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100 jours plus tard, que retenir de la COVID-19?

La pandémie a notamment révélé la fragilité des résidences pour aînés.

Des professionnelles de la santé portant leur blouse bleue et un masque.

Le 11 mars, l'Organisation mondiale de la santé déclarait que le nouveau coronavirus était une pandémie.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Aujourd’hui marque le 100e jour de la pandémie de COVID-19. Le virus a infecté plus de 8,3 millions de personnes et tué quelque 500 000 personnes. Au Canada, plus de 100 000 personnes ont été infectées et plus de 8300 sont décédées.

Le 11 mars, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) déclarait que le nouveau coronavirus était une pandémie. Il y a quelques jours, l'OMS a averti que la pandémie de COVID-19 n’était pas terminée puisque de nouvelles éclosions continuent d’apparaître quotidiennement.

Retour sur trois mois de crise qui ont bouleversé le quotidien des gens à travers le monde.

Les débuts de la pandémie

Lorsque l’OMS a déclaré que le nouveau coronavirus était une pandémie, il y avait déjà plus de 125 000 cas et près de 5000 décès confirmés dans 110 pays, la plupart en Chine, en Iran, en Corée du Sud et en Italie. Le Canada, qui a confirmé son premier cas le 25 janvier, recensait alors 147 cas et 1 décès.

Moins de deux semaines plus tard, soit le 24 mars, le nombre de morts liés à la COVID-19 avait déjà dépassé celui de la pandémie du H1N1 en 2009, qui avait infecté 491 000 personnes et fait 18 449 morts.

Ce virus a été initialement nommé 2019-nCoV. Il porte désormais le nom de SARS-CoV-2. L’OMS a adopté le terme COVID-19 (de coronavirus disease 2019, en anglais).

Mais l’OMS surveillait depuis plusieurs semaines l’évolution de ce nouveau coronavirus.

Tout a commencé lorsque, le 31 décembre 2019, le gouvernement chinois a annoncé la détection d’une pneumonie de cause inconnue dans la région de Wuhan. Le 7 janvier, la Chine a confirmé la présence d’un nouveau coronavirus. Quatre jours plus tard, le pays a annoncé le premier décès lié à ce nouveau coronavirus.

Ce n’est que plusieurs semaines plus tard que les autorités ont découvert que des personnes auraient été infectées encore plus tôt, notamment en Europe et aux États-Unis. Si le marché de Huanan à Wuhan, dans la province du Hubei, en Chine a été l’une des premières importantes éclosions, il n’est pas encore clair où l’épidémie a réellement commencé.

Le 22 janvier, l’OMS affirme qu’il y a désormais transmission communautaire du virus et suggère aux gouvernements de se préparer.

L’OMS a été vivement critiquée pour ne pas avoir réagi assez rapidement. Tout au long de la pandémie, l’organisation a été attaquée par plusieurs politiciens, dont le président des États-Unis et celui du Brésil. Les États-Unis ont d’ailleurs annoncé la suspension de leur contribution en raison de la mauvaise gestion de la pandémie.

De l’Asie à l’Europe aux Amériques

Le premier cas à l’extérieur de la Chine a été confirmé en Thaïlande le 13 janvier. À partir de cette date, au moins un nouveau pays s’est ajouté à la liste chaque jour. Le nombre de cas commence à se multiplier de plus en plus rapidement.

Le 5 mars, le nombre de cas approche les 100 000 et près de 3500 personnes sont décédées. À cette date, les pays les plus touchés sont la Chine, la Corée du Sud, l’Iran, l’Italie et le Japon.

Vidéo montrant une carte animée du nombre de cas par pays. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les premières éclosions de COVID-19 ont été détectées en Asie, puis en Europe, puis dans les Amériques.

Photo : Radio-Canada

Après l’Asie, c’est l’Europe qui deviendra l’épicentre de la pandémie, avec les premiers cas confirmés en France le 24 janvier. Moins d’un mois plus tard, tous les pays en Europe recensaient au moins un cas. À la fin mars, l’Italie est le pays le plus touché du monde, avec plus 100 000 cas et 12 500 morts.

Puis vient le tour des Amériques.

Au Canada, le premier cas est détecté en Ontario le 25 janvier. Au cours des premières semaines, le virus est surtout concentré en Colombie-Britannique et en Ontario.

Le virus a d’abord frappé les provinces de l’Ouest, mais depuis le début de la pandémie, le Québec a été l’épicentre canadien. Au cours des 100 premiers jours de la pandémie, le Québec avait presque systématiquement deux fois plus de cas qu’en Ontario.

