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Facebook permettra de bloquer les publicités politiques

Cette décision survient à quelques mois de l'élection présidentielle américaine.

Mark Zuckerberg de profil devant un écran affichant une icône de cadenas.

Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, défend la décision de son entreprise de ne pas censurer de publicités politiques, même si elles sont mensongères.

Photo : Reuters / Stephen Lam

Agence France-Presse

Facebook donnera bientôt à ses utilisateurs et utilisatrices la possibilité de désactiver toutes les publicités politiques de leur fil, dans l'espoir d'apaiser le débat houleux sur son approche souvent considérée trop laxiste en matière de modération des propos des personnalités politiques.

L'option sera déployée mercredi aux États-Unis, à cinq mois de l'élection présidentielle. Elle sera étendue à d'autres pays sur le réseau social le plus populaire au monde ainsi que sur l'application Instagram.

Elle permettra de bloquer toutes les publicités payées par des candidats et candidates ou par des groupes politiques.

Différentes approches

Facebook, Twitter et YouTube sont engagés dans une lutte par moments schizophrène contre la désinformation, puisqu'ils doivent en même temps assurer la liberté d'expression et rester ouverts aux débats politiques.

Après la débâcle de 2016, une année électorale américaine marquée par de vastes opérations de manipulation de l’électorat à l’aide des réseaux sociaux, les plateformes ont pris des mesures, comme mettre en place des programmes de vérification des faits.

Cet automne, Twitter a tout simplement interdit les publicités à caractère politique. Il se permet aussi désormais d'intervenir en cas d'infraction à ses règles, même s'il s'agit de sanctionner des chefs d'État comme Jair Bolsonaro ou Donald Trump.

Facebook, de son côté, autorise ce type d'annonces et refuse de soumettre les propos des personnalités politiques à la vérification de faits. Leurs messages restent toutefois soumis aux règles générales contre le terrorisme, l'apologie de la violence ou encore les fausses informations pratiques sur les scrutins.

Donald Trump et Joe Biden côte à côte.

La prochaine élection présidentielle américaine se tiendra en novembre.

Photo : Montage – Saul Loeb/AFP et Tom Brenner/Getty Images

La position de Facebook suscite la colère de certaines personnes, dont le candidat démocrate à la Maison-Blanche, Joe Biden, qui accuse le président américain de désinformation rampante.

Tout le monde veut que les politiciennes et politiciens soient tenus responsables de leurs paroles, et je sais que beaucoup de gens voudraient que nous modérions et enlevions plus de leurs contenus, a admis Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, dans une lettre ouverte publiée dans le quotidien USA Today.

Mais nous ne pouvons leur demander des comptes que si nous voyons ce que ces gens disent, même si nous détestons viscéralement ce qu'ils ont à dire, a-t-il continué, selon son argument habituel de l'intérêt du public à s'informer.

Des spécialistes peu impressionnés

La nouvelle option n'a pas suscité l'enthousiasme de tout le monde.

Adam Chiara, un spécialiste des réseaux sociaux et de la politique, y voit essentiellement une opération de relations publiques qui ne fait rien pour aider à débarrasser la plateforme des propos toxiques.

Je serais curieux de savoir combien de personnes vont activer l'option, note ce professeur à l'Université de Hartford.

Beaucoup de gens ne changent même pas leurs paramètres de protection de la vie privée par défaut, alors combien vont prendre la peine de faire ça?

L’écran d’un téléphone cellulaire affiche l'application de Facebook.

Facebook a plus de 2,6 milliards d'utilisatrices et d'utilisateurs actifs.

Photo : Associated Press / Amr Alfiky

Facebook délocalise la modération des contenus à ses utilisateurs et utilisatrices, selon Shannon McGregor, professeure de communication politique à l'Université de Caroline du Nord.

Cette option risque en outre de renforcer l'avantage des candidates et des candidats sortants, a-t-elle ajouté, car certaines publicités permettent à des personnes moins couvertes par les médias de se faire connaître de l’électorat.

En fin de compte, je pense que la meilleure façon de leur faire rendre des comptes, c'est par le vote, a rappelé Mark Zuckerberg dans sa lettre ouverte.

M. Zuckerberg a d’ailleurs fixé à Facebook l'objectif de contribuer à l'inscription de quatre millions d’Américains et d’Américaines supplémentaires sur les listes électorales pour la présidentielle de novembre et lancé la plus grande campagne d'information électorale de l'histoire des États-Unis.

Facebook a la responsabilité non seulement d'empêcher que l'on prive les gens du droit de vote – un problème qui touche de façon disproportionnée les personnes de couleur –, mais aussi de soutenir activement l'inscription et la mobilisation des électrices et électeurs bien informés, a-t-il ajouté.

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