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Ottawa et les provinces écartent le port obligatoire du masque... pour l'instant

Au Québec, le Dr Horacio Arruda évoque toutefois la possibilité de rendre le couvre-visage obligatoire.

Une femme portant un masque en tissu.

Ottawa et les provinces recommandent de porter un masque dans les magasins et les transports publics, mais sans rendre son utilisation obligatoire.

Photo : iStock / Igor Alecsander

Malgré l'appel de médecins d'un peu partout au pays, ni le fédéral ni les provinces – comme l'Ontario, le Québec et l'Alberta – ne sont prêts, pour l'instant, à forcer les citoyens à porter un masque à l'extérieur de chez eux.

Les autorités fédérales et provinciales de santé publique incitent la population à porter un masque non médical lorsque la distanciation physique est difficile comme au magasin, dans l'autobus ou dans le métro, mais sans contraindre le public à suivre cette recommandation.

Au Québec, le directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, évoque toutefois la possibilité de rendre le masque obligatoire, se disant très préoccupé par le relâchement des Québécois en matière de distanciation physique.

Avec l'été, avec ce vent de fraîcheur qu’est l’été, ce besoin que les gens ont de partager, de socialiser – ce qui est tout à fait normal et que je comprends en termes de réflexe –, je vois les gens relâcher beaucoup, dit-il.

Le masque peut contribuer à bloquer les gouttelettes du coronavirus qui sortent de la bouche de personnes asymptomatiques ou présymptomatiques, fait valoir la médecin de famille ontarienne et porte-parole de la coalition de docteurs Masks4Canada Jennifer Kwan.

Il faut qu'environ 80 % des personnes portent un masque pour avoir un impact significatif sur la transmission de la COVID-19 et s'assurer que le déconfinement est sécuritaire et soutenable.

Jennifer Kwan, omnipraticienne
Jennifer Kwan en entrevue.

L'omnipraticienne ontarienne et porte-parole de la coalition Masks4Canada Jennifer Kwan.

Photo : Radio-Canada

Or, à l'heure actuelle, environ 40 % des Canadiens utilisent un masque en tissu à l'extérieur de leur domicile, estime la Dre Kwan.

Elle croit qu'une directive obligatoire de la part du fédéral ou des provinces dissiperait toute confusion sur l'utilité du couvre-visage et faciliterait la vie aux commerçants et aux sociétés de transport qui l'exigent.

Pour elle, pas question d'imposer des amendes aux contrevenants, mais plutôt de les sensibiliser à la question. Les enfants de moins de 2 ans et les personnes ayant un problème médical les empêchant de porter un masque seraient par ailleurs exemptés.

La présidente de l'Association des infirmières et infirmiers autorisés de l'Ontario (RNAO), Doris Grinspun, affirme qu'il faut se préparer dès maintenant à faire face à une deuxième vague.

Qu'est-ce qu'on attend? C'est vrai que ce n'est pas tout le monde qui peut porter un masque, mais la majorité le peut.

Doris Grinspun, présidente de l'Association des infirmières autorisées de l'Ontario

Ford, Legault et Kenney disent non pour l'instant

Que ce soit en Ontario, au Québec ou en Alberta, les premiers ministres refusent actuellement de rendre le port du masque obligatoire.

À la fin du mois dernier, Doug Ford a prévenu les Ontariens que les commerçants avaient le droit de refuser l'entrée aux clients ne portant pas de couvre-visage.

Je recommande très fortement aux Ontariens de mettre un masque.

Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

Il a refusé néanmoins de rendre le masque obligatoire, expliquant que la province n'avait pas les ressources nécessaires pour surveiller la population et punir les contrevenants.

La ministre de la Santé, Christine Elliott, a répété mardi qu'il n'était pas nécessaire, selon elle, de rendre le port du masque obligatoire. Son attachée Hayley Chazan précise que les bureaux locaux de santé publique peuvent imposer le port du masque dans les commerces sur leur territoire comme à Windsor.

En Alberta, le premier ministre Jason Kenney a souligné que son gouvernement était en train de distribuer 40 millions de masques gratuitement et que les municipalités avaient le pouvoir d'imposer le port du masque dans les transports publics.

Je ne veux vraiment pas me retrouver dans une situation où des policiers ou des agents municipaux devraient remettre une contravention ou arrêter quelqu'un parce qu'il ne porte pas un couvre-visage.

Jason Kenney, premier ministre albertain

De son côté, l'attachée de presse du cabinet du premier ministre québécois François Legault, Nadia Talbot, rappelle que Québec a donné des masques « en quantités importantes » aux villes de Laval et de Montréal pour qu'elles les distribuent aux usagers du transport en commun.

Pour l’instant, le port du masque est FORTEMENT RECOMMANDÉ pour toute personne qui ne peut garder la distanciation physique et notamment dans les transports en commun.

