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Après l’acier et l'aluminium, la guerre du contreplaqué?

Placages de bois.

Le contreplaqué et les placages de bois nord-américains se vendent deux à trois fois plus cher que les produits chinois, selon des joueurs de l'industrie.

Photo : Columbia Forest Products

Des fabricants de contreplaqués décoratifs et non structuraux accusent la Chine d'inonder le marché canadien de produits subventionnés de qualité inférieure et d’entraîner les prix à la baisse.

Les entreprises Columbia Forest Products, Rockshield Engineered Wood Products et Contreplaqué Husky, ainsi que l’Association canadienne du contreplaqué et des placages de bois dur ont déposé une plainte à cet effet auprès des autorités canadiennes.

La Chine doit acheter ses ressources de l'extérieur parce que ce n'est pas un producteur de bois, ils sont de l'autre côté de la planète et puis ils réussiraient par magie à produire du contreplaqué, livré au Canada, au tiers du prix.

Gaëtan Lauzon, vice-président exécutif, Association canadienne du contreplaqué et des placages de bois dur
Gaëtan Lauzon.

Gaëtan Lauzon, vice-président exécutif, Association canadienne du contreplaqué et des placages de bois dur

Photo : Gaëtan Lauzon

Les produits ciblés par la plainte sont utilisés pour produire, entre autres, des meubles, des armoires de cuisine et des surfaces de tables et de bureaux, contrairement aux contreplaqués structuraux, mieux connus, qui servent à construire des bâtiments.

La Chine s’est lancée dans le marché canadien du contreplaqué décoratif après la crise financière avec environ 35 millions de dollars en marchandises en 2009. Dix ans plus tard, les importations chinoises ont dépassé les 275 millions, ce qui représente plus de la moitié du secteur, souligne M. Lauzon.

Les plaignants affirment que les producteurs chinois bénéficient de subventions de leur gouvernement et font face à des normes de travail et de protection environnementale moins rigides qu’au Canada, ce qui leur permet de réduire leurs coûts.

Des armoires de cuisine en bois.

Le contreplaqué décoratif est couramment utilisé pour fabriquer des armoires de cuisine, des meubles et des dessus de table.

Photo : Columbia Forest Products

Notre industrie a beaucoup souffert ces dernières années. On a eu des fermetures d'entreprises sous pression des prix, ajoute le porte-parole de l’Association canadienne du contreplaqué et des placages de bois dur.

Fermetures d’usines et pertes d’emplois

Le producteur ontarien Longlac Wood Industries, qui comptait 400 employés, a fermé ses usines dans le nord de la province en 2012, selon la plainte. Perfecta Plywood à St-Hyacinthe, au Québec, a fermé ses portes en 2014, après avoir déclaré faillite.

Un autre producteur québécois pourrait subir le même sort. Au début du mois, Panneaux Optimum s’est placé à l’abri de ses créanciers (Nouvelle fenêtre), avec près de 1,3 million de dollars en dettes.

Si on ne fait rien, on va perdre toute l'industrie, toutes les jobs.

William Caine Jr., président, Commonwealth Plywood et Contreplaqué Husky
William Caine Jr. devant des troncs d'arbres coupés.

Le président de Commonwealth Plywood et Contreplaqué Husky, William Caine Jr.

Photo : William Caine

L’un des plaignants, Contreplaqué Husky, une division de Commonwealth Plywood, dit ressentir les effets des importations chinoises à bas prix depuis une dizaine d’années. En 2010, l'entreprise a dû fermer son usine ontarienne et recentrer ses activités au Québec.

On a décidé de participer [à la plainte] parce qu'on trouve que les prix sont vraiment bas. C'est plus un effort pour détruire notre industrie de bois franc, affirme le président William Caine Jr.

Intervention des États-Unis

En 2017, le département américain du Commerce a conclu que des produits de contreplaqué chinois étaient injustement subventionnés et se vendaient aux États-Unis à une fraction de leur juste valeur.

Face aux nouveaux droits de douane américains, les exportateurs chinois se sont tournés vers le Canada pour y vendre leurs marchandises. Ça a exacerbé un problème déjà très présent, affirme Eric Larsen, président de Rockshield Engineered Wood Products, à Cochrane.

L’entreprise ontarienne, un autre plaignant dans cette affaire, a vu ses ventes au Canada chuter ces dernières années. Sa main d’oeuvre a été réduite d’environ 15 % en deux ans, soit l’équivalent de 25 employés à temps plein, affirme le président.

J’ai toujours prôné le libre-échange, mais il faut aussi que ce soit juste et équitable, affirme-t-il.

Le président de Rockshield ajoute que si l'entreprise ne payait pas ses employés, ses coûts unitaires seraient quand même plus élevés que le prix des produits chinois.

Des travailleurs avec des casques protecteurs jaunes manipulent des panneaux de contreplaqué dans une usine.

Basée à Cochrane, en Ontario, l'entreprise Rockshield a déjà dû licencier environ 25 travailleurs alors que ses ventes ont plongé, l'an dernier.

Photo : Rockshield Engineered Wood Products

Les autorités canadiennes enquêtent

L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a ouvert une enquête la semaine dernière afin de déterminer si certains contreplaqués décoratifs et autres contreplaqués non structuraux de Chine sont vendus à des prix inéquitables au Canada, et si des subventions sont appliquées.

En parallèle, le Tribunal canadien du commerce extérieur se penchera sur les dommages encourus par les producteurs canadiens et doit décider d’ici le 10 août prochain si ces importations chinoises en sont la cause.

Il y a des précédents de dumping. Ce genre de guerre commerciale là se fait dans d'autres industries, on l'a déjà vu par exemple dans l'acier.

Yan Cimon, professeur de stratégie, Université Laval

Le premier ministre Justin Trudeau a déjà accusé la Chine d’inonder le marché mondial d’acier et d’aluminium à des prix au rabais. Des surtaxes et d’autres mesures sur une panoplie de biens importés, dont ces métaux, ont été adoptées afin de protéger l’économie et les emplois au Canada.

M. Cimon estime que les démarches et les conclusions des autorités américaines pourraient avoir une incidence de ce côté-ci de la frontière.

Lorsqu'il y a une organisation publique qui vient mettre au jour des informations et qui a déjà échafaudé un cas convaincant avec des données probantes, c'est clair que ça peut être utile pour les autorités d'autres pays, dit-il.

Les enquêteurs de l’ASFC doivent rendre des décisions provisoires d’ici le 9 septembre.

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