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Le Musée canadien pour les droits de la personne a censuré des contenus homosexuels

Le Musée près du pont piétonnier et les immeubles du centre-ville par une journée ensoleillée.

Le Musée canadien pour les droits de la personne, dans le centre-ville de Winnipeg, sur les rives de la rivière Rouge.

Photo : Radio-Canada / Sylviane Lanthier

Radio-Canada

Après des allégations de racisme, le Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP), à Winnipeg, est de nouveau pointé du doigt. Des employés, anciens et actuels, affirment que la direction leur a demandé, à la demande de certains visiteurs, de ne pas montrer des expositions relatives aux différents genres et orientations sexuelles.

Les employés avancent que cette pratique a été commune pendant deux ans. Dans un cas, un membre de l’équipe qui fait partie de la communauté LGBT a dû bloquer physiquement du contenu portant sur les mariages de même sexe à un groupe.

Quand je me suis plainte à propos de cela, la direction a dit que c’était la demande et qu’il fallait honorer les demandes des écoles parce que ce sont elles qui paient pour les visites, affirme Gabriela Agüero, une ancienne développeuse de programme et guide, qui a travaillé dans l’établissement de septembre 2017 à juin 2019.

C’était terrible parce que, ensuite, je suis allée m’asseoir avec mes amis homosexuels de l’équipe et je leur ai dit ça. C’était un sentiment de culpabilité horrible et très douloureux.

Gabriela Agüero, ancienne développeuse de programme et guide

Le Musée a confirmé que, de janvier 2015 au milieu de l'année 2017, des écoles et des classes pouvaient demander que certains contenus soient exclus de leur visite, comme des expositions sur la diversité sexuelle et les différentes identités de genre.

C’est quelque chose que nous ne faisons plus, assure Maureen Fitzhenry, la porte-parole du MCDP.

Du personnel scandalisé

Un employé dit que le Musée a arrêté de demander à ses employés de cacher les contenus homosexuels à la suite de protestations à l'interne.

Elles ont été déclenchées quand on a demandé à un employé, membre de la communauté LGBT, de bloquer de la vue une alcôve de la galerie des parcours canadiens qui contenaient des photos de mariages de personnes de même sexe.

Le membre du personnel a été très scandalisé. Il y avait beaucoup d’indignation dans l’équipe, souligne l’employé. CBC a accepté de ne pas dévoiler l'identité de l'employé, car il craint de perdre son emploi.

Ce dernier explique que cette pratique était courante avec des groupes de tous les âges, y compris des élèves du secondaire des colonies huttérites.

Cela venait surtout de la volonté d’effacer quelque chose plutôt que d'une inquiétude à propos des jeunes enfants.

Un employé anonyme

L'employé précise que ces demandes ne provenaient pas seulement d’écoles.

Des visiteurs spéciaux

Des visiteurs spéciaux pouvaient être des diplomates ou des donateurs. Certaines personnes de notre département des communications ont dit des choses comme : "Tous les groupes sont spéciaux, certains un peu plus que d’autres et il y a certaines choses que nous ne pouvons pas coucher sur le papier. Donc, nous devons nous rencontrer pour parler de ce que les guides peuvent dire à ces visiteurs spéciaux."

D’après Gabriela Agüero, certains membres du personnel refusaient les demandes faites lors des réunions matinales.

Parfois, nous trichions et nous disions qu'il y avait des gens qui ont une sexualité différente et qui aiment des gens de différente manière. En faisant cela, nous pointions dans la direction de l’exposition sur les mariages de même sexe. C’était enfreindre les règles, explique l’ancienne employée.

Gagner de l'argent

Un autre employé, Liam Green, confirme ces affirmations. Ce dernier a travaillé au Musée de 2016 à 2018 en tant qu’assistant à la programmation. Selon lui, il était connu qu’il y avait des ajustements à l'interne pour certaines visites afin d’exclure les contenus homosexuels.

Malheureusement, je n’ai pas été surpris, car c’était dans la logique de tout ce que faisait le Musée, qui était d’essayer de gagner de l’argent, affirme-t-il lors d’une entrevue téléphonique depuis Victoria. C’était vraiment hypocrite. Malheureusement, cela ressemblait juste à la manière de fonctionner.

Le directeur général du Musée, John Young, a refusé la demande d’entrevue de CBC.

Une enquête en interne

La porte-parole du MCDP, Maureen Fitzhenry explique que la direction a engagé une avocate winnipégoise, Laurelle Harris, pour mener une enquête sur les plaintes de racisme et d’autres formes des discriminations dans l'établissement.

L’avocate a commencé sa mission en début de semaine. Elle sera en relation directe avec le conseil d’administration du musée. Elle fournira un premier rapport à la fin du mois de juillet, qui contiendra des recommandations pour améliorer la situation, selon Maureen Fitzhenry.

Cette révision permettra de créer un plan d’action, dit-elle, ajoutant que le MCDP s’est engagé dans une démarche de transparence, qui comprendra la publication en ligne de mises à jour régulières de l’enquête.

Maureen Fitzhenry a fourni à CBC une longue liste des contenus du MCDP relatifs aux droits des personnes aux diverses orientations sexuelles et identités de genre.

La photo montre l'architecture impressionnante et lumineuse du Musée canadien pour les droits de la personne, ainsi qu'une partie d'une affiche sur laquelle on peut lire en français et en anglais  que tous les humains naissent libres et égaux en droits et en dignité.

Vue intérieure du Musée canadien pour les droits de la personne.

Photo : Radio-Canada / Sylviane Lanthier

Le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, dit, dans une déclaration écrite, avoir été informé de cas apparents d’autocensure des réalités LGBTQ au Musée.

Il ajoute que le gouvernement fédéral attend des musées nationaux qu’ils fassent preuve des plus hauts standards d’inclusion, de conscience sociale et de respect.

Un établissement comme le Musée canadien pour les droits de la personne ne devrait pas être perçu comme un établissement qui cautionne l’homophobie et qui encourage l’autocensure. Son rôle est d’exposer les réalités de ceux qui ont été réduits au silence, et de ne plus le permettre.

Avec les informations d’Austin Grabish

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