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Trois idées pour relancer Montréal après la COVID-19

Un homme traverse une rue du centre-ville de Montréal.

Les rues du centre-ville étaient désertes durant une bonne partie de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La densité urbaine a été montrée du doigt comme une des causes de transmission du coronavirus et certains ménages auraient même décidé de déménager en région. S'agit-il d'une tendance lourde de désaffection de la ville?

Ce qui est sûr, c’est que Montréal, comme bien des villes, va devoir faire un effort pour demeurer un milieu de vie attrayant après le cataclysme économique et sanitaire qui s’est abattu sur elle. Où devrions-nous mettre nos efforts?

1. Repenser la densité et le transport en commun

Pour Richard Shearmur, directeur de l’École d'urbanisme de l’Université McGill, il est primordial de réfléchir à la densité optimale de la ville. Il faut regarder de plus près nos plans d'urbanisme, affirme-t-il. À une époque pas si lointaine, on avait établi des seuils de densité maximale et on ne souhaitait pas avoir plus d’un certain nombre de personnes par kilomètre carré. Dernièrement, au contraire, on a plutôt misé sur des seuils minimaux de densité parce qu’on a reconnu, pour des raisons environnementales, mais aussi culturelles et économiques, que la densité pouvait être une bonne chose.

M. Shearmur souligne cependant que Montréal est loin d’être aussi dense que des villes comme Paris ou New York.

Il va falloir, soutient M. Shearmur, trouver un équilibre puisque l’aménagement axé sur le transport collectif qui s’est popularisé ces dernières années encourage la densité et l’utilisation massive des transports en commun. Dans un contexte de pandémie, où plus personne n’accepte de s’entasser dans un wagon de métro ou dans un autobus, la donne change.

Pour maintenir l’attrait de la ville, il faut donc penser à d'autres solutions pour le déplacement, souligne le chercheur. Le transport public est le noeud du problème, soutient-il. On peut bien encourager les déplacements à vélo, mais avec la rigueur des hivers montréalais, croit-il, ce n’est pas une vraie solution de remplacement.

On devra plutôt songer à des solutions technologiques pour permettre, par exemple, une fréquence bien plus élevée des métros, ce qui éviterait que les gens y soient aussi entassés. On pourrait également envisager la mise en place de plus petites navettes pour remplacer les autobus.

Si on veut préparer la ville pour être plus résiliente à d'autres maladies contagieuses [qui pourraient survenir], est-ce qu'il y a moyen de réfléchir à des solutions qui limitent l'étalement urbain tout en étant un peu moins dépendantes du transport en commun?

Richard Shearmur, directeur de l’École d'urbanisme de l’Université McGill

2. Ne pas oublier les artères commerciales et le centre-ville

Pour Christian Savard, directeur général de Vivre en ville, il faudra porter une attention particulière aux rues commerciales. Il craint qu’après la réouverture des magasins, les consommateurs continuent tout de même à privilégier le commerce en ligne aux dépens des boutiques ayant pignon sur rue.

Des piétons se promènent sur la rue.

L'avenue du Mont-Royal sera piétonne de l'avenue du Parc jusqu'à la rue Chapleau pendant tout l'été.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Or, les rues marchandes sont souvent l’âme d’un quartier, plaide M. Savard. L’administration municipale devra se soucier spécialement des artères commerciales, parce qu’elles sont souvent plus que commerciales, ce sont des lieux communautaires, croit-il. C’est là que les gens se rencontrent, que ceux qui se sont un peu isolés peuvent entrer en relation avec les autres.

Ce n’est pas juste une artère commerciale, c’est toute une vie communautaire qui amène beaucoup de résilience et de force à un quartier. Elles doivent demeurer vivantes.

Christian Savard, directeur général de Vivre en ville

Ainsi, la piétonnisation de l’avenue du Mont-Royal est une initiative intéressante qui devrait donner de l’oxygène aux marchands ayant subi de plein fouet l’impact du confinement.

