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Les bloquistes refusent de siéger à la Chambre en présence de Jagmeet Singh

Le boycott ne se ferait que pendant les temps de parole du chef du Nouveau Parti démocratique.

M. Singh, gesticulant de la main, à l'intérieur de la Chambre.

Le chef du NPD Jagmeet Singh lors de son intervention à la Chambre des communes.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

La Presse canadienne

Les députés bloquistes n’ont pas réussi à empêcher Jagmeet Singh de prendre la parole aux Communes, jeudi, au lendemain de l'insulte lancée par le chef néo-démocrate à un député bloquiste. Ils ont donc décidé de quitter les lieux et de ne pas y être chaque fois que M. Singh y parlera.

Dès que le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) s'est levé pour poser une question, comme il est d'usage de le faire quatre jours par semaine, en comité plénier pour parler de la COVID-19, la whip en chef du Bloc québécois Claude DeBellefeuille a bondi pour faire un appel au règlement.

Il a insulté le député de La Prairie, Alain Therrien, et le Bloc québécois; [il] l'a traité à quatre reprises de "raciste",a rappelé la députée.

Il a aussi contesté votre autorité quand vous lui avez demandé de s'excuser, il a refusé. Vous l'avez expulsé de la Chambre. Je vous redemande à nouveau, M. le Président, de ne pas le reconnaître aujourd'hui, a-t-elle plaidé à l'arbitre des Communes.

Le président Anthony Rota a alors invoqué les règles parlementaires précises pour expliquer pourquoi M. Singh pouvait être dans le même décor que la veille et prendre la parole.

M. Singh a été expulsé pendant une séance normale de la Chambre mercredi. Jeudi, on était en comité plénier.

J'ai passé un règlement à la Chambre, a répondu le président Anthony Rota à Mme DeBellefeuille, lui promettant une réponse à une lettre qu'elle lui a fait parvenir jeudi.

Je vais prendre le temps d'y réfléchir et avoir une réponse [...] avant la prochaine session [de la Chambre]. Pour aujourd'hui, dans le comité, nous allons continuer comme normal. Alors, je reconnais M. Singh.

Anthony Rota, président de la Chambre des communes

La Chambre est à nouveau convoquée le 8 juillet prochain pour une seule journée, puis trois autres fois cet été. Cela n'a évidemment pas convenu à la whip bloquiste.

Si on permet à un député, à un chef de parti, d'insulter un autre député, qu'est-ce qui va nous arriver tous ici? Vous avez le droit d'insulter un collègue et vous avez une journée d'expulsion seulement. Ça ne fait pas sérieux, M. le Président.

Claude DeBellefeuille

Le président ayant tranché, M. Singh a pu enchaîner en posant des questions au premier ministre sur ses intentions de s'attaquer concrètement au racisme systémique. Les trois députés bloquistes sur place, eux, se sont alors levés et sont sortis.

Tant et aussi longtemps que le chef du NPD ne s'excusera pas, les députées et députés du Bloc québécois ne siégeront pas en présence de Jagmeet Singh, a écrit une porte-parole de la formation politique pour expliquer le geste, en spécifiant que le boycott ne se ferait que pendant les temps de parole de M. Singh.

Le matin, le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, avait indiqué qu'il ne passerait pas l'éponge tant que M. Singh ne présentait pas d'excuses.

M. Blanchet, lors de son point de presse.

Yves-François Blanchet affirme que les médias sociaux des bloquistes sont assaillis par des accusations de racisme.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Pas d'excuses du NPD

Chez les néo-démocrates, on estime que la punition imposée par le président de la Chambre, l'expulsion de M. Singh, est terminée.

M. Singh ne s'excusera pas. Le président a dit que c'était pour la journée hier. Ce qu'on comprend, c'est qu'il a droit à la Chambre aujourd'hui et il sera là, a écrit, dans un courriel, Mélanie Richer, porte-parole du bureau du chef néo-démocrate.

M. Singh a traité de raciste le député Alain Therrien, leader parlementaire bloquiste, parce que le Bloc a refusé l'unanimité de la Chambre pour l'adoption d'une motion qui affirme qu'il y a du racisme systémique à la GRC.

Le Bloc a expliqué que comme il venait d'appuyer une demande néo-démocrate d'une étude, en comité parlementaire, du racisme systémique dans les corps de police, y compris la GRC, la motion était prématurée.

Selon M. Blanchet, depuis mercredi après-midi, les médias sociaux de sa formation politique sont assaillis par des accusations de racisme.

On est écœurés de se faire traiter de racistes n’importe quand et pour n’importe quoi.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

C'est déplorable pour tous les élus et pour tous les gens qui travaillent au Bloc québécois. On se fait tous traiter de racistes en même temps, en tas, a-t-il rapporté, lors d'un point de presse jeudi matin.

Le Bloc québécois a refusé de dire s'il contemplait la possibilité de recours légaux, M. Singh ayant répété l'insulte hors de la Chambre, mercredi en fin de journée, sans la protection du privilège parlementaire.

J'ai un immense malaise avec cette histoire-là. J'ai un immense malaise avec l'idée que ça s'étire et que ça perdure. [...] J'aimerais ça que ça finisse.

Yves-François Blanchet

Au parti, on indique qu'Alain Therrien « réfléchit à ses diverses options » et que la décision d'aller plus loin ou pas sera la sienne.

Réaction de Justin Trudeau

Ce n'est pas à moi de dire à un Canadien racialisé qu'il ne devrait pas rendre les autres mal à l'aise par ses propos quand ça vient à une question de racisme et de discrimination, a répondu le premier ministre Justin Trudeau lorsqu'on lui a demandé son avis sur l'incident.

M. Trudeau n'a pas raté l'occasion, toutefois, à son point de presse de fin d'avant-midi, jeudi, de reprocher au Bloc québécois de refuser de reconnaître l'existence du racisme systémique au Canada.

Quelques heures plus tôt, M. Blanchet avait pourtant corrigé une fois de plus cette perception. Je crois à la notion de racisme systémique, avait répété le chef bloquiste.

Pour ce qui est du premier ministre du Québec qui, lui, a dit publiquement qu'il ne croit pas qu'il y ait du racisme systémique au Québec, M. Trudeau a dit ce qu'il en pensait, sans nommer François Legault.

Je pense que la première étape, c'est de reconnaître qu'il y a un problème pour pouvoir l'adresser. J'espère que le Bloc et d'autres organismes et paliers de gouvernement vont reconnaître que le racisme systémique existe, pour pouvoir mieux le contrer, a-t-il dit.

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