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Attentat du vol 182 d'Air India : la peur de tomber dans l'oubli 35 ans plus tard

Il s'agit de l'attaque terroriste la plus meurtrière de l'histoire du Canada

Une femme devant une pierre

Natasha Madon regarde le nom de son père sur le mémorial d'Air India dans le parc Stanley de Vancouver. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Richard Lam

Le 23 juin 1985, une bombe placée dans la soute à bagages du vol 182 d'Air India explose, tuant 329 personnes à bord, dont plus de 80 enfants.

Tous, la plupart étant Canadiens, périssent dans cet attentat à la bombe attribué à des extrémistes sikhs.

Le vol 182 d'Air India, en provenance de Toronto a quitté l'aéroport de Mirabel, à Montréal, vers 22 heures et devait faire escale à Londres avant de repartir pour l'Inde.

Au total, 131 dépouilles sont retrouvées au large de l'Irlande.

Il s'agit de l'attaque terroriste la plus meurtrière de l'histoire du Canada.

Des soldats irlandais transportent le corps d'une des 329 victimes du vol d'Air India, qui a explosé en plein ciel en 1985.

Des soldats irlandais transportent le corps d'une des 329 victimes du vol d'Air India, qui a explosé en plein ciel en 1985.

Photo : Associated Press / Redman

Un rapport entourant les circonstances de l'attaque et la mauvaise gestion du dossier par les autorités n'est publié que 25 ans plus tard.

Le rapport de la commission sur l'explosion du vol Air India 182, présenté par le juge John Major, souligne les faiblesses du travail de la GRC et du SCRS.

Commentaire du commissaire John Major

« Une série d'erreurs en cascade a contribué à l'échec de nos forces de police et de sécurité, qui n'ont pas su prévenir cette atrocité. L'ampleur des erreurs, de l'incompétence et de l'inattention qui ont précédé le vol n'a eu d'égale que la triste manière dont, de diverses façons et pendant de nombreuses années, les autorités, les gouvernements et les institutions ont agi dans la foulée du meurtre de tant d'innocents, dans le cadre de l'enquête et des poursuites judiciaires, et le peu de renseignements, de soutien et de réconfort qu'ils ont apportés aux familles. »

La même année, en 2010, l'ancien premier ministre Stephen Harper présente des excuses officielles au nom du gouvernement fédéral et des Canadiens pour les carences constitutionnelles [...] et la façon dont les familles des victimes ont été traitées par la suite.

Cette commission d'enquête et ces excuses reconnaissent l'échec du Canada à prévenir l'explosion et le mauvais traitement des familles au lendemain de l'attaque.

Des familles décimées

Des enfants, parents et grands-parents qui se réjouissaient à l'idée de rendre visite à des êtres chers en Inde ont perdu la vie.

Bal Gupta a perdu son épouse, la mère de ses deux fils, et des amis. Ils étaient mariés depuis 20 ans.

M. Gupta devait être dans le même vol, mais il n'y avait plus de place à bord. L'avion était plein.

La culpabilité le ronge depuis. C'est une journée émotionnellement difficile, dit-il.

Une famille coupe un gâteau d'anniversaire.

Cette photo a été prise quelques années avant la tragédie. On y voit Bal Gupta, le père de famille, sa défunte épouse Ramwati Gupta et leurs deux fils Suneel Gupta et Susheel Gupta.

Photo : Fournie par Bal Gupta

Depuis cette tragédie, il est le président de l'Association des familles des victimes du vol 182 d'Air India. Il a 82 ans aujourd'hui.

Il se souvient du 23 juin 1985 comme si c'était hier.

Plusieurs membres de l'Association ont perdu un parent ou un enfant, d'autres ont perdu tous les membres de leur famille ce jour-là.

Nous étions laissés à nous-mêmes sans soutien. [...] Aucune aide n'a été offerte aux familles des victimes, raconte-t-il.

Le gouvernement de l'époque nous traitait comme des ennemis.

Bal Gupta, président de l'Association des familles des victimes du vol 182 d'Air India

La première fois que nous avons rencontré un ministre fédéral en tant que groupe de familles des victimes, c'était 10 ans après [l'attentat meurtrier], ajoute M. Gupta.

« Reconnaître la tragédie »

La professeure d'études culturelles à l'Université McMaster Chandrima Chakraborty tente de sensibiliser les Canadiens un cours à la fois.

Cet attentat n'était pas été considéré par le gouvernement canadien et le public comme étant une tragédie canadienne, raconte-t-elle.

Mme Chakraborty rapporte que la plupart de ces étudiants, année après année, ne connaissent pas l'existence de ce moment qui fait pourtant partie de l'histoire du pays.

Une femme portant des lunettes sourit.

Chandrima Chakraborty documente l'attentat à la bombe du 23 juin 1985 depuis dix ans. Elle est fréquemment en contact avec les familles des victimes.

Photo : Fournie par Chandrima Chakraborty/JD Howell

Mme Chakraborty croit que les Canadiens ne comprennent pas encore l’ampleur de la tragédie à cause de la position du gouvernement fédéral de l'époque. Selon elle, l'attentat de 1985 suscite encore peu d'intérêt de la part du public canadien.

Cette tragédie n'occupe pas une place importante dans la mémoire collective des Canadiens.

Chandrima Chakraborty, professeure à l'Université McMaster

On peut attribuer ce manque de reconnaissance du public par la caractérisation initiale de l'attaque par le gouvernement canadien qui refusait d'affirmer dès le départ que c'était une tragédie canadienne, explique-t-elle.

Cette photo d'archives montre une porte de l'avion d'Air India qui flotte au large des côtes irlandaises après l'explosion d'une bombe qui a provoqué l'écrasement de l'appareil.

Une porte de l'avion d'Air India flotte au large des côtes irlandaises après l'explosion de la bombe qui a provoqué l'écrasement de l'appareil.

Photo : La Presse canadienne / ARCHIVES

Elle souhaiterait que cette tragédie du 23 juin suscite l'empathie qu'elle mérite.

Deuil et COVID-19

Cette année, les proches des victimes ne pourront pas se rassembler à cause des mesures entourant la COVID-19 et de l'âge de plusieurs d'entre eux, mais ils se partageront des vidéos de leurs visites respectives aux quatre monuments canadiens à la mémoire des victimes à Toronto, Vancouver, Montréal et Ottawa.

Le doigt d'un bébé qui pointe un mur sur lequel des noms sont gravés.

Un monument à la mémoire des victimes du vol 182 de Air India a été érigé en 2010 à Vancouver, en Colombie-Britannique.

Photo : La Presse canadienne

Nous sommes une grande famille [répartie un peu partout dans] le monde. On reste en contact. Maintenant avec les courriels c'est beaucoup plus simple, lance M. Gupta.

Chaque année, ils s'appellent pour s'épauler et apaiser la peine toujours aussi présente 35 ans plus tard.

Depuis 2005, le 23 juin est la Journée nationale du souvenir des victimes de terrorisme en mémoire de ceux qui ont perdu la vie dans des attentats terroristes au pays ou ailleurs dans le monde.

Cette date a été choisie pour coïncider avec l'anniversaire de la tragédie du vol 182 d’Air India.

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