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La malbouffe rend-elle les oiseaux marins moins intelligents?

Des goélands à bec cerclé.

Des goélands à bec cerclé de Spaniard's Bay, dans l'est de Terre-Neuve

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Les goélands qui fréquentent le stationnement du McDonald’s et mangent de la malbouffe sont-ils moins intelligents? C’est la question que se pose Jessika Lamarre, une chercheuse et passionnée d'oiseaux marins à l’Université Memorial.

Ce mois-ci, la candidate à la maîtrise surveille des colonies de goélands à bec cerclé de Terre-Neuve.

Son hypothèse : les oiseaux qui consomment régulièrement des animaux marins riches en gras oméga-3 ont un meilleur développement cognitif. Ceux qui n’en mangent pas assez risquent d’avoir de déficiences intellectuelles.

On sait à partir de beaucoup d'études sur les humains que [les oméga-3] sont essentiels, surtout pendant la phase de développement du cerveau, mais aussi plus tard dans la vie pour conserver de bonnes fonctions mentales, explique-t-elle.

Jessika Lamarre.

Jessika Lamarre, candidate à la maîtrise à l'Université Memorial

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Mais il n’y a pas d'études, vraiment, qui ont essayé de le démontrer dans les oiseaux. Sachant que les oiseaux ont des colonies qui se trouvent dans les milieux aquatiques, comme ici, ou dans les lieux plus terrestres, comme au Québec, on se demande s’il y a une différence dans l’intelligence, vu que certains vont consommer beaucoup de poisson, mais d’autres vont en consommer peu ou pas du tout.

Trois colonies ciblées

La chercheuse cible trois colonies de goélands dans la péninsule d’Avalon pour effectuer ses recherches. La première se trouve à Long Pond, en banlieue de Saint-Jean; la deuxième près de la communauté rurale de Spaniard’s Bay; et la troisième sur une île isolée au large du village d’Old Perlican.

Il y a plusieurs études qui démontrent qu’ils [les goélands] ne vont pas vraiment à l'extérieur des 25 km à l’entour de leur colonie, note-t-elle, en ajoutant que les goélands en milieu rural n’ont pas le choix de manger des organismes marins dans la plupart des cas.

Une colonie de goélands.

La chercheuse Jessika Lamarre a installé une série d'enclos autour des nids de cette colonie de 400 à 500 goélands à bec cerclé à Spaniard's Bay.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Dans les milieux urbains, ils vont manger des déchets et ce que les gens leur donnent à manger. On le voit dans les régurgitations, on voit du maïs des fois, définitivement des frites, du [restaurant] Mary Brown's.

Une citation de :Jessika Lamarre, chercheuse

À chaque colonie, Mme Lamarre prend des échantillons de sang pour analyser la diète des oiseaux et installe des enclos autour de plusieurs dizaines de nids. Elle met ensuite un test cognitif à l’intérieur de chaque clôture — une boîte contenant un morceau de saucisse que l’oiseau peut manger s’il tire sur une corde.

Un enclos avec une caméra.

L'un des enclos installés pour observer les goélands de Spaniard's Bay, à Terre-Neuve.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Quand elle réussit à placer le test, ainsi qu’une caméra, elle s’éloigne de l’enclos, avant de retourner 10 minutes plus tard pour déterminer si l’oiseau a réussi à manger la saucisse.

À Long Pond, les goélands ont pu sortir la saucisse de la boîte environ 20 % du temps et elle pense les résultats vont s'améliorer lorsqu’elle s’éloignera de la ville.

Des résultats préliminaires positifs

Les recherches se poursuivent, mais Mme Lamarre croit déjà avoir observé certains effets des oméga-3. L’été dernier, elle a passé 40 jours à observer les incidences d’une diète riche en huile de poisson sur les oisillons.

Un résultat qu'on a obtenu c'est que les petits poussins qui ont été alimentés avec de l'huile de poisson, à partir du moment où ils sortaient de l'œuf jusqu'à ce qu’ils partent eux-mêmes du nid, ceux-là ont été capables de sortir du nid beaucoup plus rapidement [...] comparativement à ceux qui ont reçu la même équivalence calorique, mais en sucre, dit-elle.

Un bébé goéland.

Un poussin né quelques heures avant l'expérience.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Mme Lamarre espère que ses recherches aideront à décrire la capacité des animaux à s’adapter aux changements climatiques.

Les animaux sont capables de [survivre à] des problèmes d’habitat, de pollution, de choses comme ça, mais ils ont vraiment besoin d'intelligence pour être capables de trouver des solutions à ces problèmes.

Une citation de :Jessika Lamarre, chercheuse

Il y a de moins en moins d'oméga-3 disponibles dans l'océan à cause de l'acidification de l'eau et [des] températures qui augmentent. C'est le phytoplancton qui produit des oméga-3 et qui est à la base de toute la chaîne alimentaire, même pour les humains et pour les baleines.

Se faire baptiser par les excréments

L’expérience continue cette semaine au large d’Old Perlican. C’est un travail fascinant et gratifiant, mais qui prend de la patience, selon Mme Lamarre.

C'est des animaux sauvages, donc définitivement ils n’aiment pas ça se faire toucher par des humains, ils se débattent, mais on a des techniques pour les contenir pour pas qu'ils se fassent mal, surtout, dit-elle, en riant.

On les laisse nous pincer les doigts et il n’y a pas de problème avec ça. Le côté de travailler avec les oiseaux, c’est que des fois, on se fait baptiser par les excréments.

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