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Isoler les cas et recenser leurs contacts, un moyen efficace de contenir la pandémie

Une illustration d'un groupe de personnes. Certains personnages sont de couleur rouge pour signifier qu’ils sont atteints du virus. Des lignes les relient entre eux pour représenter leur réseau de contacts.

L'une des clés pour limiter la propagation de la COVID-19 est la rapidité avec laquelle on réussit à retrouver les contacts d’une personne infectée.

Photo : Radio-Canada / Emilee Flansberry-Lanoix

Radio-Canada

Le fait d’isoler les personnes infectées par la COVID-19 et d’identifier leurs contacts, combiné à certaines mesures modérées d'éloignement physique, notamment limiter les rassemblements et encourager le télétravail, permet un bon contrôle de la pandémie, affirment des scientifiques britanniques.

Cette stratégie s’est montrée plus efficace pour réduire la transmission du coronavirus que les tests de masse ou l'isolement, montrent les travaux du Dr Adam Kucharski et de ses collègues de la London School of Hygiene & Tropical Medicine, dont les résultats sont publiés dans le journal Lancet Infectious Diseases (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Nos conclusions renforcent les preuves qui indiquent que nous ne pouvons pas compter sur une seule mesure de santé publique pour contrôler une épidémie.

Dr Adam Kucharski

La stratégie la plus efficace comprendrait probablement des tests intensifs et la recherche de contacts, appuyés par des formes modérées d'éloignement physique, explique le Dr Kucharski dans un communiqué.

Cette étude de modélisation montre que, dans un scénario où aucun éloignement social n'a été adopté et où 1000 nouveaux cas symptomatiques sont signalés chaque jour, entre 15 000 et 41 000 contacts devraient être mis en quarantaine quotidiennement si l'on comptait sur la recherche des contacts pour maîtriser la propagation de l'infection.

Ainsi, en l'absence d'un vaccin ou de traitements contre la COVID-19, les chercheurs estiment que combiner l'isolement et la recherche intensive des contacts avec des mesures d'éloignement physique pourrait être le moyen le plus efficace de contrôler la pandémie.

Les données de plus de 40 000 personnes

Dans leurs travaux, les chercheurs ont utilisé les données sur les contacts sociaux de plus de 40 000 personnes incluses dans la base de données de la BBC sur la pandémie pour simuler la transmission du SRAS-CoV-2 (le virus qui cause la COVID-19) dans différents contextes et avec différentes combinaisons de mesures de contrôle.

Les chercheurs estiment qu'une incidence élevée de COVID-19 nécessiterait la mise en quarantaine d'un nombre considérable de personnes pour contrôler la transmission. Par exemple, un scénario selon lequel 5000 nouveaux cas symptomatiques seraient diagnostiqués chaque jour nécessiterait probablement la mise en quarantaine de 150 000 à 200 000 contacts par jour si aucun éloignement physique n'était mis en place.

Les auteurs notent que leur modèle est basé sur une série d'hypothèses au sujet de l'efficacité des tests, du dépistage, de l'isolement et de la quarantaine. Par exemple, le modèle évalue le temps nécessaire pour isoler les cas présentant des symptômes à 2,6 jours en moyenne et la probabilité que leurs contacts respectent la quarantaine à 90 %. Ces données pourraient être jugées optimistes, mais elles sont quand même plausibles, affirment les chercheurs.

Ils ont également modélisé la capacité d’un virus à se propager dans la population à partir son indice de contagion, également appelé taux de reproduction de base (R0), selon les stratégies adoptées.

Le R0 correspond au nombre moyen de personnes que chaque individu porteur du virus est susceptible d'infecter à un moment donné. C’est en quelque sorte le nombre de cas secondaires générés par un cas primaire.

Si le R0 est inférieur à 1, cela signifie qu’une personne en infecte en moyenne moins qu'une autre. Le virus aura ainsi tendance à disparaître de lui-même de la circulation. À l’opposé, si le R0 est supérieur à 1, le virus tend à proliférer dans la population. Il faut donc que le R0 soit de plus de 1 pour être en période épidémique.

Leur modèle montre qu’en présence de la stratégie comprenant uniquement des tests de masse, avec 5 % de la population subissant des tests aléatoires chaque semaine (soit 460 000 tests par jour au Royaume-Uni), le R0 serait de 2,5.

Par rapport à l'absence de mesures de contrôle, l’isolation des cas symptomatiques (à la maison) permettrait à elle seule de réduire la transmission d'environ 29 % (RO à 1,8).

Pour sa part, la combinaison des stratégies d'isolation, de quarantaine des familles et de recherche des contacts réduirait potentiellement la transmission jusqu'à 47 % (R0 à 1,4) si la recherche des contacts était basée sur une application (en supposant que l'application soit adoptée par 53 % de la population).

Dans le cas d’une recherche manuelle des contacts d’une personne infectée, la réduction pourrait atteindre 64 % (R0 à 0,94).

Atteindre un tel niveau de recherche des contacts n'est peut-être pas facile à réaliser, estiment les chercheurs, mais la présente étude tend à montrer qu'une forte réduction de la transmission pourrait également être obtenue en complétant cette recherche des cas par des mesures modérées d'éloignement physique.

Par exemple, les auteurs estiment que la limitation des contacts quotidiens en dehors de la maison, de l'école et du travail à quatre personnes, jumelée à la recherche manuelle des seuls contacts, réduirait la propagation de la maladie de 66 % (R0 à 0,87).

Des résultats utiles partout

Le Dr Kucharski note que ses travaux présentent quelques limites. Ils n’ont pas tenu compte des contextes plus précis au-delà de la maison, de l'école et du travail. En outre, cette analyse ne prend pas en compte les différents types d’infections, locales ou importées, qui ne sont pas toujours détectées au même rythme.

La Pre Raina MacIntyre de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud en Australie n’a pas participé à cette recherche. Dans un commentaire publié avec l’étude, elle estime que ces conclusions, même si elles ont été obtenues au Royaume-Uni, peuvent s’appliquer à tous les pays, particulièrement dans le contexte de déconfinement.

Il peut être intéressant pour les pays d'investir dans des stratégies visant à améliorer considérablement l'utilisation des applications de recherche des contacts afin de permettre une réponse rapide à la résurgence de la COVID-19.

Raina MacIntyre

Si vous ne retrouvez pas les contacts, vous permettez à une chaîne de transmission de se développer sans être détectée et de manière exponentielle. Avec 80 % de cas bénins, plusieurs générations de croissance épidémique silencieuse peuvent se dérouler avant même qu'elle ne soit détectée, conclut-elle.

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