M. Savard croit également qu’il ne faut pas négliger le centre-ville, déserté depuis le début du confinement. Les occupants des tours à bureaux, les étudiants universitaires, les travailleurs des banques font tous maintenant du télétravail et pourraient mettre encore des semaines sinon des mois à revenir, craint M. Savard.

Le centre-ville va souffrir un peu plus longtemps que les quartiers résidentiels, qui ont déjà recommencé à vivre plus normalement, affirme-t-il. Le gouvernement va devoir faire des efforts particuliers pour l’aider à tenir le coup.

Dans son plan de relance, la Ville de Montréal prévoit investir 5,6 M$ pour stimuler la vitalité des artères commerciales et soutenir les commerçants.

3. Se réapproprier la ville

Si on veut éviter que les gens fuient la ville, vue comme un lieu propice à la propagation des virus, il faut miser sur leur attachement à leur milieu de vie immédiat, croit Pauline Wolff, chercheuse au Centre d’étude en responsabilité sociale et écocitoyenneté (CERSE) au Collège de Rosemont.

Autoriser les citoyens à s’approprier l’espace à travers des initiatives comme les ruelles vertes ou les parcs urbains est une stratégie gagnante.

Une ruelle.

Une ruelle verte de Montréal

Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

L’administration municipale stimule déjà certains de ces projets, mais il faut souvent passer par plusieurs services et remplir de nombreux formulaires. De quoi décourager la plupart des gens. Si la Ville assouplissait ses règlements, cela enverrait le message qu’il est normal que les gens s'approprient des espaces, croit la chercheuse.

On le voit avec les ruelles vertes : c'est rentré dans les mœurs et c’est devenu normal de demander une ruelle verte, souligne-t-elle. Mais si on remonte 15 ou 20 ans en arrière, ce n'était pas aussi évident.

Outre les ruelles vertes, il existe de nombreuses autres initiatives d’appropriation des espaces publics, mais également parfois des espaces privés laissés à l’abandon, relève Mme Wolff.

Il y a divers exemples d’appropriation de secteurs laissés à l’abandon, comme l’Espace bonheur, au coin de Masson et de la 14e avenue, que les résidents du secteur ont revitalisé. Cela change la vie de la garderie qui est en face, ça change la vie du commerçant qui est au coin, parce que les gens peuvent s'asseoir à côté de son commerce et voir ce qu'il y a en vitrine, ça change la vie des vieilles personnes qui habitent autour, parce qu'elles veulent un endroit où elles peuvent aller s'installer à l'extérieur, note Pauline Wolff. Ça a changé la vie de beaucoup de gens.

Le sentiment d'appartenance augmente, donc l'attachement au lieu augmente aussi, et même si on n'a pas une grande cour en arrière et qu'on n'est pas en banlieue, mais qu’on se sent attaché à l’endroit où on vit, on veut y rester.

Pauline Wolff, chercheuse en innovation, participation citoyenne et transition au Collège de Rosemont

Malgré tous ses défauts, l’attrait de la ville ne disparaîtra pas, croient les chercheurs. Historiquement, les grands centres urbains ont toujours été au front des grandes catastrophes, de grands cataclysmes naturels ou humains, tels que le choléra, les bombardements de la Seconde Guerre mondiale en Europe, rappelle Christian Savard. Les villes en sont toujours sorties plus fortes, note-t-il. C'est un écosystème qui est un grand vecteur de création de richesse et d'innovation.

C’est également l’avis de Jean-Philippe Meloche, professeur à l’École d'urbanisme et d'architecture de paysage de l’Université de Montréal. La ville est un territoire qui a des avantages indéniables en termes de productivité et ses avantages ne sont pas disparus parce que la COVID-19 est apparue.

Présentement, on a peur de la proximité, mais elle est essentielle à plein de choses. On peut s'en passer temporairement, mais ce n'est pas optimal.

Jean-Philippe Meloche, professeur à l’École d'urbanisme et d'architecture de paysage de l’Université de Montréal

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