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Les commandes de vaccins contre la grippe revues à la hausse

Pour éviter un chevauchement avec une deuxième vague de COVID-19, Québec réfléchit à devancer la campagne de vaccination contre l’influenza, même si des doutes subsistent quant à la présence massive de ce virus cet hiver.

Quelqu'un qui reçoit un vaccin contre la grippe.

Le gouvernement du Québec doit décider dans les prochains jours s'il devance ou non sa campagne de vaccination contre la grippe.

Photo : iStock

En coulisses, on se prépare déjà à un automne et un hiver chargés dans l’ensemble du pays.

En vue d’une éventuelle deuxième vague de COVID-19, Radio-Canada a appris que Santé Canada et le gouvernement du Québec ont revu à la hausse leurs commandes de vaccin contre la grippe saisonnière, dénommée l’influenza.

L’objectif, résument des experts, est d’éviter une surchauffe des urgences des hôpitaux et des établissements de soins, afin de limiter les risques de reproduire les drames vécus ce printemps, mais avec la présence de deux virus potentiellement mortels au même moment.

Chaque année, l'influenza tue environ 3500 personnes au Canada et entraîne 12 200 hospitalisations, selon des données du gouvernement fédéral (Nouvelle fenêtre).

Au Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a augmenté de 25 % ses demandes par rapport à l’an passé. Près de 2 millions de doses de vaccin ont été commandés, contre 1,6 million en 2019.

Ces commandes ont été passées en deux temps. Au début de l’année, le gouvernement Legault s’est basé sur la situation épidémiologique de l’époque, avant de réévaluer sa position ces dernières semaines.

Le Québec a signifié au mois de janvier aux autorités fédérales les quantités qu’il souhaitait recevoir pour la campagne de vaccination 2020-2021, assure, par courriel, Marie-Claude Lacasse, porte-parole du MSSS.

Une révision plus récemment a été faite à la lumière d’informations sur les intentions de vaccination de la population et d’une certaine augmentation de la couverture vaccinale des personnes à risque de complications et d’hospitalisation, reprend-elle.

L’objectif de la vaccination contre la grippe au Québec n’est pas de prévenir tous les cas de grippe, mais de protéger les clientèles à risque de complications [donc plus susceptibles d’être hospitalisées et de décéder], et ce, même en temps de COVID-19.

Marie-Claude Lacasse, porte-parole du MSSS

13 millions de doses de vaccin au Canada

Santé Canada indique que, dans l’ensemble, les gouvernements provinciaux et territoriaux ont augmenté leurs commandes de vaccin contre la grippe saisonnière cette année, en prévision d’une hausse de demandes. Au total, plus de 13 millions de doses de vaccin ont été commandés auprès des fournisseurs, souligne une porte-parole. Ces dernières années, les commandes dépassaient légèrement les 11 millions.

Les fabricants de vaccins se préparent

Cette situation n’est pas unique au Canada. Le fabricant Seqirus, l’un des leaders mondiaux dans ce domaine, confirme à Radio-Canada avoir été contacté par de nombreux pays, incluant le Canada, sur la possibilité d'augmenter le nombre de doses de vaccin antigrippal fournies au-delà de ce qui était initialement prévu.

Seqirus dit ainsi travailler en étroite collaboration avec les autorités sanitaires de différents pays pour réduire les risques de pénurie de doses de vaccin.

Nous avons constaté une demande extraordinaire pour notre vaccin contre l’influenza, en raison des inquiétudes grandissantes concernant la pandémie de COVID-19 qui persistera durant la saison de l’influenza.

Abigail Rasweiler, porte-parole de Seqirus

Des indications similaires ont été fournies par Sanofi Pasteur, un autre chef de file dans la vaccination, qui souligne avoir déjà eu une augmentation importante de demandes provenant de pays de l'hémisphère Sud au cours des trois derniers mois.

Sur la base de cette tendance, nous nous attendons à une augmentation similaire dans l'hémisphère Nord cet automne, y compris au Canada, reconnaît Jean-Pierre Baylet, directeur général de Sanofi Pasteur Canada.

Un vaccin.

Cinq fabricants fournissent les différentes provinces et les territoires canadiens : GlaxoSmithKline Inc., Sanofi Pasteur Limitée, AstraZeneca Canada, Seqirus Canada Inc. et Mylan Canada.

Photo : Radio-Canada / David Richard

Un lancement anticipé de la vaccination

Habituellement, la saison de vaccination contre cette grippe démarre, au Québec, entre la fin d'octobre et le début du mois de novembre. Différentes options sont désormais en évaluation à l’heure actuelle, admet le gouvernement Legault.

L’une d’entre elles est de devancer le lancement de la vaccination, si les fabricants sont en mesure de livrer, dans les temps, leur vaccin. Le Comité sur l’immunisation du Québec, qui réunit de nombreux experts de la santé, se penchera sur le sujet vendredi, afin de conseiller le gouvernement sur la marche à suivre.

