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Montréal accepte de démanteler un corridor piétonnier, rue Rachel

Des commerçants se plaignaient de la disparition des places de stationnement.

Quelques marchands manifestent en bloquant une rue.

Des commerçants manifestaient leur mécontentement contre l'imposition de corridors sécuritaires inutilisés, vendredi matin, à l'intersection des rues Rachel Est et Joliette, dans Rosemont.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Wagner

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'administration Plante cède à la pression des marchands rosemontois qui réclamaient la reconfiguration d'une voie active sécuritaire (VAS) dans leur quartier.

La Ville de Montréal a confirmé à Radio-Canada vendredi le démantèlement du corridor sanitaire piéton situé du côté sud de la rue Rachel, majoritairement situé dans l'arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie.

Le comité exécutif soutient que cette VAS, qui avait été mise en place pour permettre une meilleure distanciation physique pendant la pandémie de COVID-19, n'est pas aussi utilisée que prévu. L'aménagement reviendra donc à la normale et des places de stationnement seront à nouveau disponibles au cours de la semaine prochaine.

La piste cyclable située du côté nord de la rue, qui est passée de deux à quatre voies dans les dernières semaines, sera toutefois maintenue. La Ville fait valoir que celle-ci est fortement utilisée, avec plus de 4000 passages par jour.

Cette décision fait suite à de nombreuses critiques concernant les VAS créées par la Ville au cours des dernières semaines. Plusieurs commerçants estiment qu'elles nuisent à leurs affaires.

Certains d'entre eux, qui avaient organisé une première manifestation le 10 juin dernier, se sont d'ailleurs mobilisés à nouveau, vendredi matin, à l'intersection des rues Rachel Est et Joliette, dans Rosemont. Ils ont souligné que les piétons, peu nombreux, avaient tendance à marcher sur le trottoir plutôt que d'utiliser le corridor sanitaire mis à leur disposition.

L'administration Plante rappelle pour sa part que les VAS sont une réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle dans le cadre de la pandémie, afin de favoriser la distanciation sociale lors des déplacements. Cette approche nous amène à faire des ajustements constants, ce que nous faisons, a-t-elle fait valoir, vendredi.

Intervenir aux bons endroits

Le débat se poursuit néanmoins concernant la piétonnisation de nombreuses artères, dont l'avenue du Mont-Royal, interdite aux voitures et aux camions depuis quelques jours.

En entrevue à l'émission Le 15-18, sur ICI Première, l'urbaniste Gérard Beaudet, qui est professeur titulaire à la Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal, a expliqué pourquoi, selon lui, il s'agit d'une mauvaise idée.

M. Beaudet estime que le corridor piétonnier de l'avenue du Mont-Royal est trop long pour conserver un bon dynamisme.

On sait que la rue commerciale en elle-même attire relativement peu, explique-t-il. En fait, ce qui attire, c’est une rue commerciale qui est associée à d’autres éléments attractifs.

Or, la pandémie a vidé la ville de ses attractions. Même les bars, qui sont habituellement parmi ceux qui profitent le plus de la piétonnisation d'une rue, attendent toujours l'aval de Québec pour reprendre leurs activités.

« Je pense qu’on aurait dû opter pour une cohabitation avec l’automobile, avec des contraintes passablement sévères pour que Mont-Royal ne devienne pas un corridor de transit. »

— Une citation de  Gérard Beaudet, professeur titulaire à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal

L'auteur Michel Tremblay, à qui l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal doit en grande partie sa renommée, est du même avis. Ce qu'il y voit en déambulant sur sa grande avenue commerciale ne lui inspire rien de bien positif, a-t-il confié, vendredi, à Tout un matin.

Je suis allé me promener comme beaucoup de gens hier et je suis complètement dévasté, a raconté le dramaturge à l'animateur Patrick Masbourian.

C'est bien évident que ce n'est pas terminé, que les terrasses ne sont pas toutes faites, a-t-il concédé. Mais l'utilisation à perte de vue de poteaux orange et blancs donne, selon lui, un résultat d'une laideur incommensurable.

Et il n'y avait personne, a déploré Michel Tremblay. À l'heure où j'y étais, il n'y avait personne dans la rue.

Des kilomètres d'artères sécurisées

Le plan de déplacements estival présenté par l'administration Plante le mois dernier prévoit la création cet été de 327 kilomètres de nouvelles voies piétonnes et cyclables. Mais cette initiative ne fait pas l'unanimité.

Au cours des dernières semaines, la Ville a notamment reculé sur la piétonnisation du boulevard Saint-Laurent à la hauteur de la Petite-Italie, encore une fois en raison de l'opposition des commerçants, qui s'inquiétaient de la disparition des places de stationnement.

Ensemble Montréal, qui forme l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville, a également réclamé des consultations, exigeant en outre que toutes ces nouvelles voies soient retirées dès septembre.

L'ombudsman de la Ville de Montréal, enfin, a annoncé l'ouverture d'une enquête sur la mise en place de ces nouvelles voies cyclables et piétonnes, après avoir reçu plusieurs plaintes de citoyens, notamment en ce qui a trait aux réaménagements de l’avenue Christophe-Colomb ainsi que des rues Beaubien, Bellechasse, Saint-Zotique et Rachel.

Dans un entretien paru mercredi dans le quotidien français Le Monde, la mairesse Plante disait pourtant n'avoir reçu aucune plainte à ce sujet.

« Il y a encore quelques semaines, mon plan de piétonnisation et de pistes cyclables, qui équivaut à supprimer des centaines et des centaines de places de stationnement, aurait provoqué un tollé! Or, pour l’instant, je n’ai reçu aucune plainte. Je ne me fais pas d’illusions, ça va venir [rires], mais je suis convaincue que, dans les périodes de crise, on trouve l’occasion de faire des changements "chocs" qui remportent l’adhésion de la population. »

— Une citation de  Valérie Plante, mairesse de Montréal

Selon Valérie Plante, la crise actuelle représente une formidable opportunité de montrer aux Montréalais ce que ça veut dire de laisser plus d’espace aux cyclistes et aux piétons, de se réapproprier la rue.

C’est comme une vitrine pour montrer ce qu’il est possible de mettre en œuvre pour que la ville soit plus solidaire et plus écologique, a-t-elle confié au journal Le Monde.

Avec la collaboration de Benoit Chapdelaine

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