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Un programme virtuel contre les dépendances destiné aux peuples autochtones

Un tipi est dressé devant le centre de traitement.

Le Centre Wanaki est situé sur la réserve de Kitigan Zibi, en Outaouais, en territoire Anishinabe.

Photo : Radio-Canada / Patrick Louiseize

En raison de la COVID-19, le Centre Wanaki, situé dans la réserve de Kitigan Zibi, a dû interrompre ses séjours de rétablissement des dépendances à l’alcool et aux drogues. Il se tourne maintenant vers un programme virtuel pour continuer d’aider des personnes autochtones d’un peu partout au Québec et du Nunavut.

Elisabeth Papatie est sobre depuis neuf mois. Ce succès, la femme algonquine de 48 ans l’attribue en partie à son passage au Centre Wanaki. Du début novembre au début décembre dernier, elle a fait partie d’un groupe de 12 hommes et femmes suivant quatre semaines de thérapie. Il s’agit d’un programme conçu entièrement par et pour des Autochtones, axé sur le partage, la culture et la spiritualité.

J’avais oublié qui j’étais. À travers de ça, j’ai eu la consommation. J’avais des choses à régler dans ma vie personnelle. Aujourd’hui, je suis mieux dans ma peau, avec ma famille, mon conjoint, témoigne celle qui a quitté pendant un mois sa communauté de Lac-Simon, en Abitibi-Témiscamingue, pour séjourner en Outaouais.

Le Centre Wanaki est l’un des cinq établissements au Québec dédiés au traitement de la consommation problématique de substances pour les adultes des Premières Nations et Inuits, financés par le gouvernement fédéral. C’est le seul à offrir des services en français et en anglais. Il reçoit des pensionnaires d’aussi loin que la Côte-Nord et le Nunavut.

Comme les intervenants sont tous Algonquins, on a une bonne compréhension de la réalité des communautés. Quand les gens partagent leur vécu, on peut rapidement comprendre ce qui se passe, explique le coordonnateur clinique du Centre, Gilbert Whiteduck.

Gilbert Whiteduck pose devant le Centre Wanaki.

Gilbert Whiteduck est coordonnateur clinique au Centre Wanaki, sur la réserve Kitigan Zibi de la nation Anishinabe.

Photo : Radio-Canada / Patrick Louiseize

Selon M. Whiteduck, le problème de consommation prend souvent son origine dans une peine que la personne porte. Par exemple, ça peut être à cause du racisme, des pensionnats, de la Loi sur les Indiens, indique-t-il.

Malheureusement, ceux qui auraient aujourd’hui besoin du soutien du Centre devront prendre leur mal en patience. À la mi-mars, un cycle a été interrompu à la troisième semaine en raison de la pandémie. Tous les participants sont retournés chez eux. À ce jour, l’établissement demeure fermé.

Les besoins, eux, ne diminuent pas. Avant l’arrivée de la COVID-19, le Centre Wanaki avait déjà une liste d’attente d’une quarantaine de personnes. Or, selon le conseiller en toxicomanie du Centre de santé de Lac-Simon, Raymond Brazeau, l’isolement provoqué par la pandémie a aggravé des problèmes de consommation dans la communauté. Il a hâte de pouvoir recommencer à diriger des patients au Centre Wanaki. Tout ce qu’on peut faire, c’est attendre, mais je vois que les gens commencent à perdre patience, témoigne M. Brazeau.

Se retrousser les manches

L’équipe du Centre Wanaki n’allait toutefois pas abandonner sa clientèle. On s’est demandé ce qu’on pouvait offrir en attendant. On a mis en place des séances de partage en ligne, deux fois par semaine. Là, on travaille sur un programme en ligne d’une période de trois semaines, pour lequel les participants vont se connecter tous les jours, rapporte Maude Paul St-Jacques, conseillère au Centre Wanaki.

L'intervenante sourit à la caméra.

Maude Paul St-Jacques est conseillère au Centre Wanaki.

Photo : Radio-Canada / Patrick Louiseize

Les responsables du programme prévoient envoyer à tous les participants une tablette électronique contenant la documentation nécessaire. Pour ceux qui n’auraient pas déjà une connexion adéquate à Internet, celle-ci doit être fournie par le biais d’une entente spéciale entre le Centre et un câblodistributeur. Et ce programme virtuel pourrait éventuellement rester en place même après la pandémie, juge Gilbert Whiteduck, afin de rejoindre les personnes plus difficilement mobiles, comme les mères de jeunes enfants.

Par ailleurs, le moment serait stratégique, selon les gestionnaires du Centre, pour débuter le projet d’agrandissement qu’ils mijotent depuis un bon moment déjà. Ils attendent des nouvelles du ministère des Affaires autochtones afin d’obtenir un financement de 3 à 4 millions de dollars pour augmenter leur capacité d’accueil à 16 personnes et offrir des chambres individuelles aux résidents temporaires.

Le député fédéral du Pontiac, Will Amos, soutient le projet, le qualifiant d'importantet de porteur. L’abus d’alcool et de drogues est symptomatique des problèmes d’une société avec de la discrimination systémique. On doit prendre ces enjeux au sérieux et investir pour y remédier, plaide-t-il.

La porte-parole de Services aux Autochtones Canada (SAC), de son côté, confirme l'octroi, dans un premier temps, de 990 000 $ au Centre Wanaki pour des travaux de rénovation, des études environnementales et la réalisation de plans et devis, ainsi que pour le remplacement d’une génératrice plus puissante en prévision de l’agrandissement et pour les études de branchement. Selon M. Whiteduck, ces plans et devis devraient être terminés en août. SAC dit être en discussion active avec le Centre Wanaki pour ce qui est du financement devant permettre la poursuite du projet.

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Ottawa-Gatineau

Autochtones