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15 coups de couteau en prison : le père de l’ex-caïd Benjamin Hudon-Barbeau s'inquiète

Vision extérieure du bâtiment carcéral construit avec des pierres beiges.

L'établissement pénitentiaire de Stony Mountain est la seule prison fédérale du Manitoba.

Photo : Radio-Canada

Ex-sympathisant des Hells Angels reconnu coupable au Québec de deux meurtres et de deux tentatives de meurtre, Benjamin Hudon-Barbeau, a été agressé à deux reprises en deux semaines dans la prison fédérale manitobaine de Stony Mountain où il a été transféré.  Son père se dit inquiet des conditions de sa détention de son fils, qui a dû être hospitalisé à la suite d’une attaque au couteau.

Selon Michel Barbeau, le père du détenu québécois, la décision de transférer ce dernier dans le pénitencier manitobain porte atteinte à sa sécurité.

Arrivé à Stony Mountain entre le 11 et le 12 mars, Benjamin Hudon-Barbeau a été placé dans une unité de sécurité maximale. Toutefois, il a subi une première agression à la mi-avril commise par d’autres détenus, puis une deuxième, plus grave, le 7 mai dernier.

Selon l’avocate en appel de M. Hudon-Barbeau à Montréal, Geneviève Lucas, il aurait reçu une quinzaine de coups de couteau.

La GRC confirme qu’une dispute avec d’autres détenus a eu lieu à cette date et que la victime a dû être transférée à l’hôpital. Elle ajoute qu’une enquête est en cours, mais qu'aucune accusation n’a été portée pour le moment.

Selon Michel Barbeau, son fils ne s'est pas totalement remis de cette attaque et il est déjà de retour en cellule.

[Benjamin] dit que ses plaies sont en train de s’infecter. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas là, explique-t-il.

La GRC ainsi que Service correctionnel Canada n’ont pas donné davantage de détails sur l'état de santé du détenu. La GRC reconnaît toutefois qu’il s’agissait de graves lésions et que le blessé est désormais sorti de l’hôpital.

Benjamin Hudon-Barbeau

Ex-sympathisant des Hells Angels, Benjamin Hudon-Barbeau a été condamné en 2018 à la plus longue peine consécutive jamais imposée par un tribunal québécois, soit 35 ans avant toute possibilité de remise conditionnelle.

Il est aussi l’instigateur de la spectaculaire évasion en hélicoptère de la prison de Saint-Jérôme, en 2013.

En janvier 2016, Hudon-Barbeau a plaidé coupable à des accusations de détournement d'avion, d'évasion d'une prison et d'entrée par effraction dans une maison d'habitation pour y voler et y endommager le bien d'autrui.

Dans sa décision sur la peine, le juge Marc David avait pris en considération les conditions de détention difficiles imposées à Benjamin Hudon-Barbeau en isolement, alors qu’il souffre de problèmes de santé mentale.

Mis à l'écart pour des raisons de sécurité

Selon Me Lucas, si Benjamin Hudon-Barbeau a d'abord été mis dans l’unité de soins du pénitencier, il en est sorti le 11 mai pour être transféré en unité d’intervention structurée.

[Ce sont] des unités de détention où [les prisonniers] sont seuls. Normalement, ils devraient pouvoir avoir accès à des services pendant qu’ils sont là et des sorties aussi, mais ils ne sont pas en population générale. Ils sont quand même ségrégés dans une section qui est généralement différente de la population générale, explique-t-elle.

Une forme d’isolement que dénonce Michel Barbeau. C’est sûr qu’il y a de la place pour lui dans cette prison. Il n’y a pas juste deux unités, c’est gigantesque. Il y a sûrement de la place où ils peuvent le mettre en sécurité avec d’autres détenus qui ne sont pas aussi agressifs, clame-t-il.

Portrait de Benjamin Hudon-Barbeau.

Benjamin Hudon-Barbeau a été condamné en 2018 à 35 ans de prison avant toute possibilité de rémission conditionnelle.

Photo : Fournie par la cour

Selon le dernier rapport annuel du Bureau de l'enquêteur correctionnel, les agressions entre détenus et contre le personnel des prisons sont en augmentation au Canada. Le nombre d’homicides représentait ainsi 10 % des morts dans les établissements correctionnels pour la prériode 2018-2019.

D'après la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition, un détenu peut être placé dans une unité d’intervention structurée pour trois motifs : sa présence menace la sécurité d’autrui, sa propre sécurité est en danger au sein de la population carcérale, ou encore sa présence nuit à une enquête pouvant mener à une accusation d’infraction criminelle ou d’infraction disciplinaire.

Quoi qu’il en soit, l'avocate de Benjamin Hudon-Barbeau dit n’avoir toujours reçu aucune information de l’administration quant à la raison du placement de son client dans cette unité.

Difficultés de communication et d’accès aux informations

Selon Michel Barbeau, le plus dur reste la difficulté d’obtenir des informations claires de la part de l'administration du pénitencier au sujet de la santé de son fils.

Ils ont dit que son état de santé était stable [...] mais c’est impossible de vérifier. Il n’y a pas de visite d’avocat qui peut se faire, il n’y a personne qui peut le voir vraiment. Nous, on est trop loin. On peut pas le visiter, de toute façon je pense qu’à cause de la COVID-19 il est impossible d’avoir des visites présentement, déplore-t-il.

La distance avec les membres de sa famille et son avocate, tous restés au Québec, est un problème courant des transferts hors province, selon l’avocat en droit criminel winnipégois Shimon Segal.

Il estime que les autorités carcérales ne prennent pas suffisamment en compte la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition en ce qui concerne les transferts non volontaires.

Celle-ci reconnaît en effet que le détenu doit pouvoir avoir accès à sa famille et à sa communauté, à un environnement culturel et linguistique compatible avec le sien.

[Cela peut entraîner des problèmes] dans les chances de réhabilitation et aussi des risques de récidives, affirme Shimon Segal.

La distance est également un problème en ce qui concerne le soutien juridique que peut obtenir un détenu éloigné qui est transféré hors de sa province.

Je ne peux pas faire les recours nécessaires parce qu’ils doivent être intentés au Manitoba, à Winnipeg. De plus, au Manitoba, les personnes incarcérées pour ce qui traite du domaine carcéral ne sont plus couvertes par l’aide juridique [du Québec], indique Me Geneviève Lucas.

Selon Shimon Segal, un détenu peut faire une demande de transfert volontaire afin de retourner dans sa province. Il reconnaît toutefois que ces démarches sont plus complexes lorsqu’on est loin de chez soi et de ses avocats.

Avec des informations de Geneviève Garon

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