L’Alberta est la troisième province la plus touchée au Canada, avec quelque 7400 cas au total.

Note sur les données

Les experts en santé publique indiquent que le nombre de cas et de morts est sous-estimé dans plusieurs pays, en raison du manque de tests, de ressources, ou même pour des raisons politiques. De plus, de nombreuses personnes qui sont asymptomatiques, mais potentiellement contagieuses, n’ont pas été testées et ne sont donc pas comptabilisées.

Par exemple, une étude dans la revue Nature estime qu’en Europe entre 12 et 15 millions de personnes ont été infectées, soit de 3 % à 4 % de la population, comparativement aux 2,2 millions de cas officiellement confirmés en Europe.

À la fin février, il n'y avait que quelques dizaines de cas aux États-Unis, la plupart liés à des voyages. Au début du mois d'avril, le virus avait été détecté dans tous les États et le nombre de nouveaux cas dépassait les 30 000 par jour.

En mars et en avril, l'État de New York comptait plus de 50 % des cas aux États-Unis. La moitié des quelque 384 600 cas confirmés et des 25 000 décès dans cet État sont survenus dans la ville de New York.

Mais en ce 100e jour de pandémie, le Brésil, est sur le point d’enregistrer plus d’un million de cas et plus 50 000 morts, plaçant le pays deuxième derrière les États-Unis, qui comptent plus de 2,2 millions de cas et 120 000 morts.

L'Amérique latine est désormais l'épicentre de la pandémie, confirme l'OMS. En juin, le nombre de cas a par ailleurs explosé au Pérou et au Chili; ces deux pays ont maintenant plus de cas par habitant que les États-Unis (un total de 400 00 cas et 10  000 morts).

L’Afrique semble avoir été relativement épargnée – à l’exception de l’Afrique du Sud, qui compte près de 75 000 cas et plus de 1500 morts et l’Égypte, qui a près de 50 000 cas et plus de 1700 morts.

Le nombre de cas continue également d'augmenter rapidement en Russie et en Inde (environ 10 000 de plus par jour chacun), mais ces deux pays n'ont toutefois pas le plus de cas pour 1 million d'habitants.

Les nouveaux cas se multiplient

Si environ la moitié des 8,3 millions de cas totaux au monde sont désormais rétablis, le nombre de nouveaux cas par jour n’a jamais été aussi élevé.

Il a fallu deux mois pour atteindre les 100 000 premiers cas, mais depuis le début de juin, le nombre de nouveaux cas recensés dépasse régulièrement 120 000 cas chaque jour. Le 14 juin, plus de 140 000 nouveaux cas ont été signalés à travers le monde, le chiffre le plus élevé depuis le début de cette crise sanitaire.

Alors que certains pays lèvent les restrictions en matière de santé publique, certains dénotent de nouvelles éclosions.

Par exemple, à Pékin, une centaine de nouveaux cas ont été détectés dans la dernière semaine. Les autorités chinoises, croyant le virus presque éradiqué dans leur pays, avaient commencé le déconfinement. Cette nouvelle éclosion a entraîné de nouvelles mesures de confinement et la fermeture de plusieurs lieux publics.

L'Iran, qui avait réussi à réduire le rythme de propagation du virus, est également aux prises avec de nouvelles éclosions (plus de 2500 nouveaux cas par jour depuis une semaine).

Des croisières aux résidences pour aînés

Au début de la crise, le 5 février, plus de 3600 passagers du navire Diamond Princess, dont plusieurs Canadiens, ont été placés en quarantaine au large du Japon après la découverte du virus à bord. Plus de 700 croisiéristes et employés ont été infectées, 37 ont été hospitalisés et 8 sont décédés.

Au total, plus de 800 personnes ont été infectées à bord de trois navires de croisière et ont causé des dizaines d’éclosions à travers le monde.

Mais ce problème a été conscrit lorsque l'industrie des croisières a été complètement arrêtée. La pandémie a alors frappé chez les aînés.

Ce n’est qu’au début de mars que les pays, qui commencent à comptabiliser des données plus détaillées, remarquent que les aînés semblent être particulièrement vulnérables à cette maladie. Une étude en Chine (Nouvelle fenêtre) démontre que le taux de mortalité du virus était de 2,3 % dans la population générale, mais atteignait 8 % chez les 70-79 ans et 15 % chez les plus de 80 ans.

Au Canada, 72 % des décès liés à la COVID sont des personnes de plus de 80 ans, 25 % ont entre 60 et 79 ans.

Des travailleurs paramédicaux transportent un patient.

