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Analyse

Emmanuel Macron et la cocotte-minute française

Au cours des 10 derniers jours, les Français ont rappelé à leur président qu’ils étaient loin de lui faire confiance. Qu’ils avaient encore beaucoup de choses à lui reprocher, à lui et à son gouvernement.

Emmanuel Macron prononce un discours.

Le président de la France Emmanuel Macron prononce un discours après avoir visité une usine de fabrication de vaccins de Sanofi, près de Lyon, le 16 juin 2020.

Photo : AFP / GONZALO FUENTES

Les doutes – s’il en restait – se sont rapidement dissipés sous les volées de projectiles et les nuages de gaz lacrymogènes. Non, le confinement n’a pas étouffé les nombreuses colères qui agitaient la France. Au contraire, la pression semble avoir monté durant l’isolement forcé.

Le bonheur de retrouver sa liberté de circuler, de rencontrer des amis en terrasse ou au parc avait peut-être fait oublier les tensions qui bousculaient la France avant l’arrivée du coronavirus.

En mars, la menace du virus avait vite fait taire les nombreuses craintes liées à la réforme des régimes de retraite.

Quelques semaines auparavant, c’est la grève des cheminots et des employés du transport en commun qui perturbait le quotidien de nombreux Français.

Sans oublier les nombreux samedis d’affrontements lors des manifestations des gilets jaunes et les controverses sur les violences policières lors de ces mêmes week-ends.

Un peu partout en France, la menace invisible du coronavirus avait chassé les slogans revendicateurs, vite remplacés par des applaudissements aux fenêtres, des banderoles en appui aux héros en blouse blanche.

Une épreuve qui s’est formellement achevée cette semaine. C’est une première victoire contre le coronavirus, selon le président, qui a aussi esquissé un nouveau chemin imaginé pour la France.

Emmanuel Macron rêve de concorde, de projets pour « rassembler le plus grand nombre ». Un rêve inspiré du défi qui a été relevé dans les derniers mois. Un rêve peut-être déjà parti en fumée.

Méfiance et défiance

Une travailleuse de la santé porte un masque sur lequel on peut lire : « hôpital mon amour ».

Une travailleuse de la santé a participé à une manifestation à Paris, le 16 juin 2020, pour rappeler au président Emmanuel Macron les promesses de réinvestissement faites pendant la crise sanitaire.

Photo : Reuters / CHARLES PLATIAU

Au cours des 10 derniers jours, les Français ont rappelé à leur président qu’ils étaient loin de lui faire confiance. Qu’ils avaient encore beaucoup de choses à lui reprocher, à lui et à son gouvernement.

Il y a eu ces deux grandes manifestations contre le racisme et les violences policières inspirées de celles qui ont secoué les États-Unis. À ce chapitre, les Français ont aussi de sérieux problèmes à régler.

Puis, il y a eu cette manifestation des soignants. Mardi, plusieurs milliers ont défilé un peu partout au pays pour rappeler au président les promesses de financement faites en pleine crise du coronavirus.

En mars, Emmanuel Macron a promis un plan massif de réinvestissement dans le système de santé. Un plan qui fait l’objet de discussions avec les acteurs de ce milieu.

En prenant la rue, les soignants ont voulu rappeler au président et à son gouvernement qu’ils se méfient de leurs paroles. Qu’ils veulent des gestes concrets. Et beaucoup d’argent.

Dans le cortège parisien, quelques centaines de personnes habillées de noir ont également rappelé aux élus qu’il n’y avait pas que de la méfiance dans l’air, mais aussi de la défiance.

Pluie de pavés lancés vers les policiers, ripostes assourdissantes et lacrymales, interpellations parfois très violentes, journalistes blessés.

Sur l’esplanade des Invalides, la scène rappelait les Champs-Élysées et les gilets jaunes...

Des années « utiles pour la nation »?

Des policiers équipés de boucliers et de casques affrontent des manifestants.

Des manifestants ont affronté la police à Paris, le 16 juin 2020, au cours d’une journée nationale visant à convaincre le gouvernement de réinvestir dans le système de santé public.

Photo : Reuters / CHARLES PLATIAU

Ce chaos, devenu si tristement fréquent dans les rues de Paris, est venu confirmer que le confinement imposé aux Français n’avait pas étouffé leurs colères. Au mieux, les avait-il masquées durant ces longues semaines.

La pression n’aurait donc cessé de monter à l’intérieur de la cocotte-minute nationale. La vapeur échappée ces derniers jours en témoigne.

Un constat qui risque de compliquer la tâche du gouvernement français. Dans un pays au taux de chômage déjà élevé, la récession post-COVID s’annonce particulièrement difficile pour plusieurs.

Emmanuel Macron espère utiliser la crise du coronavirus pour secouer et transformer la France. Il promet que les deux dernières années de son mandat seront utiles pour la nation.

Le président souhaite bâtir une économie plus verte, mais aussi plus productive, plus solidaire et plus souveraine.

Un programme à la fois de gauche et de droite. Un programme encore trop flou pour juger s’il permettra de faire retomber la pression ou s’il ne servira qu’à la faire grimper davantage.

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