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Ni accusation ni arrestation un an après la fuite de données chez Desjardins

Le premier anniversaire de ce crime qui a fait 4,7 millions de victimes aura lieu samedi.

Guy Cormier quittant la conférence de presse de jeudi.

Le vol de données personnelles chez Desjardins n'a pour l'instant mené à aucune arrestation ni accusation. Le grand patron Guy Cormier refuse d'accorder des entrevues sur le sujet à l'aube du premier anniversaire du crime.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L'institution financière avait déclaré qu'un des employés était suspecté d'avoir volé les données. La police l'avait arrêté, interrogé puis relâché. Depuis, aucune accusation criminelle n'a été portée dans cette histoire qui a ébranlé le Québec.

Je suis indigné. Je trouve ça totalement inacceptable. Ces paroles ont été prononcées le 20 juin 2019 par Guy Cormier, président du Mouvement Desjardins, qui s'adressait alors à la presse pour expliquer qu'un de ses employés avait volé les données personnelles de 2,7 millions de membres particuliers et de 173 000 membres entreprises.

Quelques mois plus tard, l'institution financière a été prévenue par la Sûreté du Québec (SQ) que c'était plutôt l'ensemble des 4,2 millions de membres de Desjardins qui avaient été touchés.

Où en est l'enquête policière? La SQ se contente de dire qu'elle est toujours en cours. Impossible de savoir ce qui s'est passé depuis septembre dernier, lorsque le corps policier a indiqué avoir interrogé 17 personnes d'intérêt, rencontré 91 témoins et effectué des perquisitions dans quatre résidences et deux commerces pour saisir du matériel informatique, entre autres.

Difficile aussi de savoir où en est l'enquête du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, lancée en juillet dernier. Cette enquête est toujours en cours, indique laconiquement le porte-parole Vito Pilieci. Nous ne sommes pas en mesure de vous offrir plus de détails ou une entrevue à ce moment-ci.

L'enquête de la Commission d'accès à l'information du Québec n'est pas terminée non plus. Tout ce que je peux vous dire, c'est que ça suit son cours, dit la porte-parole Isabelle Gosselin. Ce n'est pas une enquête simple. Il n'y a pas de délai déterminé sur le processus.

Extrêmement frustrant

Ce silence exaspère Maxime Bégin, un des 4,7 millions de clients de Desjardins qui a vu ses données personnelles être dérobées il y a un an. M. Bégin a aussi, par la suite, été victime d'un vol d'identité. Difficile, toutefois, d'affirmer avec certitude que les deux actes sont liés. Radio-Canada avait recueilli son témoignage en juillet dernier.

Je trouve ça extrêmement frustrant, parce que ça a beau être un vol virtuel, ça reste du vol. On a l'impression qu'il n'y a pas de conséquences.

Maxime Bégin
Maxime Bégin en entrevue dans sa cuisine.

Maxime Bégin s'explique mal comment une tierce personne a pu détourner son courrier sans que Postes Canada l'avertisse.

Photo : Radio-Canada

Il doit, de son côté, toujours vivre avec les conséquences du vol de son identité.

Je suis beaucoup plus méfiant face aux courriels que je reçois, aux téléphones, au courrier. Tout. J'ai toujours besoin de vérifier qu'il n'y a pas anguille sous roche. J'ai beaucoup de difficultés à faire confiance. Et il y a des endroits où il y encore du stress. Par exemple, la première fois où j'ai passé les douanes après la fraude, j'avais peur. Je ne savais pas si quelqu'un s'était fait faire un passeport à mon nom. Si j'allais avoir des problèmes avec les douaniers. Mais ça, c'est toujours dans le derrière de la tête et on ne sait jamais, parce que ça arrive par surprise.

Il affirme que les tentatives de fraude liées à son vol d'identité sont moins fréquentes depuis que les agences Equifax et TransUnion ont inscrit des alertes à son dossier de crédit.

Chaque fois qu'une demande de crédit est faite à mon nom, on m'appelle avant que cette demande puisse être acceptée. C'est moi qui dois donner l'approbation. Donc, ça donne un sentiment de sécurité, explique-t-il.

Réunion d'urgence sans suite

Aucun rapport ni aucune recommandation n'ont émané de la réunion d'urgence convoquée en juillet dernier à Ottawa par le Comité permanent de la sécurité publique et nationale au sujet de la fuite de données chez Desjardins.

Treize témoins, dont le grand patron Guy Cormier, ont répondu à l'invitation du comité. Cette rencontre avait été réclamée par le Parti conservateur peu de temps après l'annonce du vol de données.

Le déclenchement de l'élection fédérale l'automne dernier et la dissolution du Parlement ont toutefois mis fin aux travaux de tous les comités.

Québec s'est aussi penché sur la fuite de données lors d'une rencontre de la Commission des finances publiques de l'Assemblée nationale, le 21 novembre dernier. Guy Cormier était présent. La commission a publié un document dans lequel elle recommande de pousser plus loin la réflexion.

Un projet de loi a été déposé en décembre dernier pour mieux encadrer les agences d'évaluation du crédit comme Equifax et TransUnion. Il est toujours à l'étude.

Le gouvernement Legault a par ailleurs annoncé cette semaine qu'il s'apprêtait à doter chaque citoyen d'une clé numérique pour accéder à tous les services de l'État et même à des services privés.

Courtiers dans la mire

L'Organisme d'autoréglementation du courtage immobilier du Québec a pour sa part sévi contre un de ses membres qui a reconnu sa culpabilité d'avoir acheté des données personnelles. Le courtier en question a dit qu'il ne savait pas d'où venaient les données. Elles venaient de chez Desjardins.

Le Tribunal administratif des marchés financiers entendra la cause d'un autre courtier à la fin du mois qui aurait admis à des enquêteurs de l'Autorité des marchés financiers et de la Chambre de la sécurité financière avoir payé 40 000 $ pour acheter des listes d'informations personnelles de clients de Desjardins.

Guy Cormier refuse de nous accorder une entrevue sur la fuite de données. L'enquête est toujours en cours. Nous n'avons pas de nouveaux développements, écrit la porte-parole de l'institution financière, Chantal Corbeil. Depuis plusieurs années, Desjardins, comme le reste des institutions financières, augmente ses investissements significativement en sécurité de l'information (plus de 100 millions cette année contre 70 l'an dernier). Nous allons continuer de le faire.

Elle ajoute que l'institution financière ne révèle pas le nombre de réclamations ni de demandes traitées en lien avec sa protection contre le vol d'identité.

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