Nadia Talbot, attachée de presse au cabinet de François Legault

Le port du masque pourrait-il devenir obligatoire au Québec à l'automne s'il y avait une deuxième vague? Nous verrons en temps et lieu et nous suivrons les recommandations de la santé publique comme nous le faisons depuis le début de la crise, répond Mme Talbot.

Une caissière et une cliente portent un masque à l'épicerie.

La santé publique recommande de porter un masque à l'épicerie, mais les élus provinciaux ne veulent pas rendre la mesure obligatoire.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Le Nouveau-Brunswick avait annoncé le 5 juin que le masque serait obligatoire dans les restaurants et les magasins, avant de faire marche arrière le lendemain.

En Colombie-Britannique, le port du masque est recommandé également, mais pas obligatoire. Il y a de très bonnes raisons pour lesquelles les gens ne peuvent pas porter un masque médical ou un masque non médical et nous ne voulons certainement pas le mettre sur quelqu'un qui ne peut pas le retirer lui-même [comme les petits enfants], parce que cela peut être dangereux, explique la médecin hygiéniste en chef Bonnie Henry.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a adopté le masque en mai, mais sans vouloir imposer de directive nationale, affirmant qu'il revenait à chaque personne de prendre sa propre décision.

L’Agence de la santé publique du Canada est encore d’avis que la meilleure chose à faire pour éviter la propagation de la COVID-19 est de se laver les mains fréquemment avec de l'eau chaude et du savon pendant au moins 20 secondes. S'il n'y en a pas, utilisez un désinfectant pour les mains contenant au moins 60 % d'alcool.

Agence de la santé publique du Canada

Le port d'un masque ne suffira pas à empêcher la propagation de la COVID-19, ajoute l'Agence, qui recommande tout de même d'avoir un couvre-visage dans les lieux publics achalandés, tels que les magasins, les centres commerciaux et les transports en commun.

Où faut-il un masque?

Des experts partagés

Les partisans du masque non médical citent en exemple des pays comme la Corée du Sud, Taïwan ou la République tchèque, où l'usage du couvre-visage est généralisé ou obligatoire, qui ont réussi à limiter les ravages de la pandémie.

Le Dr Hugues Loemba en entrevue.

Le virologue Hugues Loemba est en faveur d'une directive obligatoire sur le port du masque.

Photo : Radio-Canada

Le virologue et chercheur-clinicien à l'Hôpital Montfort d'Ottawa Hugues Loemba pense que le port du masque devrait être obligatoire dans le transport en commun et dans les endroits publics où une distance de 2 mètres ne peut être respectée.

Si on donne le choix à tout un chacun de porter les masques ou pas, et que ça soit volontaire dans ces lieux publics, on va donner une chance au virus de survivre et continuer à se propager.

Hugues Loemba, virologue
Photo d'Isaac Bogoch dans son bureau.

Isaac Bogoch, infectiologue de l'Hôpital général de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

Le spécialiste des maladies infectieuses Isaac Bogoch de l'Hôpital général de Toronto est d'accord que le public devrait porter un masque dans les magasins ou le transport en commun.

Toutefois, il souligne que la santé publique le recommande déjà fortement.

Va-t-on refuser l'entrée dans le métro ou dans un magasin parce que quelqu'un n'a pas de masque? Beaucoup de gens n'ont peut-être pas les moyens d'acheter ou de fabriquer un masque. Plutôt que de refuser l'entrée, offrez-leur-en un.

Isaac Bogoch, spécialiste des maladies infectieuses

Il ajoute que si le port du masque devenait obligatoire, il faudrait faire appliquer une telle directive. Y aura-t-il du ressentiment de la part du public et un refus d'y adhérer, comme ce qu'on a vu à Toronto lorsque des résidents ont reçu une amende simplement parce qu'ils étaient assis sur un banc dans un parc? demande-t-il.

Le Dr Bogoch souligne aussi que beaucoup de régions au pays n'ont aucun cas de coronavirus actuellement et qu'une politique obligatoire n'aurait peut-être pas de sens dans ces secteurs.

Pour lui, une directive obligatoire serait la « mauvaise approche » à l'heure actuelle.

Certains experts ajoutent qu'une personne peut s'auto-infecter si elle touche son masque qui a été contaminé puis pose les doigts sur sa bouche ou son nez.

Pour sa part, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande au public de porter un masque non médical dans les lieux où la distanciation physique est difficile. Pour l'OMS, il s'agit d'une précaution supplémentaire en plus du lavage des mains, notamment.

Infographie montrant ce qui est à faire et à ne pas faire lorsqu'on porte un masque.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des conseils de l'OMS pour bien utiliser un masque.

Photo : OMS

L'OMS note que les données disponibles actuellement sur le port du masque sont limitées, mais semblent indiquer que le couvre-visage peut aider à freiner la transmission du coronavirus.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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