Des travailleurs paramédicaux transportent un patient de la Maison Herron, un centre de soins de longue durée situé à Dorval, le samedi 11 avril 2020.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Mais ces données arrivent trop tard. Déjà des résidences de soins de longue durée et d’aînés à travers le monde vivent de véritables hécatombes. Tandis que toutes les ressources médicales ont été envoyées dans les hôpitaux en prévision d’un afflux de patients infectés, les résidences pour aînés sont laissées pour compte.

Près de la moitié des décès liés au coronavirus en Europe sont survenus dans des établissements de soins de longue durée, estime l'OMS. La fondation Kaiser estime que 27 % des morts aux États-Unis sont survenus dans des résidences pour aînés.

Au Canada en particulier, la pandémie a révélé la fragilité des résidences pour aînés. Si 18 % des cas au pays qui ont été détectés étaient dans des résidences pour aînés, près de 90 % des décès liés à la COVID-19 sont survenus dans ces résidences. Au moins un millier de centres de soins de longue durée ont connu une éclosion de COVID-19.

La Colombie-Britannique a connu la première éclosion dans une résidence pour aînés. Le premier décès au Canada est un résident du centre Lynn Valley Care Center à Vancouver, où parmi les 240 résidents, 20 sont décédées de la COVID-19.

Au Québec, la résidence Herron a été placée sous la responsabilité du réseau public et le Bureau du coroner enquête après la mort de 31 des 150 pensionnaires.

Des centaines de militaires canadiens ont été appelés en renfort pour aider les résidences aux prises avec d’importantes éclosions au Québec et en Ontario.

L'Ontario, où la moitié des résidences pour personnes âgées ont été touchées par une éclosion de COVID-19, a été la première province à ordonner une commission d'enquête sur les ratés de son système de soins de longue durée. Le premier ministre Doug Ford a qualifié la situation d'« horrible » et de « crève-coeur ».

Hier, la coroner en chef du Québec a annoncé la tenue d'une enquête publique sur certains décès survenus dans des CHLSD, des résidences privées pour aînés et d’autres milieux d’hébergement pour personnes vulnérables ou en perte d’autonomie.

Du personnel hospitalier s'affaire dans tous les sens dans une grande tente érigée pour accueillir des patients atteints de la COVID-19.

Le personnel hospitalier est à bout de souffle, clament les syndicats.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En plus de ces éclosions, de nombreux travailleurs essentiels ont été atteints. Des pénuries d'équipement de protection personnel ont d'ailleurs causé beaucoup d'inquiétude dans le milieu de la santé.

Selon le Conseil international des infirmières, au moins 450 000 travailleurs de la santé auraient contracté le virus. Au Canada, près de 21 000 travailleurs de la santé auraient été infectés.

Plusieurs éclosions ont par ailleurs été rapportées dans des usines de transformation des aliments. La plus importante éclosion au Canada est survenue dans l’usine de transformation de viande Cargill, en Alberta; 1560 cas y ont été déclarés. Le 10 juin, un premier foyer d’éclosion de COVID-19 a été confirmé parmi les travailleurs étrangers temporaires au Québec.

Le confinement pour aplanir la courbe

Des policiers s'entretiennent avec une femme sur l'avenue des Champs-Elysées à Paris.

Des policiers s'entretiennent avec une femme sur l'avenue des Champs-Elysées le mardi 17 mars 2020 à Paris.

Photo : Associated Press / Christophe Ena

En mars, de nombreux pays ont dévoilé des scénarios qui démontrent que le nombre de morts et de cas pourrait être catastrophique.

Au début mars, le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) estimait qu’entre 160 et 214 millions d’Américains pourraient être infectés d’ici la fin de la pandémie et qu’entre 200 000 et 1,7 million pourraient en mourir. Les États-Unis ont déjà plus de 119 000 morts.

En Allemagne, la chancelière Angela Merkel lançait un avertissement : jusqu’à 70 % de la population sera infectée.

En avril, les autorités canadiennes ont affirmé que le Canada pourrait voir entre 11 000 et 22 000 morts d'ici la fin de la pandémie, si les mesures de contrôle sont en place. Dans un scénario plus pessimiste, le Canada prévoit jusqu'à 100 000 morts.

C'est en raison de ces scénarios que les autorités en santé publique ont recommandé le confinement. Le but? Aplanir la courbe des nouveaux cas pour éviter un afflux massif de patients dans les hôpitaux. Plusieurs pays, dont le Canada, ont réussi à aplatir cette courbe, après plusieurs semaines de confinement.

