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La Colombie-Britannique pourrait-elle changer de nom?

L'ombre d'un autochtone portant une coiffure traditionnelle est photographié lors d’une conférence de presse concernant la décision de la Cour d’appel fédérale de rejeter un appel de plusieurs Premières Nations contre l’expansion du pipeline Trans Moutain à Vancouver, en Colombie-Britannique, le mardi 4 février 2020.

Les mots « Colombie » et « Britannique » évoquent chez les Premières Nations des événements qui sont lourds de sens, expliquent les historiens.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Des statues déboulonnées aux drapeaux de la confédération retirés, les symboles de la période coloniale tombent en Amérique du Nord et en Europe, où l’éveil d’une génération force la prise d’actions et la tenue de réflexions sociétales liées aux relations interraciales passées et actuelles, au Canada comme ailleurs.

Dans ce contexte iconoclaste, la Colombie-Britannique pourrait-elle être renommée?

Déconstruire un nom « lourd de sens » pour les Autochtones

Le nom Colombie-Britannique ne reconnaît pas les peuples autochtones qui vivaient ici avant l'arrivée des Européens, honore implicitement les colonisateurs racistes de l'Angleterre et glorifie explicitement Christophe Colomb, établit d’entrée de jeu le professeur et auteur Crawford Kilian dans un billet d’opinion publié à la mi-juin dans le journal The Tyee.

Ce manque de reconnaissance est navrant pour les autochtones dont les ancêtres se sont établis sur le territoire il y a des siècles. La famille du chef héréditaire Wet’suwet’en Smogelgem n'a d'ailleurs jamais prononcé les mots Colombie et Britannique lorsque celui-ci était enfant.

« Ma famille disait toujours, voici ton territoire. C’est ainsi que j’ai été élevé et j’ai eu beaucoup de mal à l’école, à écouter l’histoire du Canada, de la Colombie-Britannique. »

— Une citation de  Smogelgem, chef héréditaire Wet’suwet’en
Une manifestante autochtone est allongée au sol, entourée de policiers dont on ne voit que les bottes.

Le Canada a fait face à l'une des plus importantes crises politiques impliquant des membres des Premières Nations au début de l'année 2020, lorsque des manifestants ont bloqué des chemins de fer et des routes en soutien aux chefs héréditaires Wet'suwet'en opposés à la construction d'un gazoduc sur leur terre ancestrale.

Photo : Radio-Canada / Rafferty Baker

Dans le nom, il y a pour les Premières Nations une signification qui est assez lourde de sens, reconnaît le professeur d'histoire au Cégep de Trois-Rivières, Francis Langlois.

Avec l’arrivée de Christophe Colomb commence cette conquête de l’Amérique, qui va se faire à la fois de façon militaire [et] culturelle [mais] aussi grâce à un choc microbien qui est gigantesque, raconte-t-il. Le mot Colombie, pour les autochtones, vient rappeler cet événement malheureux.

Puis, dès le début de la colonisation, l’Empire britannique a pour objectif, un peu non avoué, de déposséder les Premières Nations de leurs terres et de les remplacer par des colons, poursuit le professeur.

Pour Smogelgem, le fait que la dénomination ait été ordonnée par la reine Victoria, qui n'a aucun lien avec la terre, ajoute l'insulte à l'injure. Il n'y a pas eu de consentement [des peuples autochtones] dans ce processus, rappelle-t-il.

«La réconciliation est morte» lit-on sur un drapeau canadien, porté par un manifestant devant l'Assemblée législative de la C.-B.

En février 2020, des manifestants scandaient «la réconciliation est morte» devant l'Assemblée législative de la Colombie-Britannique en soutient aux Wet'suwet'en. La province, Ottawa et les chefs héréditaires ont depuis conclu une entente de principe.

Photo : Radio-Canada / Mike McArthur

La province du Territoire traditionnel autochtone

Les appels au changement du nom de la province la plus à l’ouest du pays ne datent pas d’hier. En 2016, au moment de présenter son exposition Unceded territories au Musée de l'anthropologie de Vancouver, Lawrence Paul Yuxweluptun fait grand bruit en appelant à la révocation du nom de la Colombie-Britannique.

L’artiste autochtone propose de la renommer pour ce qu’elle est en réalité : « Territoire traditionnel autochtone » ou encore, « Territoire de la côte Nord-Ouest ».

L’idée n’est donc pas nouvelle, certes, mais nous sommes dans une période inhabituelle, où les institutions sociales semblent très fragiles, observe M. Kilian. Ainsi, l'auteur croit que s'il y a un moment pour le faire, c'est maintenant.

« Changer le nom est une des grandes étapes qui doit se produire, et je n'ai jamais imaginé que cela arriverait de mon vivant, mais cela se produit maintenant. »

— Une citation de  Smogelgem, chef héréditaire Wet’suwet’en
Des manifestants autochtones jouent du tambour à Victoria.

Le chef héréditaire Smogelgem est encouragé de voir que des personnes non autochtones participent aux manifestations en soutien à la cause des Wet'suwet'en.

Photo : Radio-Canada / Mike McArthur

« Quelque chose est en train de bouger »

Les événements des dernières semaines, tout comme les manifestations survenues en début d’année en soutien à la cause des Wet’suwet’en opposés à la construction d’un gazoduc sur leurs terres ancestrales, apportent un espoir inouï à Smogelgem.

Nous sommes à une époque où la planète entière lutte contre le racisme systémique et combat un système qui a une histoire de violence contre les personnes de couleur, en particulier les Noirs et les Autochtones, souligne-t-il.

« Maintenant, on voit des non-autochtones se tenir debout avec les Autochtones lorsqu'on lutte. Parce qu'ils savent ce que la justice signifie pour eux. »

— Une citation de  Smogelgem, chef héréditaire Wet’suwet’en

Le professeur Francis Langlois croit aussi qu'on assiste à un tournant historique. C’est clair qu’il y a un changement qui est en train de se faire. On est dans un momentum, à tout le moins d’un point de vue symbolique, dit-il.

Un totem de profil avec en arrière-plan de la forêt et une raffinerie de pétrole.

La nation Wet'suwet'en, comme la plupart des Premières Nations de la Colombie-Britannique, n'a jamais cédé ses terres à la Couronne par traité.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Sortir du symbolisme

Francis Langlois ne croit toutefois pas que détruire de façon systématique soit une solution. Il vaut peut-être mieux recontextualiser, avance-t-il.

Ce qui est important, c'est qu'une fois qu’on aura réintégré [ces symboles] dans un dialogue, il faudra mettre en place des politiques et poser des gestes qui seront conséquents, pas seulement rester dans le symbolisme, affirme le professeur.

Le ministre provincial des Relations autochtones et de la Réconciliation, Scott Fraser, n'était pas disposé à commenter la question du changement possible de nom de la Colombie-Britannique.

L'espoir reste tout de même bien vivant chez ceux qui attendent ce renouvellement d'identité. Reste à voir si la majorité est prête à s'allier avec les Canadiens autochtones, noirs et asiatiques sur le plan de l'égalité, dit Crawford Kilian.

Si c'est le cas, alors presque tout est possible.

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