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Comment interpréter la défaite du Canada à l’ONU?

Le logo de l'Organisation des Nations unies, de couleur dorée

Le logo de l'Organisation des Nations unies

Photo : AFP/Getty Images / ANGELA WEISS

C’est une deuxième rebuffade que vient d’essuyer le Canada pour l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité de l'ONU. Voici l’analyse qu’en fait l’ancien diplomate canadien Gilles Rivard, qui a répondu à nos questions. Il a notamment été ambassadeur et représentant permanent adjoint du Canada auprès des Nations unies.


Pourquoi le Canada a-t-il perdu?

On avait du rattrapage à faire. On s’est annoncé tard. C’est une des principales raisons. Quand M. Trudeau a annoncé que le Canada est de retour, c’était bien, sauf qu’en novembre 2016 il y a quelque chose qui a changé complètement l’agenda avec l’élection du président Donald Trump, aux États-Unis.

Le Canada a dû concentrer une bonne partie de ses énergies en politique étrangère en ce qui a trait à sa relation avec les États-Unis. Mme Freeland était moins disponible, on a continué à prendre du retard en dépit du travail de l’ambassadeur Marc-André Blanchard. On s’est retrouvé en 2018-2019 avec un retard considérable et le résultat du vote en est un peu le reflet. Quand le Canada s’est engagé, il y a cinq ans, probablement qu’il y avait beaucoup de pays qui s'étaient déjà commis à l’égard de l’Irlande et de la Norvège.

Est-ce que l’image du Canada est entachée tout comme celle de Justin Trudeau?

C’est certain que M. Trudeau devra revoir sa façon de s’engager. Comme premier ministre, si c’était à refaire, j’essaierais du mieux possible de livrer une marchandise qui est à l’image de l’enthousiasme que je veux démontrer. Il va falloir en faire davantage et revoir en profondeur notre stratégie si on souhaite accéder au Conseil de sécurité un jour. Même si le Canada n’a plus l’influence qu’il avait aux Nations unies, il est toujours respecté au sein de l’institution alors que le gouvernement actuel fait la promotion du multilatéralisme.

Pendant que le précédent gouvernement nuisait avec son approche, la montée en puissance d’un certain nombre de pays a aussi changé la dynamique. Je pense à la Turquie, à l’Inde et au Brésil qui ont gagné beaucoup d'influence, alors que le Canada manifestait un certain retrait. Ça devient plus difficile de sortir du lot, il faut être plus habile.

L'ancien ambassadeur Gilles Rivard

Gilles Rivard a notamment été ambassadeur et représentant permanent adjoint du Canada auprès des Nations unies.

Photo : Radio-Canada

Quelles leçons Justin Trudeau et son gouvernement doivent-ils en tirer?

Comme le Canada n’est plus ce qu’il était aux Nations unies, le fait de dire qu’il est de retour, c’est noté. Mais si on ne livre pas la marchandise, il y a un prix à payer pour ça. Donc, il faut livrer un contenu de qualité, des engagements. On ne peut pas tenir un double discours. Par exemple, on avait beaucoup de policiers au sein des Nations unies, ils travaillaient dans beaucoup de pays. On a beaucoup réduit ça. Autre exemple : notre engagement au Mali est venu trop tard et on est resté un an. Si on était resté un an de plus, cela aurait pu apporter de l’eau au moulin.

Justement, sur le plan des forces de maintien de la paix, l’Irlande et la Norvège en font beaucoup plus et c’est un des éléments les plus visibles au Conseil de sécurité. Il faut aussi noter que notre budget au développement n’a pas augmenté et, encore là, la Norvège et l’Irlande en font beaucoup plus que nous. On ne peut pas espérer tirer plus que ce qu’on peut offrir.

Faut-il voir cette défaite comme un échec? Cette course a-t-elle pu apporter quelque chose?

Ce n’est pas juste un échec. Il y a tout de même des points constructifs. D’abord, le Canada a pris des engagements importants dans le cadre de la pandémie, on a démarré certaines initiatives. Et ça, je crois que les pays membres vont l'apprécier énormément. C’est l’image du Canada dans ce qu’il peut offrir de mieux, et c’est certain que les relations que le ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne et l’ambassadeur Marc-André Blanchard ont développées vont être profitables à plus long terme.

L’approche de l’ancien gouvernement [de Stephen Harper] a nui à nos relations. Toutes celles qui ont pu être accélérées avec la nomination du ministre Champagne vont servir à renforcer des liens avec des délégations aux Nations unies, mais aussi des relations bilatérales avec d’autres pays. Ce n’est pas perdu et je crois que c’est là-dessus qu’il faut bâtir.

Doit-on s’attendre à ce que le gouvernement se lance dans une autre tentative? La Norvège et l’Irlande ont mis 10 ans à faire campagne, le Canada devrait-il employer la même stratégie?

Je pense que, s’il est sérieux, il devrait le faire. Ce qui est important, c’est d’abord de regarder qui est déjà candidat en 2028, en 2029 et en 2030. S’il y a une année où il n’y a toujours pas de candidature, le Canada se lance en essayant d'aller chercher le plus d’alliances tôt dans la course et tout en nourrissant ses appuis les années suivantes. Je m’attendrais à ce que ce gouvernement le fasse.

Le Canada pourrait notamment contribuer en relançant toute la question de la structure du Conseil de sécurité, une structure complètement désuète et dépassée. Il y a toute une stratégie à long terme qui pourrait être montée. La Norvège et l’Irlande se sont annoncées au moins 10 ans d’avance. L’un a terminé avec 130 votes, l’autre avec 128. Ce sont de petits pays. Ça en dit beaucoup.

Cette entrevue a été raccourcie et formatée pour favoriser la clarté et la fluidité.

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