Une étude publiée dans la revue Nature (Nouvelle fenêtre) en juin estime que les mesures de confinement ont évité la mort de 3,1 millions de personnes en Europe. Selon les chercheurs, le taux de reproduction de base (RO) était de 3,8 (une personne pouvait infecter 3,8 personnes) en Europe au début de la pandémie. Le confinement a permis de réduire de 81 % ce taux et a poussé le R0 à moins de 1, signe que l’épidémie est sous contrôle.

Le type de mesures de confinement varie de pays en pays et de région en région, allant de confinement total à des couvre-feux, à des fermetures de frontières, à des recommandations de distanciation sociale.

Les avions ont presque disparu du ciel lorsque les pays ont imposé un à un des interdictions d'entrée aux touristes et aux étrangers.

La frontière entre le Canada et les États-Unis a été fermée à la mi-mars et n'ouvrira pas avant le 21 juillet prochain. L'Union européenne a elle aussi fermé ses frontières aux ressortissants étrangers.

La Chine a imposé à la mi-janvier certaine des mesures les plus strictes au début de la pandémie. Plus de 30 millions de personnes ont été placées en quarantaine pendant de nombreuses semaines. En Chine et dans plusieurs autres pays, les citoyens devaient obtenir une attestation leur permettant de sortir à l'extérieur de leur résidence ou de faire des courses.

L'Italie, qui a connu une propagation fulgurante du virus en février et en mars, sera le premier pays européen à imposer le confinement, d’abord à 50 000 personnes, puis rapidement à l'ensemble du pays. Peu après, plus de 250 millions d’Européens ont été placés en confinement. Le Royaume-Uni a tardé à agir; le pays comptait près de 10 000 cas le 24 mars lorsque le gouvernement a annoncé les mesures de confinement. Aujourd'hui, c'est le 5e pays au monde comptant le plus de cas (près de 300 000).

Au Canada, chaque province a déclaré l'urgence sanitaire à des moments différents. Les mesures de confinement varient de province en province et ont changé presque de jour en jour.

L'Ontario a été la première à fermer ses écoles, le 12 mars. La Colombie-Britannique et la Saskatchewan ont fermé les écoles et restaurants, mais pas les garderies. Le Québec a été « mis sur pause » le 23 mars, alors qu'il y avait plus de 600 cas.

Les premiers cas de COVID-19 et les états d'urgence par province au Canada

Province

Confirmation du premier cas de COVID-19

Déclaration de l'état d'urgence

Nombre de cas lorsque l'état d'urgence a été déclaré

Ontario

25 janvier

17 mars

190

Colombie-Britannique

28 janvier

17 mars

186

Québec

27 février

14 mars

24

Alberta

5 mars

17 mars

97

Nouveau-Brunswick

11 mars

19 mars

11

Saskatchewan

12 mars

18 mars

16

Manitoba

12 mars

20 mars

17

Terre-Neuve-et-Labrador

14 mars

18 mars

3

Île-du-Prince-Édouard

14 mars

16 mars

1

Nouvelle-Écosse

15 mars

22 mars

28

Territoires-du-Nord-Ouest

21 mars

18 mars

0

Yukon

22 mars

18 mars

0

Nunavut

18 mars

0

D'autres pays ont choisi de ne pas agir, misant sur l'immunité collective – le moment où 70 % à 90 % de la population atteint une immunité naturelle face au virus.

Mais selon l'OMS, rien ne prouve que les personnes rétablies de la COVID-19 et qui ont développé des anticorps sont protégées en cas de réinfection.

Par exemple, la Suède n'a pas imposé de confinement, mais a plutôt demandé à ses citoyens de respecter les règles de distanciation physique. Malgré cette approche, depuis le début de la pandémie, moins de 10 % des Suédois ont développé des anticorps, un taux semblable aux pays qui ont confiné leur population. De plus, la Suède est l'un des pays comptant le plus de morts liées à la COVID-19 par habitant au monde.

Alors que de nombreux pays ont entamé leur déconfinement, quel sera le bilan de la pandémie au cours des 100 prochains jours? Difficile de prédire, mais les experts avertissent que l'équilibre entre le retour à la normale et de nouvelles éclosions est fragile.

« Même si la croissance de l'épidémie a considérablement ralenti, et nous pouvons maintenant voir ces signes d'espoir, nous sommes à l'étape où nous devons travailler de concert et poursuivre nos efforts, car il ne faut qu'un seul nouveau cas de COVID-19 pour déclencher une épidémie ou pour relancer une croissance exponentielle qui pourrait changer notre trajectoire », a déclaré Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada mardi.

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