Il y a un point d’interrogation majuscule, et le ministère [de la Santé] doit prendre des décisions rapidement, confirme Gaston De Serres, chercheur à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui pilotera ces consultations.

L’idéal, selon le microbiologiste et infectiologue Richard Marchand, qui a déjà fait partie de ce comité, serait de commencer la campagne de vaccination vers la fin d'août ou en septembre.

Il faudrait donner ce vaccin suffisamment tôt, avant que le virus ne circule à l’école, qu’il soit transmis aux parents puis aux grands-parents, juge-t-il. Il faut éviter que tout le monde soit malade en même temps.

Les défis, estime Gaston De Serres, sont néanmoins considérables. C’est un énorme enjeu logistique, clame-t-il.

Il faut voir l’espace, la distanciation, le personnel pour mettre en place ces cliniques de vaccination de masse. On ne veut pas qu’elles deviennent des vecteurs de propagation de la COVID.

Gaston De Serres, chercheur à l’INSPQ

Si on est capable de le faire, ce n’est pas une mauvaise idée, avance de son côté l’ancienne présidente de Médecins sans frontières, Joanne Liu.

Selon cette dernière, Québec doit impérativement anticiper la campagne de vaccination pour ne pas surcharger les centres hospitaliers.

Il faut avoir une stratégie et faire une campagne de sensibilisation assez vive, au minimum auprès des populations vulnérables. Ce serait quasiment irresponsable de ne pas le faire.

Joanne Liu, pédiatre au CHU Sainte-Justine

Pas assez de personnes vaccinées au Québec

Selon une enquête dévoilée l’été passé par l’INSPQ (Nouvelle fenêtre), seulement 24 % des malades chroniques entre 18 et 64 ans ont été vaccinés contre la grippe en 2018. Or, l’objectif gouvernemental est de 80 %. Une légère baisse a d’ailleurs été constatée sur l’ensemble des groupes ciblés au cours des dernières années. Par exemple, 36 % des travailleurs de la santé ont été vaccinés en 2017-2018, contre 44 % en 2015-2016. Moins d’un enfant sur cinq atteint de maladie chronique, âgé de 2 à 17 ans, a également été vacciné. Il semble donc que des actions seront nécessaires si l’on souhaite augmenter la couverture vaccinale dans ce groupe cible, mentionne cette étude.

Et s’il n’y avait pas d’influenza?

De nombreux doutes subsistent quant à la présence même de ce virus et à l’efficacité du vaccin qui est revu chaque année, selon la virulence des souches détectées.

Il y a tous les ans une notion de devin, admet Richard Marchand, en détaillant le processus menant à la création, annuellement, de ce vaccin, dont le taux d'efficacité l’an passé a été de 58 %.

Les analyses sont faites au début de l’année, puis les laboratoires fabriquent les vaccins, spécifie-t-il. C’est basé sur des estimations. Parfois, on tombe dans le mille, mais il y a des années où l’on manque notre coup, ou alors, le virus a encore muté durant l’été. Il y a un côté aléatoire qui rend ça complexe.

Or, avec la fermeture des frontières, le peu de circulation des individus et les mesures de distanciation mises en place à travers le monde, la donne a changé.

Lorsqu’on regarde ce qu’il se passe en Australie présentement – ce qui est habituellement une bonne indication de ce qu’il se passera chez nous la saison suivante –, ils n’ont à peu près pas d’influenza, confie Caroline Quach, épidémiologiste au CHU Sainte-Justine.

La pandémie actuelle pourrait également jouer un rôle clef, soutient-elle. En 2009, avec la pandémie de H1N1, il n’y avait pratiquement rien d’autre, rappelle-t-elle.

En général, lorsqu’il y a une pandémie de quelque chose, lorsqu’un virus prend le dessus, les autres ont l’air beaucoup plus tranquilles. Il semble y avoir un équilibre entre les virus, un écosystème que l’on comprend mal.

Caroline Quach, épidémiologiste au CHU Sainte-Justine

Il n’est pas impossible, selon Richard Marchand, que l’influenza reste marginale cet hiver. Mais on est dans l’inconnu et on ne sait pas du tout comment ça va tourner. Ça va dépendre aussi du trafic aérien, du comportement des gens, avise-t-il.

Peut-être que les mesures prises bloqueront aussi les autres virus, poursuit Gaston De Serres, tout en se disant extrêmement prudent.

Mais est-ce qu’on va prendre la chance de ne pas vacciner les gens à haut risque contre la grippe? Certainement pas, reprend Caroline Quach. Peut-on devancer cette vaccination? Est-ce que le réseau sera prêt? Aucune idée, je ne suis pas convaincue. À chaque fois qu’on a essayé, ça a été très difficile.

D’ores et déjà, pour réduire les défis que cela pourrait entraîner sur le système de santé, Santé Canada affirme que la campagne publicitaire de 2020 contre la grippe sera axée sur les populations à risque accru, telles que les personnes âgées et les personnes avec un système immunitaire affaibli ou des pathologies sous-jacentes.

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