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Analyse

Le pénible bilinguisme des aspirants à la direction du Parti conservateur

Les conservateurs du Québec rêvaient d’un chef maîtrisant parfaitement la langue française. Le débat de cette semaine semble indiquer qu’il leur faudra encore attendre.

Les quatre candidats attendent d'entrer en scène.

De gauche à droite : Erin O’Toole, Peter MacKay, Derek Sloan et Leslyn Lewis.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Le message texte envoyé mercredi soir à un conseiller conservateur se voulait plutôt banal. Regardez-vous le débat ce soir? Sa réponse : Malheureusement, oui.

Il y a aussi le militant qui a dû expliquer à son fils que le candidat Derek Sloan ne s’exprimait pas en espagnol. Et l’employé politique qui a cessé d’écouter le débat en français à mi-chemin. C’était tellement décourageant dit-il. Tu te présentes pour être premier ministre et il y en a au moins deux sur scène qu’on ne sait pas s’ils se comprennent!

Les attentes avaient beau être plutôt basses, pour plusieurs militants conservateurs, surtout au Québec, le résultat demeure bien décourageant. Après une dernière campagne difficile, marquée par les enjeux sociaux et le français laborieux du chef Andrew Scheer, on souhaitait tourner la page et trouver un leader capable, par exemple, de donner la réplique à Yves-François Blanchet ou Justin Trudeau. À la lumière du débat de mercredi, cette cible devra visiblement être révisée. Cela fait dire à un conseiller libéral que si c’est ça leur premier trio, on n’a pas trop à s’inquiéter.

Peter Mackay surprend

Celui qui avait connu un désastreux début de campagne, entre autres à cause de son français laborieux, semble avoir entendu les critiques. Plusieurs ont été soulagés de voir le niveau de français de Peter Mackay, lance un membre du caucus conservateur.

Si la plupart des militants consultés admettent qu’on est loin du jour où il surprendra à coup de grandes envolées oratoires dans la langue de Molière, ils estiment que le potentiel est intéressant. Quand il ne lit pas ses textes, il est […] meilleur, lance un conseiller. Quand il parle de façon émotive, il est bon.

L’ex-ministre de la Justice, qui est déjà soutenu par une majorité de députés conservateurs québécois, a d’ailleurs reçu un autre appui au lendemain du débat en français, celui du député Joël Godin. S’il a reconnu, dans une entrevue au quotidien Le Devoir, que M. Mackay n’est pas bilingue, on s’entend, il affirme tout de même que son français […] [l]’a impressionné.

Peter Mackay, qui a longtemps été perçu comme le meneur de la course, sentait depuis quelques semaines que l’écart entre lui et Erin O’Toole diminuait. Sa performance de mercredi a peut-être sauvé la donne.

Deux débats peu enlevants

Les débats de candidats lors d’une course à la succession n’ont rien à voir avec le même exercice durant une campagne électorale. Les thèmes sont propres aux préoccupations des membres du parti, et les candidats s’adressent à leurs militants et non aux électeurs.

Les positions n’ont surpris personne. Derek Sloan et Leslyn Lewis défendent les valeurs de la droite sociale et religieuse. Erin O’Toole campe l’approche typiquement conservatrice d’un vrai bleu, proposant d'abolir la taxe carbone et de privatiser une portion de CBC. Peter Mackay, lui, s’installe un peu plus près du centre, à l’image peut-être du parti qu’il a dirigé au début des années 2000. Il se dit pro-choix, promet de participer aux défilés de la fierté et admet l’existence du racisme systémique. Personne ne doute de son côté progressiste, explique un membre du caucus. Le sentiment, c’est qu'[avec Peter Mackay] c’est fini les problèmes d’enjeux sociaux.

Si la joute en français a donné lieu à quelques envolées plus émotives, les candidats ont fait preuve de retenue lors du débat en anglais. Les échanges étaient plus courtois, les candidats souvent en accord sur certaines positions. Difficile de toujours s'opposer quand on vient de la même famille. D'autant plus qu’il faudra travailler ensemble après le choix du chef en août. Souvenez-vous des tensions entre Andrew Scheer et Maxime Bernier au lendemain de la dernière course à la direction qui avait finalement mené le Beauceron à claquer la porte pour former le Parti populaire du Canada.

Les perspectives électorales

Face à une course peu enlevante, les militants semblent divisés sur la capacité des conservateurs à reprendre le pouvoir aux prochaines élections. Ça ne regarde pas bien, lance un ancien député. Et c’est vraiment juste une question de chef.

D’autres estiment que l’un des deux meneurs peut permettre de reprendre du terrain en Ontario et dans les provinces atlantiques. Au Québec, les attentes semblent modestes. On souhaite conserver les acquis, au mieux faire quelques gains. Mais cela dépendra du gagnant. À la lumière des débats, certains pensent que Peter Mackay est le mieux positionné pour séduire de nouveaux électeurs.

Peter parlait aux non-conservateurs, des gens dans les grandes villes dans l’est du Canada. Erin O’Toole dit : tu peux venir chez nous, mais il faut que tu sois progun, propipeline... lance un observateur.

Encore faut-il désigner le chef avant de préparer la prochaine campagne. Plusieurs organisateurs admettent que faire voter les membres par la poste, en plein été, représentera un défi de taille. Il va presque falloir les prendre par la main, lance un stratège.

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