’est retournée contre nous. Cela a été très difficile, parce que les mêmes policiers qui ont dénoncé l’acte répréhensible qui est arrivé aux États-Unis se sont retrouvés les mauvais policiers.

Q : Comment explique-t-on ce qui se déroule avec les communautés autochtones, par exemple?

C’est certain qu’il y a une histoire qui est là et qu’on ne peut pas oublier.

Une histoire oubliée est une histoire répétée, et cette histoire doit être enseignée aux jeunes membres de la GRC.

J’ai personnellement fait de la patrouille dans les réserves autochtones et il y a évidemment des situations qui sont en dehors du contrôle de la police.

C’est facile d’envoyer un policier ou une policière comme un band-aid, et de dire : "Tiens, on vous a envoyé pour régler ce qui se passe.". Quand il y a des problèmes d’abus de substances, de drogues ou d’alcool, la police n’est peut-être pas la réponse.

On n’est pas des travailleurs sociaux.

Sébastien Lavoie, sergent-major de la GRC en Colombie-Britannique

Par contre, jamais je n’ai eu de collègues qui allaient patrouiller avec [une mauvaise intention]. Au contraire, on essayait vraiment d’améliorer les relations, on était dans des groupes culturels et multiculturels, j’ai été invité dans des huttes de sudation (sweat lodge).

J’ai eu une situation difficile avec les enfants. Quand ils avaient 4, 5, 6 ou 7 ans, on jouait au hockey, mais quand ils ont eu 10 ans [NDLR : Sébastien Lavoie a alors arrêté un membre de la communauté], les parents n’ont plus voulu qu’on joue ensemble. Quand j’arrivais avec mon auto, les enfants rentraient à l’intérieur. Ça m’a brisé le coeur parce que je les suivais depuis qu’ils étaient jeunes, mais je comprenais.

Tout le monde avait des liens familiaux. Donc, si j’avais arrêté quelqu’un la semaine dernière, je comprends que c’est difficile et que ça met tout le monde dans une situation complexe.

Q : Que répondez-vous à ceux qui demandent la réduction du financement des corps policiers?

Enlever les fonds à la police, c’est simplifier une situation complexe. En général, les corps policiers au Canada ont déjà un problème de financement. La raison pour cela est simple : en tant que policier, si on fait bien notre travail, tout va bien.

Comment prouver que, si nous n’étions pas là, les choses se seraient mal déroulées? Si on retire des fonds, la première chose qui va souffrir, ce sont les formations. La priorité sera d’avoir les policiers sur le terrain. Avec moins de fonds et moins d’agents, on risque de fatiguer ceux qui travaillent déjà.

On a besoin de fonds, on a besoin d’être soutenus par la communauté, mais on a aussi besoin d’être redevables.

Sébastien Lavoie

On travaille pour les citoyens et on doit pouvoir leur démontrer que les fonds sont utilisés à bon escient et expliquer en détail comment on les octroie.

Q : Est-ce qu’il faut embaucher davantage des personnes racisées?

Il ne s'agit pas d’une nouvelle initiative, on cherche [déjà] à avoir des policiers des minorités visibles. Il est crucial de faire des efforts pour recruter les gens dans les communautés culturelles.

Q : Que faut-il faire pour regagner la confiance du public, selon vous?

Je pense qu’on a tellement de difficultés dans la police parce qu’on répond à tellement d’appels. On doit avoir une conversation honnête sur notre travail. On dit toujours que nous enquêtons, qu’on ne peut pas trop en dire.

À mon avis, on peut en dire plus au public, expliquer ce qu’on fait, ce qu’on voit, même si c’est très difficile. La police et la communauté devraient pouvoir travailler ensemble.

Stébastien Lavoie

Q : Avez-vous une piste de solution pour changer certaines mentalités au sein des forces?

Il faut que les membres soient exposés à des relations acceptables. Si je suis un policier qui a des préjugés ou qui est raciste, et que tous mes partenaires soutiennent la communauté LGBTQ2S+ ou qu’ils sont actifs dans les communautés [culturelles], c’est clair que mon comportement ne sera pas acceptable.

J’aurai deux choix : soit la direction de la GRC ou de la police ne me convient plus, alors c’est le temps pour moi de partir, soit je change mon point de vue, j’apprends, je grandis, et je deviens un membre productif de la force policière.

Lorsque des policiers agissent de manière répréhensible, cela doit faire l'objet d'une enquête très sérieuse et corrigé ou puni. Ça doit être pris très au sérieux.

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