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Les robots, précieux alliés dans la crise sanitaire, mais à quel prix pour l'emploi?

Un robot blanc se tient à la droite d'un lit d'hôpital, où un patient est alité.

L'utilisation de robots permet, entre autres, de réduire la consommation d'équipement de protection pour le personnel médical.

Photo : AFP/Getty Images / Miguel Medina

Agence France-Presse

Quand les contacts humains doivent être limités au maximum, ils peuvent sauver des vies et des usines. Toutefois, les robots, plus visibles que jamais depuis le début de la pandémie de coronavirus, amplifieront-ils le chômage de masse provoqué par la pandémie?

C'est un bras articulé qui sert des demis dans un bar de Séville, un humanoïde qui prend la température et oriente la patientèle à l'Hôpital universitaire d'Anvers, un chien-robot qui distribue du gel hydroalcoolique dans un centre commercial de Bangkok, une glacière télécommandée qui livre ses courses à une famille de Washington...

Ces images se sont multipliées au fur et à mesure que le virus se répandait et que le monde se confinait.

À partir du moment où il y a une menace pour l'être humain, il faut envoyer un robot, estime Cyril Kabbara, cofondateur de Sharks Robotics, une jeune pousse française.

Son robot Colossus, qui a contribué à sauver Notre-Dame-de-Paris des flammes en 2019, a été adapté pour décontaminer des locaux.

Il y a 4 ou 5 ans, quand on présentait Colossus, on nous riait au nez, parce que les pompiers se disaient : ''Ces gars-là vont nous faire perdre notre emploi'', se souvient l'entrepreneur. Colossus a depuis été adopté par les services de pompiers parisiens et marseillais.

Il n'y a pas que dans le secteur de l'hygiène et le domaine médical que les robots ont gagné leurs galons. Cette crise a été un peu un démonstrateur qu'il faut avoir une continuité d'activité même si une crise sanitaire ou autre intervient, retient Cyril Kabbara. On a pas mal d'industriels qui nous le disent : "Les robots nous permettent de continuer nos affaires et si nous ne les avions pas, nous serions à l'arrêt."

Mais de sauveur d'activité, le robot peut vite prendre le costume plus sombre de destructeur d'emplois. La récession aggravée pourrait entraîner une poussée d'automatisation à la place de l'emploi, estime Mark Muro, du centre de recherches Brookings, à Washington, dans une note pour le site Economist Intelligence Unit.

Ceux qui suggèrent que l'automatisation ne supprime pas des emplois dans le secteur manufacturier ont tort, estime Carl Frey, chercheur à l'Université d'Oxford, dans un entretien avec l'Agence France-Presse (AFP). Il avance ainsi ces chiffres concernant la Chine, pays qui s'automatise à grande vitesse, avec 650 000 machines installées en 2018, et où 12,5 millions d'emplois dans la production ont disparu de 2013 à 2017.

Or, c'est justement en Chine que la robophobie a explosé depuis l'arrivée de la crise sanitaire, selon une étude d'IE University, basée en Espagne : de 27 % avant le début de la pandémie, le soutien à la limitation de l'automatisation a doublé pour atteindre 54 %, rejoignant presque la France (59 %), qui détient le record de méfiance.

Plus la personne sondée est jeune, moins elle est diplômée et plus sa peur de l'automatisation est forte, selon ce que souligne l'étude. Historiquement, le progrès technologique a permis de créer beaucoup d'emplois, mais c'est moins le cas dans le monde numérique, à l'exception notable d'Amazon, estime Carl Frey.

Les emplois plus qualifiés, eux, pourraient être menacés par l'essor de l'intelligence artificielle, capable d'effectuer du classement, des évaluations ou de la planification, estime Mark Muro, pour qui aucun groupe de travailleurs ne serait à l'abri cette fois-ci, contrairement aux précédentes crises économiques.

Si la corrélation entre forte robotisation et faible chômage existe, notamment à Singapour et en Corée du Sud, pays les plus densément robotisés au monde, Carl Frey ne prédit pas moins une montée de l'angoisse de l'automatisation une fois que le nouveau coronavirus ne fera plus la une.

Pour autant, il est peu probable de voir un mouvement mondial s'opposer aux machines, selon le chercheur britannique, car les principales victimes en seront les régions industrielles, déjà affectées par des décennies de déclassement économique.

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