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Québec paiera 2 M$ par année pour entretenir l'usine de Thurso, toujours sans acheteur

Un employé se dirige vers l’usine Fortress à Thurso.

Selon le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, 115 acquéreurs potentiels ont été contactés, mais personne n'a exprimé le souhait d'acheter l'usine.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Poudrier

Après des mois d'effort pour relancer l’usine Fortress de Thurso, en Outaouais, on apprend aujourd'hui que parmi une centaine d’acheteurs potentiels, aucun n'a souhaité acquérir l’usine, qui est au point mort depuis l'automne dernier.

Selon le ministre responsable de la région de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, qui était présent dans la région mardi pour discuter avec des acteurs de l’industrie, 115 acquéreurs potentiels ont été contactés. Il a par le fait même annoncé que son gouvernement continuera d'injecter un peu plus de 2 millions de dollars par année pour maintenir l’usine en bon état.

Dans le dossier de Fortress, on avait une décision à prendre. On pouvait comme gouvernement dire : "On arrête tout, on ne met plus une cenne là-dedans, on met un gardien de sécurité à la porte, on ne chauffe plus l'hiver, ça ne coûte rien et on passe à autre chose, parce que ça ne marche pas", a raconté le ministre Lacombe en point de presse.

L'option 2, c’était de dire : "On y croit encore, mais il n'y a pas d'acheteur et personne ne veut l’acheter, donc qu'est-ce qu’on fait?"

Mathieu Lacombe, ministre responsable de la région de l'Outaouais

L’option 2 [...] c’était de mettre l'argent que ça prend, un peu plus de 2 millions de dollars par année, pour chauffer l'usine et la maintenir dans un bon état pour qu’éventuellement, si quelqu’un cogne à la porte, on soit prêts à dire : "Parfait, voici les clés". C’est l'option qu’on privilégie, on va continuer d’être là, a-t-il ajouté.

Mathieu Lacombe parle lors d'un point de presse, à l'extérieur.

Le ministre Lacombe confirme que le gouvernement injectera environ 2 millions de dollars par an pour maintenir l'usine en bon état.

Photo : Radio-Canada

En entrevue à l’émission Les matins d’ici mercredi, le ministre de l'Économie et de l'Innovation, Pierre Fitzgibbon a souligné que la relance de l’usine Fortress passait par un changement de sa vocation.

Dans ma tête à moi, il faut revoir la vocation de l’usine, il faut revoir tout le système forestier.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie et de l'Innovation

Il y a des enjeux au niveau forestier, il faut prendre une position plus holistique, plus globale, que juste voir une approche traditionnelle. Je suis optimiste, je veux une solution à Thurso qui va être fort probablement un produit autre, a soutenu le ministre Fitzgibbon.

Mandat élargi pour la cellule d'intervention

M. Lacombe était accompagné de deux autres ministres, mardi, pour discuter de la crise forestière qui sévit en Outaouais et dans les Laurentides. Son confrère de la Forêt, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, était avec lui à Thurso, tandis que le ministre de l'Économie et de l'Innovation, Pierre Fitzgibbon, a participé aux discussions par vidéoconférence.

Le ministre Lacombe a expliqué que les problèmes d’approvisionnement sont en cause dans l’état actuel de l’industrie, mais aussi la faible demande pour la cellulose, ce qui fait en sorte que les gens ne se bousculent pas pour venir acheter l’usine.

Le ministre Dufour a quant à lui dévoilé que plus de temps sera donné à la cellule d’intervention de la foresterie afin d'élaborer des solutions à plus long terme pour faire face à la crise dans la région. Selon lui, il faut une solution à long terme pour que l’industrie soit autosuffisante.

On va donner un deuxième mandat à cette cellule de crise pour nous proposer un [...] écosystème forestier qu’on va être capable de mettre en place pour l’Outaouais et les Laurentides en partenariat avec le ministre de l'Économie et de l'Innovation pour arriver à quelque chose d'intéressant pour le futur de l'industrie forestière, a-t-il soutenu.

Rappelons qu'une cellule d'intervention incluant des politiciens de divers ordres de gouvernement et des acteurs du milieu a été créée en novembre 2019 dans le contexte de l'arrêt des activités de l'usine de pâte de Thurso. La cellule a remis son rapport et ses recommandations au début du mois de juin.

Le 11 juin, le ministère de la Faune et des Parcs a publié un communiqué expliquant que le ministre accueillait avec ouverture les recommandations du groupe de travail de la cellule d'intervention sur la vitalité de l'industrie forestière dans les régions de l'Outaouais et des Laurentides.

Le ministre entend donner suite rapidement à plusieurs propositions, dont celle en lien avec le développement pour la région de l'Outaouais d'un modèle de planification collaborative pour la saison 2021-2022, laquelle favorisera un processus de planification plus efficient qui générera des gains en termes de coûts d'approvisionnement, pouvait-on y lire.

Photo du maire devant l'hôtel de ville.

Benoit Lauzon, maire de Thurso

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

Le maire de la Ville, Benoit Lauzon, qui a participé aux discussions mardi, s'est dit content de constater la volonté du gouvernement provincial. Il exige toutefois des actions demain, si on veut que l'industrie forestière continue.

Selon lui, l’industrie représente près de 8 000 emplois directs dans la région et plus de 24 000 emplois indirects. Il est d'avis que le gouvernement doit s’attaquer au problème de l’approvisionnement.

L'impact du régime forestier depuis 2013 a augmenté de 30 % le coût d’approvisionnement des usines. On demande au gouvernement d’injecter 2000 $ de l'hectare pour la prochaine année pour les coupes forestières, ça va représenter le 30 %. Et à chaque mesure qu’on va travailler ensemble pour diminuer les coûts, on va diminuer ce 2000 $ de l'hectare pour l’amener à zéro, a proposé M. Lauzon.

Chantal Lamarche devant des microphones alors qu'elle accorde une entrevue.

La préfète Chantal Lamarche demande au gouvernement du Québec de réviser plus sérieusement les recommandations formulées par la cellule de crise.

Photo : Radio-Canada

Mais la préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, Chantal Lamarche, s'est dite extrêmement déçue à la sortie des discussions. Mme Lamarche siège au sein de la cellule de crise.

On a travaillé extrêmement fort, on a fait une résolution pour qu’il y ait des actions de faites immédiatement. Aujourd'hui, on est ici et il n'y a rien qui a bougé, c’est tout le temps remis à demain, on s’est déplacé aujourd’hui pour rien.

Chantal Lamarche, préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau

Selon elle, si le gouvernement ne prend pas des mesures concrètes rapidement, ce sont 20 000 personnes qui vont perdre leurs emplois.

Le syndicat rassuré

Le directeur québécois du syndicat Unifor, Renaud Gagné, a bon espoir qu’un acheteur voudra prendre le relais de Fortress à l’usine de Thurso.

Il y a des promoteurs qui m’ont appelé pour regarder certaines options , a-t-il expliqué. Je demeure surtout confiant que le gouvernement du Québec appuie en maintenant le chauffage et l’eau. Ils vont continuer avec la cellule de crise à retrouver un repreneur.

M. Gagné désire à tout prix qu’il y ait une relance de l’usine. Pour moi c’est le poumon de l’Outaouais. Il faut absolument que cette usine soit en opération, a-t-il dit.

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