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Le CHUM révolutionne le traitement des malformations artérioveineuses

En évitant une intervention chirurgicale, le traitement diminue le risque d'AVC de presque 70 %.

Le cerveau humain

Les malformations artérioveineuses touchent environ un Québécois sur 100 000.

Photo : iStock

La Presse canadienne

Une étude pilotée depuis des années par un neurologue vasculaire du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) vient complètement révolutionner le traitement d'une malformation rare, mais potentiellement catastrophique, des vaisseaux sanguins du cerveau.

Les malformations artérioveineuses - une anomalie congénitale - touchent environ un Québécois sur 100 000. En comparaison, entre 1 % et 2 % de la population serait porteuse d'un anévrisme au niveau du cerveau sans le savoir.

Ces malformations sont souvent asymptomatiques, mais quand ça donne des symptômes, le pire qui peut arriver, c'est un AVC, a expliqué en primeur à La Presse canadienne le Dr Christian Stapf.

La malformation peut éclater et donner un AVC hémorragique. Et c'est évidemment ce qu'on a envie d'éviter.

Christian Stapf

Le problème est souvent découvert chez des gens de 30 ou 40 ans, des pères et des mères de famille qui menaient jusqu'alors des vies bien tranquilles.

Le Dr Christian Stapf.

Le Dr Christian Stapf

Photo : CHUM

Les malformations artérioveineuses sont habituellement traitées en chirurgie, en neuroradiologie et en radiothérapie, et c'est ce que le Dr Stapf et ses collègues ont décidé d'étudier.

On se pose la question : quand on trouve (la malformation), est-ce qu'il faut l'enlever pour éviter l'AVC? Ou est-ce qu'on peut vivre avec? Qu'est-ce qui est le plus risqué, l'intervention ou le fait de porter une malformation dans la tête? C'est dans le cerveau, donc il y a un enjeu. Quand le docteur ne travaille pas bien...

Christian Stapf

Arrêt à mi-chemin

Ce n'est pas la première fois que le Dr Stapf s'intéresse aux malformations artérioveineuses. Des recherches précédentes l'avaient porté à conclure qu'une malformation qui n'a jamais saigné ne présentait pas un très grand risque pour le patient.

Quand une malformation n'a jamais produit d'AVC, le risque d'AVC est plutôt faible, ce qui est une bonne nouvelle, a-t-il expliqué.

Une malformation qui a déjà éclaté une fois, si on ne la traite pas, elle risque de reproduire la même chose beaucoup plus probablement. Donc, quand le risque est faible, est-ce qu'on doit l'enlever ou non? Et c'est ça le sens de cette étude.

Christian Stapf

Ses collègues et lui ont donc entrepris de recruter quelque 400 patients qui seraient divisés en deux groupes : un qui subirait une intervention préventive et un qui profiterait d'un simple suivi médical. Recrutés entre 2007 et 2013 dans 39 centres hospitaliers situés dans neuf pays, les sujets ont été suivis pendant une période moyenne allant de 33 à 50 mois.

Le comité de sécurité de l'étude a toutefois tout arrêté après le recrutement du 223e patient, tant les avantages de la non-intervention étaient devenus évidents.

L'étude a été arrêtée à mi-chemin par le comité de sécurité parce qu'il y avait beaucoup plus d'AVC dans le groupe avec les interventions, a dit le Dr Stapf.

Donc, les interventions qui avaient comme objectif de protéger le patient contre les AVC ont produit plus d'AVC que le groupe auquel on ne touchait pas.

Christian Stapf

Le docteur veut bien faire, il veut l'enlever pour que ça ne fasse pas d'AVC, mais en fait, ça en produit plus, a expliqué le Dr Stapf.

C'est le genre d'étude qui aura un impact immédiat sur la pratique des médecins, croit-il.

Il estime aussi qu'il s'agit pour eux d'une bonne leçon de modestie.

On pense qu'on est sophistiqués, qu'on a les meilleures techniques et tout, ce qui est vrai, mais parfois on apprend (...) qu'on n'est pas encore assez bons, a conclu le Dr Stapf.

Il faut qu'on trouve de meilleurs outils, de meilleures techniques pour protéger le patient. Avec les méthodes d'aujourd'hui, on n'arrive pas à protéger le patient avec nos interventions. Donc finalement, c'est une attitude plus modeste qui est mieux pour le patient.

Christian Stapf

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical The Lancet Neurology (en anglais).

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