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Il n'y aura plus de cliniques de dépistage dans des autobus à Montréal

Une « révision de la stratégie ministérielle » va entraîner la fin, dès vendredi, à Montréal, de ces autobus transformés en cliniques mobiles, selon des informations obtenues par Radio-Canada.

L'entrée vers un autobus de la STM transformé en clinique de dépistage.

Des autobus de la STM ont été transformés en cliniques mobiles pour augmenter le dépistage. Ce service prendra fin vendredi.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La Direction de la santé publique de la métropole a annoncé il y a quelques jours cette décision à l'ensemble des CIUSSS du territoire montréalais.

Dans cette lettre qu'a pu consulter Radio-Canada, on évoque une révision de la stratégie ministérielle [qui] représente une occasion de pérenniser l'offre de services de dépistage dans les différents territoires.

Depuis le début de mai, plusieurs autobus de la Société de transport de Montréal (STM) ont été transformés pour accueillir des cliniques mobiles. Celles-ci ont pu être installées temporairement dans différents arrondissements pour tester la population sans aucune prise de rendez-vous.

Cette opération présente un bilan positif, affirme Mylène Drouin, la directrice de santé publique de Montréal, dans cette correspondance.

Après 32 jours d'activité, ces cliniques mobiles ont permis de réaliser plus de 18 340 dépistages, est-il indiqué, pour une moyenne de 115 dépistages par autobus par jour. Jusqu'à six bus ont été déployés.

Plusieurs experts interrogés par Radio-Canada ont néanmoins décrié le peu de communications autour de ces cliniques. Une meilleure visibilité, a-t-on souligné, aurait permis d'augmenter davantage l'achalandage.

Une baisse de fréquentation a d'ailleurs été constatée, note le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Les autobus mobiles ont vu leur achalandage diminuer de façon très importante dans les derniers jours. De nouvelles modalités de dépistage sont donc envisagées pour faciliter l’accès aux tests.

Marie-Claude Lacasse, porte-parole du MSSS
Un poste d'inscription avec plexiglas est installé devant le fauteuil du chauffeur d'un autobus converti de la STM.

Le poste d'accueil des cliniques mobiles aménagées dans des autobus de la STM était installé à l'endroit normalement occupé par le chauffeur.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Et maintenant?

Ce type de dépistage sera remplacé par une offre satellite, assure-t-on dans cette lettre. Celle-ci devra être déterminée par chaque CIUSSS, est-il précisé.

Ces CIUSSS, au nombre de cinq à Montréal, prendront le relais de la Direction régionale de la santé publique pour assurer la coordination de l'offre de services de dépistage mobile, est-il écrit.

Une source proche du dossier précise que l'organisation de ces autobus était devenue très complexe pour la santé publique montréalaise, qui n'a pas nécessairement toutes les ressources à sa disposition pour maintenir une telle opération durablement.

Entre 50 et 60 personnes étaient ainsi mobilisées quotidiennement, tant à l'intérieur de ces cliniques mobiles que pour l'organisation du service, en amont.

Rien n'empêchera cependant les CIUSSS, a-t-on expliqué à Radio-Canada, de mettre en place une offre similaire. De son côté, la santé publique de Montréal prépare des unités mobiles afin de se rendre dans des milieux infectés le plus rapidement possible.

Moins de disponibilités pour se faire tester

Parallèlement, alors que ces autobus vont arrêter de circuler, les possibilités d’aller se faire tester à Montréal se réduisent. Cette semaine sur l'île de Montréal, comparativement à la semaine passée, les cliniques avec ou sans rendez-vous ont diminué leur l'offre de service de 11 heures 30 minutes au total. Concrètement, cela signifie qu’en moyenne les hôpitaux et les cliniques ont revu à la baisse leurs heures d’ouverture.

Un dépistage en nette baisse

Depuis l’annonce du gouvernement Legault, au début de mai, de vouloir tester massivement la population et atteindre la barre des 14 000 prélèvements quotidiens, le Québec a bel et bien réussi son objectif, mais seulement de façon temporaire.

À ce jour, cet objectif n'a été atteint qu'à trois reprises seulement, soit les 21, 22 et 27 mai, selon les données de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Le premier ministre François Legault avait pourtant assuré suivre personnellement ce dossier.

Depuis une dizaine de jours, moins de 10 000 tests de dépistage quotidiens de la COVID-19 sont menés au Québec. Des données comparables à ce que l’on retrouvait entre la fin d'avril et le début de mai.

C'est important avec le déconfinement de tester, tester, tester, a commenté mardi le premier ministre François Legault au cours d'un déplacement en Beauce. Il a précisé avoir demandé au directeur de santé publique, Horacio Arruda, un plan pour augmenter de façon importante le nombre de tests.

François Legault a d'ailleurs convenu qu'il faut une autre approche. Il n'exclut pas d'avoir recours à de la publicité pour convaincre les gens dans toutes les régions du Québec [d'aller] se faire tester.

Il faudra avoir une approche beaucoup plus proactive pour convaincre les gens d’aller se faire tester.

François Legault, premier ministre

Comment expliquer cette baisse? Québec fait un parallèle avec la situation épidémiologique.

Bien que le virus circule toujours, il circule beaucoup moins qu’il y a quelques semaines. Il y a donc moins de personnes qui se présentent dans les cliniques d’évaluation et les cliniques de dépistage. De plus, les autres virus respiratoires qui peuvent entraîner des symptômes similaires à la COVID-19 sont aussi à la baisse, soutient Marie-Claude Lacasse, porte-parole du MSSS.

Des experts abondent dans le même sens.

Comme les gens ont moins de symptômes, ils vont moins se présenter, croit Caroline Quach, microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine, qui juge que le dépistage est très passif.

Aux yeux de Caroline Quach, en l'absence prochaine de ces unités mobiles, il va devenir complexe d'aller se faire tester rapidement. Est-ce inquiétant? Pas nécessairement, avance-t-elle.

Je pense que les ressources peuvent être remobilisées rapidement, assure-t-elle, en faisant référence à un équilibre à avoir entre l'utilisation de ressources à bon escient et un gaspillage de ressources.

Jusqu'à 5 % de personnes contaminées

Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), entre 1 % et 5 % de la population, dans les régions les plus touchées, pourrait avoir été contaminée par la COVID-19. Des études de séroprévalence seront planifiées dans les prochaines semaines, précise-t-on.

Par ailleurs, la proportion de personnes ayant un test positif a également grandement diminué. Selon le MSSS, elle est de 2,3 % en ce moment, contre autour de 15 % en avril.

Professeur à l'École de santé publique de l'Université de Montréal, Benoît Mâsse partage le même avis. Les besoins sont moins grands en ce moment, estime-t-il.

Mais, lance-t-il, s'il y a une éclosion locale, il faut s'assurer d'avoir la capacité. Il faut se préparer. Il faudra être capable rapidement de fermer un secteur, de tester massivement, clame-t-il.

Il ne faut pas développer une capacité de dépistage en situation d'urgence. Il faut s'équiper avant.

Benoît Mâsse, professeur à l'École de santé publique

Selon Québec, la quarantaine de laboratoires de la province sont actuellement capables de réaliser environ 21 000 analyses quotidiennement.

Avec la collaboration de Daniel Boily

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