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Bob Dylan prophète en son pays

Rough and Rowdy Ways est le premier album écrit par Bob Dylan depuis Tempest, sorti en 2012.

L'artiste Bob Dylan.

Bob Dylan s'est fait plus discret en production musicale, ces huit dernières années.

Photo : Associated Press / Chris Pizzello

CRITIQUE – Bob Dylan nous offre un disque exceptionnel sous forme de testament musical avec son 39e album en studio intitulé Rough and Rowdy Ways. Dix morceaux, comme dix fantômes revisitant au temps de la pandémie le glorieux passé du lauréat du prix Nobel de littérature.

À 79 ans, l'heure est sans doute au bilan pour Bob Dylan qui n'a plus grand-chose à prouver, mais visiblement encore beaucoup à raconter sur la vie, sur la mort, sur la musique et sur lui-même.

Après l'album Tempest, paru il y a huit ans, ce retour inattendu a commencé avec la sortie le 27 mars dernier de Murder Most Foul, une ballade de 17 minutes sur l'assassinat du président John F. Kennedy.

La chanson s'est hissée à la première position du palmarès Billboard, une première en carrière pour Dylan, et elle se retrouve à la fin du disque. Mais commençons par le début.

Couverture de l'album « Rough and Rowdy Ways ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Là où Rough and Rowdy Ways marque des points, c'est dans la facture sonore où la voix de Bob Dylan est mise de l'avant au lieu d'être enterrée par une musique trop chargée, analyse le journaliste Louis-Philippe Ouimet.

Photo : Radio-Canada

Bob Dylan nous envoie dans les cordes dès le premier round avec I Contain Multitudes, où il chante qu'il boit à la vérité, à toutes les choses dites et à l'homme qui partage le lit de son amante.

Après s'être comparé à Anne Frank, à Indiana Jones et aux Rolling Stones, il dort avec la vie et la mort dans le même lit. Tout ceci avec en trame sonore la douce guitare de Charlie Sexton.

L'auteur signe ici une de ses plus belles chansons qui n'est pas sans rappeler la version acoustique de Most of the Time, dont la version originale est parue en 1989 sur l'album Oh Mercy. Cette chanson résume bien l'artiste caméléon qu'a toujours été Dylan.

Souvent adulé, le poète américain a été qualifié de prophète et d'icône de la contre-culture des années 1960. Le deuxième titre de Rough and Rowdy s'intitule justement False Prophet, où il entonne qu'il n'est pas un faux prophète, qu'il ne se souvient pas quand il est né et qu'il a oublié quand il est mort.

Du Dylan 100 % pur jus, avec la voix rauque, sous la forme toute simple d'un blues en 12 mesures (do-fa-sol, selon l'ami Sawyer) pour laisser davantage respirer les textes.

Dans My Own Version of You, Dylan chante qu'il veut jouer du piano comme Leon Russell, Liberace et l'apôtre Jean. Peut-être nous verra-t-il au jugement dernier, ajoute-t-il. Suit la berceuse I've Made Up My Mind to Give et la ténébreuse et poignante Black Rider. Sur Goodbye Jimmy Reed, Bob Dylan rend hommage au légendaire guitariste parti trop tôt.

Avec ce blues bien ficelé, Dylan revient sur cette époque où il a été hué (la tournée 1965) par un public qui ne comprenait pas ses nouvelles chansons plus rock. Je ne peux pas chanter une chanson que je ne comprends pas [...] je ne peux pas jouer mon disque parce que mon aiguille est bloquée, dit-il sur Goodby Jimmy Reed.

Portrait de Bob Dylan.

Rough and Rowdy Ways, le nouvel album de Bob Dylan, sort le 19 juin.

Photo : Ian Berry

Le tout est complété par Mother of Muses, Crossing the Rubicon – un autre excellent blues – et une ode à Key West de près de dix minutes et tout simplement baptisée Key West (Philosopher Pirate). Avec des accents à la Bruce Springsteen, Bob Dylan chante que Key West est l'endroit pour tous ceux et celles qui cherchent l'immortalité. On a bien noté et, après une troisième écoute, on a le goût d'y aller en première classe.

La pièce de résistance est Murder Most Foul qui s'ouvre par une journée sombre à Dallas, en novembre 1963. Le président Kennedy est sur le point de mourir, une belle journée pour vivre et une belle journée pour mourir, chante Dylan. Tué comme un chien, ajoute-t-il, accompagné de violons et d'envolées au piano. Un long poème qui pourrait bien faire taire les détracteurs qui critiquaient le choix de l'Académie suédoise de lui remettre le prix Nobel de littérature.

Dans une de ses premières prestations, le 2 juillet 1962 à Montréal, dans une minuscule salle de spectacles baptisée le Finjan Club située dans le quartier Côte-des-Neiges, Bob Dylan interprète une chanson qui ne porte pas encore le nom Blowin' in the Wind.

En guise d'introduction, il lance à un public plutôt timide : Ce n'est pas une chanson qui dit "I love you and you love me, let's go to the bank of Italy and we will raise a family". Les applaudissements sont timides et les spectateurs peu nombreux, si on se fie à l'enregistrement audio.

Même à ses débuts et avant d'être emporté par la popularité, Bob Dylan n'a jamais voulu faire dans la chansonnette et, pendant près de 60 ans, il n'a cessé de se réinventer, quitte parfois à nous décevoir. Ses chansons ont parfois des allures de labyrinthe, on peut s'y perdre, mais aussi s'y retrouver. Avec son 39e opus, monsieur Dylan boucle la boucle en reprenant les thèmes qui lui sont chers.

Mais là où Rough and Rowdy Ways marque des points, c'est dans la facture sonore où la voix de Bob Dylan est mise de l'avant au lieu d'être enterrée par une musique trop chargée. La richesse des textes prend ici tout son sens. Là où on ne l'attendait plus, Bob Dylan a trouvé la bonne note.

À écouter :

Bob Dylan
Rough and Rowdy Ways
Sony Music
En vente dès le vendredi 19 juin 2020

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